10/05/2016
C’est à partir du moment où l’on découvre que rien n’est choisi dans la vie que les émotions deviennent les plus puissantes. J’avais tendance à éprouver une neutralité des sentiments lorsque je pensais à mes joies et mes peines qui n’étaient en rien le fruit de ma volonté réelle. Mais c’était me réduire à l‘âme d’un objet, ou d’un être vivant sans conscience. Pourtant, si elle est présente, notre conscience a un but.
Nous sommes des organismes dirigés par un objectif et tous ses compléments qui nous aident à l’accomplir. L’art comme l’amour ne sont là que pour agir en tant qu’adjuvants (se faire accepter dans sa communauté, trouver un partenaire pour la reproduction et percer les secrets du monde par l’assimilation de connaissances), et dès lors que l’on découvre cela véritablement, tout devient plus beau. Il ne s’agit pas pour moi d’une crainte mais d’un apaisement et non pas d’un emprisonnement mais d’une sécurité.
J’ai eu alors l’impression d’être plus libre que jamais, parce que précisément je ne l’étais pas. J’ai compris que je n’avais plus qu’à me laisser ressentir toutes ces émotions profondément car c’est en cela que se résume la vie humaine et c’est aussi en cela qu’elle est précieuse. L’on aurait pu ne rien ressentir, ne pas avoir ce recul dont ne peuvent disposer les animaux sur l’évolution de notre monde. Mais Dieu - et l’on peut entendre une multitude de choses par ce nom - nous a offert ce don. Il a créé la vie est choisissant l’infini à la place du néant.
Tout est prévu, rien n’est changeable. Mais vivre dans ce corps et ressentir tout cela… Est un véritable bonheur. Quelle joie d’être malheureux, car c’est un privilège si rare, au profit d’une joie tout aussi intense. Accepter, voir cette beauté qu’il y a dans la tristesse, car rien n’est que chagrin, rien n’est que bonheur, quel privilège !
L’attirance est sûrement l’émotion la plus forte par le fait qu’elle combine ces deux puissances contraires de la peine, celle de manquer de ce que l’on souhaite et de ne pas être aimé, et de la joie, celle de l’émerveillement et de l’espoir, toutes deux si fortes qu’elles nous assomment d’un sentiment indescriptible par tout homme. L’amour est un énorme mensonge en lequel il nous plait plus que tout au monde de croire avec passion. C’est un égoïsme qui passe pour une générosité profonde. C’est à la fois tous les sentiments réunis, la honte comme la fierté, la peur comme l’envie, le respect et le dédain. C’est sans doute l’un des plus intéressants et des plus beaux sentiments humains. Cependant l’amitié selon moi est plus forte encore. Car sans le sentiment amoureux, les défauts de l’être ami sont visibles, critiquables, et malgré tout, sans aucun désir, sans but de reproduction, aucun, on accepte cet être en entier, on l’aide, on l’encourage, on reconnait ses fautes sans s’en détourner. Dans l’amour, on a l’illusion de croire que les défauts sont absents, ou qu’ils sont nécessaires et beaux. Il n’y a pas de raison en amour. C’est cela qui le rend beau, mais aussi égoïste. L’amour n’est pas un amour, l’amitié en est un. L’attachement à un ami peut durer toujours. Les sentiments amoureux finissent toujours par s’estomper même sans obstacle à leurs réalisation. Se souvenir d’un moment partagé avec un partenaire ne fera pas revenir l’amour ; celui de repenser à un souvenir avec un ami nous réchauffera le coeur comme il l’a fait auparavant. Il est bien moins puissant que l’amour, c’est vrai, mais bien plus vrai.
Au-dessus de tout ça, le sentiment de plénitude et de fusion avec l’univers est le plus puissant. L’accord avec le présent et l’acceptation des sentiments sous leurs formes les plus belles ou les plus laides, c’est vivre pleinement. Percevoir le beau et le laid dans toutes les choses qui nous entourent et accepter leur rayonnement jusqu’à soi. Accepter toutes ces couleurs et les collectionner. Qu’est-ce que la vie, si ce n’est un enchainement de sentiments en tous genres ? La vie n’est que ce que l’on en ressent, des sensations physiques aux sentiments, en passant par les émotions. Tout est déjà décidé pour nous, et c’est formidable car tout est parfait, tout bien possède un mal égal. À quoi sert-il alors de vivre dans notre corps si l’on n‘a rien choisi ? Les sensations, les sentiments, les émotions. Voilà la clé du vrai bonheur : celui de voir dans chacun d’eux une beauté. Il ne faut pas se plaindre sans cesse en disant que la vie est injuste, car scientifiquement, elle l’est, et il est très dur de le réaliser et de l’admettre. Il faut voir plus loin qu’avec ses ressentis pour le comprendre. Tout ce qui était potentiellement réalisable s’est créé dans le monde, car le monde ne pouvait être partiel. Il est logique que l’univers s’agrandisse car avec l’évolution, les possibilités s’accumulent. Tout ce qui peut exister existe. C’est affreux mais magnifique et cela me suffit.
Je suis heureuse. Cette joie dans mes échanges avec ces personnes si bienveillantes à mon égard… Cette tristesse de ne pouvoir leur apporter plus… Aujourd’hui il me semble qu’on ne peut qu’être heureux. On ne peut que ressentir les émotions à parts égales. Le suicide n’est pas un contre-exemple. S’il est rempli de chagrin, il est aussi composé d’apaisement, de fierté, d’espoir non admis, d’héroïsme assumé, d’audace.
La capacité de faire des choix est inexistante, alors qui sommes-nous pour nous crier tout haut que l’on n’a pas choisi d’être né et que le monde est mauvais ? Ne voyez vous pas qu’il n’y a rien de plus parfait que notre univers, et qu’en plus de cela, il change, il se renouvelle, il évolue ?
Ressentons tout au maximum, analysons chacune de nos émotions, cultivons celles qui font du bien aux autres et à nous-mêmes, multiplions-les, vivons-les et vivons fascinés. Car nous sommes ici que pour vêtir ce corps qui n’est que l’outil de ces sensations infinies. Nous ne sommes rien d’autre qu’une chose qui ressent. Le bonheur est un état d’esprit qui s’ouvre aux sensations et s’investit dans ses sentiments.
20/05/2016
Qu’est-ce que la vie m’apporte aujourd’hui d’autre que la solitude au milieu de toutes ces personnes, qui le visage prisonnier, la conscience voilée aux autres, tournent le dos pour suivre leurs objectifs égoïstes et fiers ? Je réfléchis souvent, et toujours, mon esprit en conclut une chose, c’est que nous ne sommes pas si différents de ces animaux qui n’agissent que dans le but de satisfaire leurs instincts. Si, bien sûr que nous en avons des instincts, et ils dictent nos manières d’agir, nos choix, qui n’en sont pas réellement même s’ils nous paraissent de la sorte. Que je décide de faire de la création, de faire rire, de pleurer, tout cela ne me mène qu’à une finalité semblable à celle qui dicte la vie des animaux : être respectée pour le pouvoir et la sécurité, vivre à ma faim, trouver un partenaire. Il n’y a que ça. Sans instinct, l’homme n’est plus rien. Si nous aidons les autres, c’est indirectement pour notre bien être, notre bonne conscience ; si nous leur faisons du mal, c’est souvent pour une raison apparentée. Qu’est-ce que nous faisons ici alors, avec ces instincts qui nous poussent à tenter de comprendre un univers qui nous semble plus fou que nous alors que nous y sommes parfaitement adaptés, et lui à nous ? Ne sommes-nous pas encore plus insensés, à vouloir le comprendre sans connaître l’objectif de cette recherche ? Si nous ne le connaissons pas, c’est pour la simple raison que l’objectif est contre l’espoir universel qui nous fait grandir et nous embellit comme il nous enlaidit. L’homme libre, qui sait et pense sans intérêt n’en est pas un.
L’esprit humain a des limites. Il ne saura jamais tout, il ne connaitra jamais l’univers entier qui grandit sans cesse plus rapidement qu’il n’est envisageable, mais l’homme, poussé par ces idées envoutantes que la nature a placées en lui, persiste à croire à une finalité de la chose, ou va sans réfléchir, à travailler, en faisant passer ses journées de corvées pour une voie vers le bonheur. Vous ne saurez rien, et vous n’arrêterez jamais de chercher cette réponse qui n’existe pas, qui n’est que dans vos esprits et vous hante de sorte que votre espèce s’améliore, que la création soit la plus évoluée, la plus proche de la grande perfection… Mais quelle perfection ? La solitude que crée notre multiplication ? Nos esprits et nos âmes nous poussent à croire en ces questions-réponses, mais, stupides, naïfs, ignorants et prétentieux que nous sommes, l’univers ne fonctionne pas comme un cerveau humain ! Il est parfait pour lui-même, pour lui seul. Il est libre. Et nous ne sommes que des figurants travaillant pour son évolution sans autre fin qu’une destruction préméditée. En naissant, la Terre a commencé à mourrir. Cette fleur viendra à faner avant d’en avoir compris l'essence. Mais nous ne l’admettrons jamais car d’abord cela nous dépasse, et surtout car ne plus mener cette recherche reviendrait à ne plus évoluer, et donc à disparaitre.
21/05/2016
Je suppose que quand les hommes comprendront et accepteront le fait qu’il est bien plus beau et plus agréable de désirer que de posséder, alors ils pourront enfin vivre en paix avec eux-même.
Mais je crois que notre bien-être est bien moins important pour nous-même que l’idée qu’ont les autres de notre condition.
23/05/2016
Certains disent que lorsque nous rions, tout le monde rit avec nous-mêmes, et que lorsque nous pleurons, nous pleurons seuls. Ce constat est erroné et cache bien la honte des gens qui la formulent, qui ne se battent pas dans la vie et veulent faire penser le contraire. Le rire est aussi contagieux que les larmes et il est aussi satisfaisant à terme pour l’esprit de se laisser submerger par l’un que par l’autre. Voir la vie d’un faux œil pessimiste parce que l'on ignore tout de la vraie difficulté et que l’on souhaite se donner l’illusion d’être plus courageux me dégoute.
Les gens qui pleurent pour toi ne te le montreront pas pour ne pas aggraver ton chagrin. Les hommes sont davantage bons que mauvais. Car être bon est plus utile à l’adhésion au sein du groupe, à la survie et à la reproduction. Ce penchant pour le bien est inscrit en eux et s’il peut entrainer une fascination pour le mal de manière paradoxale, il mènera toujours l’ensemble de l’humanité vers une tentative de bonté commune, même si l'aboutissement en est un rêve hors d’atteinte.
07/06/2016
Les talents innés n’existent pas. Ou plutôt, ils existent en chaque être, et n’attendent que d’être libérés. En chacun de nous se cache un trésor inestimable et unique dont la clé ne se trouve que dans les événements passés et l’amour du risque. C’est par la volonté et l’acharnement que la serrure se rompt petit à petit au fil de la vie.
Il y a deux sortes d’apprentissages dans nos vies : ceux qui renforcent cette barrière retenant le talent, et ceux qui encouragent ce dernier à se montrer. La distinction entre les deux tient aussi d’un apprentissage, subtile et personnel, qui est un travail individuel sur sa personne. C’est le plus difficile mais aussi le plus influent, le plus rentable et le plus beau. C’est pourquoi il est très important de prendre le temps de se connaître avant d’entamer sa vie future.
Tant d’hommes passent à côté de leur talent en l’ignorant parce qu’ils ne voient pas que le mur dressé devant eux est fissuré. Une fissure encore minuscule, certes, mais qui, par un effort continu, peut entraîner sa chute. Plus le mur est grand, plus retentissante sera sa destruction. Tout homme travaillant à mettre à jour sa plus grande beauté sera surpris en constatant sa capacité à faire bien plus que ce qu’il avait imaginé.
07/06/2016
L’amour est une nostalgie. À chaque fois que je tombe amoureuse, je ressens un chagrin envahissant. Mais à la fois ce chagrin, je le retiens de toutes mes forces, il me colle à la peau et me rend dépendante. Alors que les rires et les joies passent rapidement dans mon esprit pour se dissoudre en vagues souvenirs futiles, les peurs et les peines restent. Elles restent ancrées en moi, deviennent une partie de mon être, pourrissent un peu plus chaque seconde jusqu’à ce que je les oublie momentanément, puis elles reviennent toujours en masse lorsque je ne m’y attends pas. Je me sens ridicule, mon apparence est glaciale. Je n’apporte de bonheur à personne. Alors je ne retiens jamais les gens qui m’apprécient. Je crois même que c’est moi qui m’en éloigne volontairement. Je souhaite qu’on m’oublie au plus vite, que personne ne se souvienne de moi, n’ait besoin de me voir, et pourtant si cela se produit avec quelqu’un j’en souffre terriblement. J’aime la solitude, j’en ai besoin, et à la fois elle me ronge. J'ai besoin des autres pour oublier ma propre compagnie.
Ma plus grande peur, c’est moi-même. C’est de me connaître. Il faut s’attendre à tout, pour se rencontrer. Je préfère en apprendre sur les autres, sur les choses de la vie, retenir des idées, apprendre des formules, analyser faits et gestes de ces hommes qui me fascinent pour m’oublier moi-même. Et ensuite je me torture l’esprit en me disant que je ne fais rien pour mon bonheur… Je reste bloquée dans l’alimentation d'une culpabilisation parasite sans laquelle je ne sais pas vivre, face à des objectifs dont la réalisation ne me comblera jamais.
J’ai tellement peur de ressentir à nouveau des peines aussi douloureuses que j’en hésite à me priver de bonheur pour ne plus les subir. Me priver de tout, comme un suicide dans lequel, en apparence, je ne meurs pas. Quel objectif dans la vie, vivre en misanthrope ! Voilà à quoi je me suis résolue. Voilà ce que je suis devenue. Mais tout me rappelle ce dont je manque. Je suis mon propre obstacle.
09/06/2016
Il est de ces visages très particuliers qui ne sont ni forcément beaux ni nécessairement laids selon les caractéristiques de nos critères de beauté, mais par lesquels l’âme transpire ; il en ressort un charme irrésistible, inoubliable, une fascination bien plus grande que celle éprouvée face à un très beau visage. C’est un révélateur de bonté et c’est la chose la plus belle qu’il soit au monde selon moi. De ces visages sincères se dégagent des expressions non liées à la communication mais directement influencées, guidées par l’âme. Elles illustrent une individualité à part, en quelques traits faciaux subtiles mais profonds. C’est en voyant cette véritable fenêtre ouverte que l’on peut déjà connaitre ce type de personnes détachées de tout code du langage corporel. Leur attitude devient eux-même et non plus une enveloppe à visée communicative. Elle met à jour leur véritable identité, non leur conscience, mais leur Moi enfoui que très peu de personnes arrivent à faire ressentir.
J'ai parfois ressenti un sentiment surprenant face à certains visages d'hommes. Un sentiment de répulsion et d'attirance liés, d’intimidation et de fascination, qui ne me donnait alors qu'une envie : fuir, comme si ce simple regard me voulait du mal. C’est comme si je revivais des choses qui n’ont jamais eu lieu, voyais des visages qui me rappelaient un homme que je n’ai jamais vu.
28/06/2016
L’écriture me permet de mettre aux points mes problèmes les plus complexes, non pour m’aider à les résoudre, mais pour tenter de comprendre les difficultés de mon esprit que je ne peux exprimer aux autres ni à moi-même. Pourtant, dès lors que je souhaite écrire sur un malheur, certaines choses ne trouvent pas les mots qui pourraient les parer car en dévoilant ces vérités hors de mon corps, j’ai l’impression de me trahir, et surtout d’admettre comme acquises des choses que je n'accepte pas. C’est tout comme me mettre à nu devant une assemblée. Pourtant l’assemblée est aveugle, il n’y a que moi qui sait. J’aimerais en être capable. Mais le problème est bel et bien que lorsque que toute personne se plait à écrire, elle s’imagine dialoguant avec une personne silencieuse, ou imaginant ses textes lus dans l’avenir, se confiant de la même manière qu’un homme honorable rédigerait une lettre de suicide à sa famille. Il y a des choses que je voudrais contenir en moi aussi longtemps que possible, et d’autres que je n’admets pas et que je tente d’oublier comme si cela signifiait effacer. Les écrire, ce serait les admettre comme partie intégrante de mon identité, ce serait comme rendre ces obstacles permanents et infranchissables. Toutes les fois où j’ai tenté d’écrire sur moi, je me suis surtout contentée de vider mon surplus de chagrin ou de colère, en me confiant à ce papier qui prenait alors l’allure d’une personne de confiance et toujours en accord avec mes principes. Ces textes, je ne les ai pas relus mais je les ai effacés, déchirés, gribouillés, trop déçue de n’avoir su trouver les mots adéquats pour les exprimer de manière individuelle et de la façon la plus similaire à mon ressenti, mais aussi refusant de voir comme persistants les mots de malheurs que je souhaitais voir disparus au plus vite.
La vérité, c’est que comme la plupart des personnes qui écrivent, je n’écris indirectement que pour moi, et non pour divertir les autres. C’est peut-être une façon de justifier mes erreurs au monde, comme si il se moquait déjà de moi. Ou peut-être pour me les justifier, à moi, et m’encourager à ne pas me haïr. Les raisons restent encore floues. Est-ce que je cherche à me connaître vraiment, où est-ce que précisément je me connais parfaitement, trop, et que ce trop plein de honte me pousse à sortir de moi ces émotions et ces doutes maintenus ? Que cela doit être ennuyeux à lire…
J’écrivais des romans, des nouvelles, des contes lorsque j’étais enfant, car je rêvais. Je rêve toujours, bien-sûr, mais j’admets que mes rêves mis à l’écrit ne seraient que mièvrerie, et seraient bien moins beaux que lorsque je les pense. Je suis tellement déçue par mon petit parcours existentiel que mes seuls rêves sont déjà pour vous autres des réalités. Vous ne les voyez déjà plus, et n’avez même peut-être jamais connu leur valeur. Si je pouvais exprimer combien les choses simples dont vous jouissez sans le reconnaître sont belles et enviables de mon point de vue, je le ferais bien… Je suis persuadée que je ressens un bonheur considérablement plus grand en me voyant posséder vos biens que celui qu’ils vous offrent à vous-mêmes. Je sais bien que je possède des choses enrichissantes, comme tout le monde, mais je vois mieux encore ce que vous avez sans le vouloir réellement et que je voudrais tant obtenir, ces choses qui ne sont pas matérielles, que vous ignorez et parfois refusez d’admettre alors qu’elles sont là, en face de vous et n’attendent que votre bien-être, celles qui font de la vie ce qu’elle est.
Je crois bien qu’en réalité, l’écriture prend le rôle de mon surmoi, sur papier, mais doté de cette mélancolie et de ces regrets de constater les choses telles qu’elles le sont, avec leurs masques abaissés et leurs visages menaçants. Ensuite je relirai ces phrases. Je voudrai les modifier, ne plus les voir, car cela ne me convient plus. Or, quelles autres phrases que celles déjà imprimées peuvent mieux parler de ce que j’ai ressenti en ce moment-ci ? Est-il important que je les change ensuite, car elles ne s’accordent alors plus à ma pensée ? Dans ce cas les écrivains devraient sans cesse réécrire leurs oeuvres, car l’esprit évolue sans cesse, à chaque seconde. C’est pourquoi je ne comprends pas cette obsession à vouloir écrire au mieux. Il y a des jours où je chanterai mon admiration et d’autres où je pleurerai des injustices : tant pis si cela est difficilement compréhensible, l’écriture adoptée dans cet instant a été celle de ma pensée, elle a été sincère, et je laisse pour objectif à mes poèmes de faire ressentir mes émotions par des mots précisément choisis à cet effet. Je n’aime et ne fais plus qu’écrire sur mes sentiments, même lorsque je tente de me lancer dans une fiction, elle se forme à mon image.
11/07/2016
Je me disais, il n’y a pas de Dieu, puis en constatant que pour survivre et évoluer avait été placée en l’homme la question de Dieu, je me suis dit, seule une conscience peut avoir créé ce phénomène, la nature telle qu’on la connait ne peut avoir créé une conscience supérieure à la sienne dans la réflexion métaphysique. Et puis j’en ai déduit que si une conscience avait placé cela en nous, sans tout nous avouer déjà, c’était bien pour nous forcer à nous améliorer, pour pousser à l’évolution en cherchant à connaitre le plus de choses, et donc que cette conscience ne nous avouera jamais rien, et que nous ne connaîtrons ni ne comprendrons jamais ni notre origine ni notre but car cela aurait pour conséquence notre auto-destruction.
19/07/2016
En vérité rien ne m’attriste plus que les gens qui m’oublient et ne se soucient plus de moi. Chaque personne, du meilleur ami au camarade simple reste dans ma mémoire pour toujours et je ne comprends pas que l’on puisse faire une croix sur les gens du passés, car tous, en un sens, ont participé à ce que nous sommes devenus, tous nous ont apporté des choses enrichissantes et ont considérablement modifié notre destin, et tous ont encore ces capacités. J’ai appelé par erreur une ancienne amie aujourd’hui. Me refusant à supprimer mes numéros de téléphone, ma mère a appuyé sur son nom par mégarde en utilisant mon téléphone alors que je ne lui avais pas parlé depuis presque deux années. Mais nous étions particulièrement proches, et elle faisait partie de ces personnes dont la personnalité marquée ne peut s’oublier, ne peut être retrouvée. Apprenant qu’elle ignorait qui j’étais car mon numéro ne figurait plus parmi les siens, et prise de honte, je n’ai pas pu lui avouer qu’il s’agissait de moi. Bien-sûr je ne lui avais pas proposé qu’on se revoit ni rien envoyé de particulièrement amical depuis que l’on se soit éloignées à cause de son déménagement. Mais jamais je n’aurais cru qu’au bout d’un an elle ait supprimé mon numéro en se disant qu’il n’en valait plus la peine. Peut-on vraiment faire cela ? Se dire de tout un être que l’on ne lui parlera plus jamais, que de toute manière il ne nous apportera plus rien, que l’on ne lui demandera plus jamais de nouvelles, et qu’il en fera sûrement de même de son côté ? Est-ce que j’évoque cela chez les autres ?
22/08/2016
Je vois en l’univers, c’est à dire tout, une sorte de boule. En fait plus exactement, il y aurait un point duquel sortiraient tous les éléments qui se disperseraient par tous les côtés, comme une boule de lumière. Les éléments viendraient eux-mêmes de minuscules éléments qui en s’éloignant du centre s’assembleraient car le temps irait de moins en moins vite, ils perdraient de la vitesse pour finalement retomber dans le centre, le temps allant de plus en plus vite donc se désintégrant en minuscules particules qui enfin s’entrechoqueraient entre elles pour repartir, créant un renouvellement continu. Il n’y aurait rien d’autre que cela, et la poussée serait de plus en plus puissance à chaque fois donc ainsi la croissance de la boule de l’existence de plus en plus grande. Puis la chute sera plus longue et donc plus puissante et ainsi de suite. Il y aurait de tout avec son contraire à la poussée opposée (en traçant un rayon, passant par le point d’entre choc), toutes les couleurs donc une apparence blanche de loin.
23/11/2016
J’ai discuté aujourd’hui avec des personnes de ma promotion et triste est de constater les dégâts de cette épidémie d’une pensée collective faussée et basée sur des affects et des envies. Les gens ne raisonnent plus, ils « réfléchissent » en fonction de ce qui leur est avantageux, les met en valeur, leur fait plaisir. Ils ne sont plus à la recherche de la vérité, ils cherchent le bonheur et cachent ce qui est à régler. Mais tout ça ne mènera qu’au chaos. On ne cesse de me contredire, sans rien proposer ; les autres voient mes recherches comme de la provocation. Cela les gène car les attriste sur leur sort, puisqu’ils ont tellement entendu la même chose, qu’une simple gamine de 19 ans qui contredit tous ces soi-disant acquis n’est qu’une stupide ignare remplie de naïveté, ou peut-être, avec un peu de chance, car au fond d’eux-même ils savent que j’ai raison dans mon idée. Je sais que je n’ai pas tort. Je ne m’exprime peut-être pas très bien, j’illustre mes principes par de mauvais exemples peu parlants, j’ai des explications farfelues… Et alors ? Rien de ce que je dis n’a été prouvé comme faux jusque là, mais tout va dans la même direction. Il vaut bien la peine d’en discuter, et pas de rejeter tous mes propos comme de vieux sujets tabous dont on aurait assez et qui ne feraient que créer davantage de problèmes. Pourtant je tente précisément de répondre à vos problèmes, parce que je comprends leurs origines, et non pas de vous agacer! Les autres se contredisent en cherchant à trouver une erreur dans mon discours. Mais que cherchent-ils à briser ? Je ne suis pas un bloc. Je suis un ensemble d’idées. Si certaines sont fausses, alors aidez-moi à trouver les bonnes pour les remplacer. Si certaines sont justes, approuvez ou taisez-vous. Mais ne cherchez pas à me décrédibiliser, comme si je devais tout savoir pour parler. On ne peut pas tout savoir. Savoir des choses, c’est d’abord reconnaître que l’on ne sait pas tout, loin de là, et que l’on ne pourra jamais tout savoir. Chaque parole est une hypothèse. Mais certaines sont plus justes que d’autres. On me dit qu’en me posant le but de l’existence humaine, je place les hommes sur un piédestal. Quand je dis qu’ils vivent de la même manière que les singes, on me dit que je les dégrade. Rien ne me contredit pourtant, ils n’ont pas de contre-exemple. Qu’est-ce pour eux que la liberté qu’ils chérissent tant ? Quelle est leur vision de l’identité qu’ils revendiquent tous les jours, dont ils sont fiers et qu’ils pensent pouvoir représenter par un simple agencement de vêtements ou par une coupe de cheveux sortie de l’ordinaire, qui finalement en se voulant sortie de cet ordinaire, revient à la mode de tous, à la banalité ? Ils me disent des exemples qui s’opposent à mes pensées, alors que je parle de généralités, car la généralité fait le constat de manifestations biologiques expliquées par l’adaptation des individus à des lieux et des temps. Les gens sont bornés. Ils disent ce qu’ils veulent voir. Mais ils ne voient pas. Ils ne cherchent pas à voir. Ils ferment les yeux et rêvent. La vérité, ils s’en foutent, ils en ont peur. J’ignore moi-même s’il est vraiment sensé de s’en plaindre.
06/12/2016
Je n’écris pas pour me faire lire, pourtant j’écris comme je parlerais dans un débat. Je veux éclaircir ma pensée, je veux avancer.
Une femme lisait un livre dans le métro. J’ai lu discrètement la page ouverte. Il était question d’un garçon qui à quinze ans, comprenait enfin que Dieu n’existe pas. Qu’est-ce qu’il ne faut pas voir comme connerie… Je ne suis pas fanatique, je suis agnostique. Mais Dieu existe. Il est la cause de l'existence. La question n’est pas de savoir s’il y a un Dieu ou non, mais en quoi il consiste. Ce qu’il est ? On ne sait pas. Un adolescent puéril et con qui ne comprend pas la profondeur des questions humaines, voilà le modèle du lecteur.
09/12/2016
Notre monde est mon utopie. Un monde sans souci n’est rien. Ne pas ressentir de la tristesse, c’est oublier la joie qui va contre elle. Vous avez beau proposer vos solutions pour un bonheur parfait, le bonheur ne peut exister sans malheur car c’est bien ce dernier qui lui donne toute sa valeur. Chaque résolution de problème supprime avec lui le bonheur qui l’accompagnait, ou bien crée un nouveau problème à résoudre. Et c’est parfait comme ça : le monde change, il n’est pas plat comme dans vos fictions, on ne s’y ennuie pas, on n’y est pas inutile. Comment réaliser son bonheur s’il est une banalité, quelque chose que tout le monde possède ? Le monde est logique, il est aussi triste qu’il est heureux, le mal a autant de poids que le bien car tout a son contraire. La souffrance entraîne pour d’autres la relativisation et l’espoir ; la pauvreté entraîne la fierté de posséder, … Si vous rêvez d’un monde heureux, ne rêvez plus, il n’existera jamais. Le monde a toujours eu autant de problèmes que de bons points. Tout ce que nous inventons d’agréable entraîne avec lui de nouveaux soucis, de nouvelles craintes, tout se compense. Le changement est ce qui fait vivre mais l’amélioration est une idée fausse. Votre monde rêvé est un monde de la neutralité car vous oubliez qu’en supprimant les problèmes vous supprimez ce qui fait du monde quelque chose de beau, de valable : vous lui enlevez sa beauté, sa diversité des expériences, vous réduisez l’Homme à une âme partout pareille, faible et sans expérience, qui en vient à ne plus être capable de juger car il ne l’a appris et n’en a pas besoin dans un monde plat qui reste le même. Mais chaque changement entraîne un obstacle à surmonter ou à contourner. Ce que vous adulez, c’est le néant.
Le monde est deux, ou il n’est rien. Il n’y a rien d’entièrement bon ou de parfaitement mauvais. Rien ne se rajoute ou ne se supprime à l’équilibre de l’univers. J’ai exprimé ma pensée aujourd’hui en plein cours de rêverie de ce qui serait génial à titre personnel dans un monde idéal. Les réponses se sont multipliées : le racisme aboli (comment ?), la paix (qu’est-ce que ça veut dire ? à quelle échelle ?), l’égalité (qui alors signifiait faire et avoir les mêmes choses plutôt que faire et avoir ce dont on a besoin pour avoir la même potentialité que les autres), … Mais imaginez donc… Une fois que le travail serait aboli, la paix atteinte (et encore cela ne veut déjà rien dire), que feriez-vous des générations futures qui ne connaitraient pas la difficulté ? Ils s’embêteraient, n’auraient pas d’objectif, leur existence serait terrible : ils ne vivraient pour rien, ne s’inscriraient dans cet univers que par le fait d’exister. Plus besoin d’art : on ne rêve plus ; plus besoin de science : on ne réfléchit plus !
Le professeur a rapidement noté mon idée et étrangement il l’a photographiée. J’ignore pourquoi. Je ne sais pas si ce que j’ai dit leur a semblé trop terre à terre, si j'ai bien explicité mes propos. J’aurais pu imaginer des tas de choses impossibles pour leur faire plaisir mais je n’arrive pas à me les représenter et je les trouve inutiles. Et surtout, elles me sont propres et ne prennent en compte que mon confort et celui de ceux qui me ressemblent, elles ne prennent en compte que la contemporanéité en pensant que tout restera pareil. Pour moi la perfection, c’est cette égalité reine de tout entre le bien et le mal. C’est tout ce que je constate.
J’ai eu à la fin de cette journée un nouveau flash de quand j’étais très jeune. De ces choses de périodes dont je n’ai plus aucun souvenir hormis quelques détails très importants et révélateurs de mon apprentissage de la vie : je me revois dans la cuisine de notre ancien appartement, je regardais la pendule de la cuisine et moi qui ne comprenais pas vraiment cette question de temps, je suis restée plantée dessous pour voir l’aiguille bouger parce que j’étais fascinée de constater qu’à chaque fois que j’entrais de nouveau dans la pièce elle avait changé de direction. Et je réalisais qu’elle bougeait tout doucement, discrètement, mais assurément.
17/12/2016
On rit de mes réponses sans réfléchir à leur sens, on prend tout ce que je dis au pied de la lettre. L’autre jour on regardait le travail d’une étudiante qui travaillait avec une roue en carton et le professeur nous a demandé à quoi cela pouvait nous faire immédiatement penser. J’ai répondu tout de suite La Roue de Bicyclette et tout le monde a ri tendrement. Tout le monde a ri, puisqu’ils n’ont pas pensé à celle de Duchamp, à laquelle je pensais, ce qui était pour moi logique puisqu’on parlait du domaine de l’art. Ils ont pensé que je pensais à une simple roue de vélo et n’ont pas réfléchi. Ils se sont dit que moi, la petite voix timide, j’avais dû dire ça. J’ai été mal à l’aise et je ne me suis pas défendue. Au contraire j’ai ri avec eux comme pour me moquer de moi.
Quand je fais de l’ironie, on me contredit en pensant que je suis sérieuse ; quand je pose des questions avec humour on me répond avec sérieux. Je ne veux pas qu’on me prenne pour plus naïve que ce que je suis. Les gens pensent pouvoir me contredire et me faire changer d’avis à propos de sujets sur lesquels j’ai réfléchi et écrit des heures voir des semaines durant, alors qu’eux ne s’en sont fait une idée qu’en une minute. Ils pensent me connaître mieux que moi-même.
Quand je dis quelque chose, c’est toujours après y avoir réfléchi un minimum. J’ai besoin qu’on confirme la qualité de mes idées avant de les mettre en forme. Dans mon écriture personnelle, c’est différent. J’ai demandé à un professeur si je pouvais en apporter une partie aux concours pour montrer que l’écriture était une habitude dont j’avais besoin. Quand j’ai dit ça à des amies, elles m’ont répondu, comme si j’étais assez stupide pour penser le contraire, que non, de toute manière ils n’auront pas le temps de les lire. Lui m’a dit que oui, ça pouvait être intéressant, mais il n’a pas compris l’enjeu de l’écriture pour moi. Il m’a dit que c’était sans doute bien de voir que je m’intéressais à certaines sonorités ou styles d’écriture mais ce n’est pas la raison de ce que j’exécute. J’écris pour moi, pour m’aider à éclaircir ma pensée, pas pour plaire, et cette remise en question et ce développement de doutes et incertitudes, je trouve cela nécessaire à tous les étudiants qui souhaitent se comprendre et s’améliorer. Mes poèmes sont des exercices, je ne les travaille pas longtemps mais j’aime écrire comme cela vient et je sais qu’on trouvera ça inintéressant. Il faut croire que je perds mon temps puisque tout ce que j’ai écrit jusque là ne m’a absolument pas aidée à me sentir mieux ou à me faire comprendre clairement.
03/07/2017
Il n’y a rien de plus beau au monde que la pitié. L’amour n’est pas beau lorsque l’on s’en détache. Il est un instinct de reproduction, un mensonge, une illusion éprouvée pour sa survie, sa descendance future, son confort. La pitié est propre à l’homme. La pitié est la conscience et la sensation de vie. Je pense de plus en plus que tout n’est qu’instinct, et elle l’est alors aussi. Mais elle est consciente, réelle. La pitié est la conscience de la faiblesse, la volonté d’améliorer les choses pour tous et non pas pour soi. Un homme véritablement mauvais n’est pas dépourvu d’amour mais de pitié. Voilà d’où naissent les pires horreurs. La pitié est sensible, et comblée de raison, elle n’en est rendue que plus belle. Mais pour avoir pitié, il faut du mal. Il faut prendre conscience de ce mal, donc être en partie mauvais soi-même. On ne peut être considéré comme gentil si l’on n’a pas le choix de l’être, si l’on n’a pas la possibilité d’être méchant, si l’on ne connait pas la manière dont cela fonctionne. On ne peut être bon en étant ignorant.
02/08/2016
Depuis toujours j’ai le besoin constant de me concentrer sur l’une de mes craintes pour en faire une obsession. Une fois résolue, elle se voit rapidement remplacée par une autre. Je supplie toutes les divinités potentielles que cela cesse une bonne fois pour toute car je n’en peux plus, j’en deviens folle. Mais j’ai toujours eu cette bizarrerie en moi qui pourrit mes jours. Sans ça je ne pourrais sûrement pas vivre. C’est à un point où je n’ai plus peur d’être affectée par les plus graves maladies, qu'au moins je laisserais hanter mon esprit à raison. Je veux résoudre des problèmes complexes et je n’y arrive pas, mon cerveau bloque. Je les contourne en me focalisant sur d’autres, tout autant voir plus envahissants, terrorisants, destructifs, isolateurs, immédiats. Ne plus penser à l’angoisse de la métaphysique, c’est je crois la seule chose qui importe à mon inconscient.
Je voudrais déjà en apprendre sur le monde. Je n’ai pas besoin de sortir, de m’amuser, de me socialiser et de me saouler régulièrement pour éprouver de profondes émotions. Plus rien ne m’apporte de joies conséquentes en ce qui me concerne, je veux voir la vie d’un œil différent, spectateur, et aider les autres avec ce que j’ai. Souvent ma peur ou mon mépris m’en empêchent, mais un jour j’espère, je me sentirai utile, vivante et accomplie. Je voudrais partir. Je voyage, dans mon esprit, chaque soir, chaque nuit, et en écrivant. Alors pourquoi en ai-je crainte ? Mourir là-bas ne me fait pas peur après tout, mourir ici par contre, m’effraie presque autant que l’éternité.
22/09/2016
Les gens travaillent, c’est-à-dire qu’ils échangent leur temps contre de l’argent. Ils veulent leur pain, c’est tout. Mais ils ne comprennent même pas pourquoi ils travaillent, pourquoi on travaille tous. Ils n’y pensent pas, ils se disent simplement qu’ils vont gagner de quoi manger, se faire plaisir. C’est égoïste et réducteur. Car le travail a un but qui est de maintenir le monde actuel et futur dans un bon état pour permettre de ne pas stopper mais d’encourager l’évolution. On n’y pense que très peu. Et c’est triste car cela veut dire que les gens ne réalisent pas la valeur de leur temps, de ce qu’il représente. Ils se font arnaquer consciemment, car l’argent ne leur rendra pas ce temps perdu. Travailler pour l’humanité et les générations futures, ce n’est pas une perte de temps, c’est ce qui est le plus rentable. Mais… Les gens n’y pensent pas. Ils travaillent pour des plaisirs éphémères et des besoins immédiats, en ignorant véritablement la portée de cet effort. Pourquoi ? Pour faire comme tout le monde. Les gens passent leur vie à faire comme tout le monde sans réfléchir. Et s’ils en ont conscience, ils ont sans doute raison.
Je hais les gens. Ils ont tous le même discours, critiquent des choses qui n’existent pas et ne valent pas la peine qu’on y songe, tirent des conclusions de ce qu’il voient en hâte et non de ce qu’ils analysent. Sans nuance, ils sont fiers parfois d’exprimer leur désaccord avec les généralités, mais les généralités cachent toujours des vérités universelles.
On ne peut être plus sûr de soi que quelqu’un qui ne sait où se ranger. Celui-là qui hésite est plus conscient et en accord avec lui-même. Il sait que prendre parti c’est souvent exprimer ses sentiments plutôt qu’user de sa raison pour dire que tels points sont bons ici, tels sont mauvais là… Il devient honteux de ne pas prendre parti pour quelque chose de manière affirmée. Il faut être pour ou contre, défendre cela avec colère. Les gens veulent donner leur opinion avant même de chercher une réponse. Rien ni personne ne m’est apaisant. Pas même moi. Je suis la pire d’entre eux. Je me déteste tout autant.
05/12/2016
Tous les garçons qui s’intéressent à moi me désintéressent aussitôt et je ne puis m‘intéresser à un garçon qu’à condition qu’il me soit inaccessible. S’il éprouve un quelconque intérêt pour la personne que je suis, alors je le renie. Car je hais ma personne et je ne puis concevoir qu’un être idéal puisse me supporter. Je me trouve insupportable et bête, et les autres, je les trouve encore pire. Au moins, je réfléchis pour moi-même. Est-ce que c’est une bonne chose ? Je n’en sais rien. Par ailleurs je crois que la majorité des gens ne connaissent pas le sentiment amoureux. Ils ne peuvent pas le savoir. Leur vie doit être bien neutre. Quand on aime c'est évident. Si on dit "je ne sais pas, c'est peut-être ça", alors ça n'est pas de l'amour.
Je veux réussir et je ne peux pas parce que je m’en empêche. J’ai besoin de me haïr pour faire. J’adore ce que je fais et je déteste mes entreprises. J’adore les gens qui m’entourent et je ne peux pas les voir. J’adore la musique et elle me dégoûte à la fois. Je veux tout faire et rien à la fois. Je ne vis pour personne, et encore moins pour moi. Je vis pour supporter ce qui me porte, pour ressentir. N’en suis-je pas plus vivante comme ça finalement, plutôt que d’être guidée par un objectif dont je ne connais même pas la finalité ?
Pourtant il me semble que j’en ai un, d’objectif, il m’en faut bien un. Sinon je ne serais plus là. Je ne prendrais pas la peine de me lever le matin et de me coucher le soir. Quel est-il vraiment, puisqu’il me semble que je n’accorde d’importance à rien de concret ? Les autres sont comme des images accrochées au mur que je regarde un instant, que je contemple, et puis qui restent là sans que je n’y prenne attention. Je leur réponds quand ils me questionnent, je leur cherche parfois une aide. Et un jour je les range au fond d’un placard. Je peux réussir, j’ai tout ce qu’il faut pour ça. Mais je n’ai pas confiance en moi. N’est-ce pas ironique de constater ça ? Je veux qu’on reconnaisse mes efforts, je crois. Je veux que l’on réalise que je n’ai pas simplement travaillé, que je n’ai pas simplement l’envie ou les ressources nécessaires, mais que tout ce que j’ai fait pour en arriver là je l’ai subi en me l’imposant et que ça a été loin d’être une partie de plaisir.
Avant j’écrivais tout le temps. J’avais mon livre à côté de moi toutes les nuits, je n’arrivais pas à m’endormir parce que je savais ce qui allait arriver au héros et que je voulais le raconter. J’avais toujours une histoire en tête, dans laquelle j’avais hâte de me replonger parce que je voyageais réellement avec elle. C’était un autre monde, il me semblait tout aussi réel que celui que je voyais avec les yeux, il occupait la moitié de mon temps. Puis j’ai appris la littérature, j’ai été forcée à lire et lire encore des romans. Et j’ai perdu mon univers fictif parce qu’il fallait que j’écrive comme ceci ou comme cela, à la manière de. J’en avais marre. J’ai perdu le goût d’écrire. Je me comparais sans arrêt aux écrivains que je connaissais, que j’avais lus. Je n’écrivais plus pour moi-même mais pour la réussite. C’était devenu une tare. Je cherchais à bien écrire mais je retranscrivais ce que l’on m’avait enseigné. J’ai arrêté d’écrire. Puis une amie m’a redonné le gout du dessin, chose que l’on m’avait fait voir comme enfantin. Elle m’a fait comprendre mes facilités, réaliser mes envies véritables, redécouvrir qui j’étais, ce pour quoi je me sentais faite, ce que j’avais mis de côté. Je lui dois beaucoup. Elle s’essayait aux poèmes personnels. Je me suis dit, pourquoi pas moi ? Pourquoi tu as arrêté, toi ? Alors j’ai retenté le coup. J’en ai écrit un. J’ai dessiné aussi. Je ne savais pas écrire les poèmes. Maintenant je sais, mais je n’y arrive pas forcément, parfois je n’ai pas même l’envie de le faire bien. À cette époque encore j’inventais une histoire dans le poème. Je ne ressentais pas vraiment ce que j’écrivais. Je voulais toucher les gens, mais pas en les emportant avec moi. Je ne leur apportais rien de nouveau, rien de personnel. Et puis le poème a circulé. On a pleuré en le lisant. On ventait mes soit-disant talents, mais ce n’était que de l’exagération. Et je maniais mal les mots. Puis j’ai voulu écrire pour moi, pour me réconforter, m’encourager, faire le clair dans ma tête. J’ai réalisé que les textes qui me satisfaisaient avaient toujours un ressenti. Un sentiment. Une authenticité. Une utilité personnelle.
21/01/2017
Je suis timide. Je n’ose pas trop me manifester en public. Me faire des amis, faire des présentations orales, faire des choses normales comme passer un appel téléphonique, sortir simplement, ont été des entreprises parfois difficiles. On m’a toujours dit qu’il fallait arrêter d’être timide. Si c’était aussi simple je ne serais plus timide depuis bien longtemps. Cela fait 19 ans que je le suis alors que je me suis sans cesse battue contre. Dès mes premières années j’étais une enfant particulièrement méfiante, et cette timidité me semble génétique. La timidité ne peut s’améliorer légèrement que par l’intermédiaire de sa propre volonté, et non en y étant forcé. On la prend même pour immaturité : je n’ai jamais entendu plus révoltant. On me parle comme à une enfant apeurée par son ignorance du monde. La vraie immaturité pourtant, c’est de parler sans cesse alors qu’on n’a rien à dire.
Leur pensée est naïve et étrangement terre à terre. Que voulez-vous dire ? Quel est votre but ? Me demande-t-on. Pourquoi dois-je répondre à cela. Je ne veux pas faire rire, faire pleurer. Je veux questionner. Et me questionner.
L’art, c’était plus que ça. C’était une épreuve pour me chercher. Pour me connaître. Pour exprimer ce que je n’arrivais pas à dire à cause de ma timidité. Elle sera toujours là, elle, à me pourrir l’existence. À chaque fois que je crois m’en écarter, que je fais un grand pas vers la liberté, elle me revient en un événement regrettable, avec son visage dédaigneux et humiliant. Alors je me cache pour ne pas faire de bêtise. Je cherche à être simple alors que ma pensée me hante et que ma personnalité déborde. Elle n’attend que de se manifester. Mais je la hais, je la retiens. Elle ne peux pas sortir. Elle voudrait bien. Mais si cela se produit, j’aurais peur d’avoir honte. On me dit que je me cache. Ils ont raison. Je crois que j’ignore la fierté, et donc que le risque n’en vaut pas la peine. Je me suis rarement trouvée talentueuse, sauf pour ce qui est de me trouver dans des situations embarrassantes.
Comment font certains autres pour ne pas vouloir de grandes choses ? Avec leur confiance, je voyagerais partout, j’irais à la rencontre de tout le monde, je passerais mon temps à faire la fête, à tenter de nouvelles expériences. Je prendrais davantage soin de moi. J’oserais tout. Parfois je voudrais finir ma vie sur une île déserte, sans personne.
06/06/2017
Plus je muris, plus je réalise que je ne sais rien. Que la plupart des gens que je croise ne me ressemblent pas, et que je ne saurais jamais me montrer satisfaite d’une condition atteinte, quelle qu’elle soit. Mes désirs et mes questionnements s'enchaînent et ne s'apaisent jamais. L’enrichissement que j’accumule par mes expériences me fait aimer les gens parce qu’ils m’aident à comprendre combien ils sont différents. Les hommes sont bons, mais beaucoup sont cons, et certains sont malades.
Je me sens juste. Mes principes sont implacables. Je les respecte avec assiduité. Certains vivent sans principe. Certains expérimentent sans idée. Comment font-ils ?
La nuit je me lève pour regarder par la fenêtre. Je pense à ceux qui me manquent alors qu’ils m’ont probablement oubliée. J’alterne entre la nostalgie de ce qui a été, et la crainte de ce qui sera. J'aime regarder le ciel. Je sais que ça fait cliché. Je regarde dans le vide et je me dis que droit devant, quelqu’un regarde dans ma direction. Il est très loin, à des années lumières. Il regarde ici, sans doute pour la même raison que moi. Si se sentir minuscule me rend insignifiante, alors pourquoi ai-je besoin de donner autant de valeur à mes actes ? Je le sais moi. Au fond on le sait tous, que de nos actions même la plus infime est lourde en conséquences. 
S’adapter c’est imiter. Ce n’est pas ça l’intelligence comme je la conçois. L’intelligence se voit dans la manière de réagir aux actions sociales, aux sensations auditives, gustatives. L’intelligence c’est la conscience. C’est de savoir ce que l’on fait, quelle en est la cause, quel en est le but et quelles en seront les conséquences. C’est savoir aussi ce que font les autres et ce que fait le vivant à grande échelle. Pour acquérir de la conscience il faut être observateur et se cultiver. Il faut avoir vécu le pire et le meilleur pour mieux savoir juger. Il faut s’oublier soi-même pour juger des actions des autres. Il faut tout prendre pour digne d’intérêt, ou à l’inverse, rien du tout. Il faut prendre en compte l’ampleur de son ignorance inépuisable, prendre en compte ses sentiments pour tenter de les mettre de côté quand ils ne sont pas à considérer. Il faut du recul, se rendre compte que nos faiblesses sont profondes et ne sont pas celles que l’on s’attribue sans réflexion. Réaliser que les choses qui restent dans les cultures ont un sens second, que les choses les plus stupides ou les plus mauvaises sont à prendre avec autant de considération que les choses qui fascinent par leur grandeur. Réaliser que l’esprit est sans cesse changeant comme l’est le corps. Réaliser que ce n'est pas notre pensée qui fait notre valeur, mais nos actions. Mais que nos investissements mentaux nous changent davantage que nos manifestations physiques. Penser à ce dont on se moque aujourd’hui et qui a eu lieu il y a des dizaines, des centaines voir des milliers d’années. Se tourner vers le monde actuel. Remettre en cause ses principes et ses règlements. Comparer. Se rendre compte que les erreurs sont toutes les mêmes. Qu’elles ont toutes la même essence et auront toutes la même fin. Accepter que nos principes ne sont pas toujours reconnus, ni respectés. Réaliser que les gens sont identiques. Qu’ils fonctionnent tous de la même manière, mais qu’ils ignorent des choses différentes. Réaliser que la volonté de reconnaissance est la seule à faire réussir.
03/07/2017
Finalement, la vérité que nous ressentons le besoin de chercher n’est pas une réponse (ce que le cerveau humain, lui, s’obstine à croire). Plutôt que de se moquer des textes religieux, tous les hommes feraient bien de les lire et de les comparer en mettant en évidence leurs similitudes. S’ils laissent agir leur sensibilité, ils auront de quoi se satisfaire.
La véritable satisfaction est d’accepter que nous ne serons jamais satisfaits. Le vrai bonheur de vivre vient de l’ignorance, et de ce qu’apporte la recherche absurde d’une vérité imaginée. La réponse serait un terme aux plaisirs. Pour survivre nous aspirons tous à cette même lumière hors d’atteinte. Si nous réalisons qu’elle ne peut être atteinte, nous ne pouvons survivre. Nous perdons notre raison d’être. Nous sommes des papillons de nuit.
Les papillons de nuits volent vers la lune. Ils sont attirés par sa lumière et leur instinct pense l’atteindre. C’est ainsi qu’ils se repèrent et se rencontrent pour se reproduire. La lune ne peut être atteinte, et c’est très bien comme ça. Elle n’est pas le réel objectif de cette aventure. Elle leur sert. Contre les fenêtres d’où sortent la clarté d’une lampe, les papillons s’obstinent à tenter de continuer leur chemin vers sa source. Voilà qu’ils prennent la lueur d’une ampoule pour la lune, eux qui n’ont appris à en reconnaître que l’effet lumineux, volant jusqu’à en mourir d’épuisement ! Combien sont morts de cet acharnement ?
Voilà que l’homme lui-même, le plus illusionné de tous les êtres, leurre des centaines de papillons en jouant le rôle de la lune.
02/01/2018
J’ai envie d’écrire, mais j’ai pas envie d’écrire sur quelque chose. J’aime écrire sur rien. Et j’aime rien faire, aussi. J’aime rien faire, et je suis fière de ça. En ce moment j’écris, mais j’écris mal. Je n’ai rien à dire. à quoi ça sert, d’écrire bien, je me le demande. Et puis c’est quoi, écrire bien ? C’est employer des formules élégantes, peut-être. C’est utiliser des sons doux à l’oreille, sûrement. à quoi ça sert de dire avec des mots charmants si c’est pour ne rien dire.
J’aime rentrer chez moi et m’asseoir sans rien faire. J’aime quand les gens sont pressés et que moi je ne fais rien du tout. Rien. J’aime voir les choses, et ne rien regarder. J’aime parler sans rien dire et entendre sans rien écouter, en admettant que j’agis comme si je me foutais de tout, de rien. Ce n’est pas de la prétention, ce n’est pas par manque d’intérêt, ce n’est pas non plus de la paresse. Ce n’est rien de tout ça. J’aime le rien. J’aime beaucoup, rien. Vive le rien des choses et le rien de tout ! Mais rien n’est rien au fond, si on y réfléchit. D’ailleurs je ne fais jamais « rien », même si j’aimerais bien, ne rien faire. Oui, j’aimerais bien. Mais j’ai besoin de faire. Et pourtant je n’ai besoin de rien.
Moi j’aime quand je ne fais rien, mais seulement volontairement. Si je ne fais rien sans le vouloir, ça m’emmerde. Je pense qu’il est important de pouvoir parler de rien et de s’autoriser régulièrement à ne rien faire.
On me dit que j’ai la « flemmite » quand je suis dans cet état ; ce n’est pas vrai. Ce n’est pas une bonne qualification et cela vient d’une incompréhension de ma volonté et d’une incapacité récurrente de se satisfaire du peu que l’on peut faire. Les gens veulent beaucoup. Ils veulent faire beaucoup, ils veulent voir beaucoup, beaucoup dire et beaucoup suggérer, rire beaucoup, voir beaucoup de monde et beaucoup d’endroits. Je comprends cette curiosité, je comprends ces envies. J’aime aussi faire beaucoup, j’aime beaucoup le « beaucoup » des choses. Mais j’aime aussi le rien. J’aime beaucoup, beaucoup, beaucoup. J’aime beaucoup, rien, énormément.
Je me fiche d’avoir l’air intéressante ou intéressée, ou même digne d’intérêt ; nous le sommes tous.
C’est difficile de ne rien faire. En écrivant je ne fais pas rien. Par le fait même d’exister, je fais. Par rien je veux évidemment dire peu, le moins possible, c’est-à-dire se résoudre à un état minimum, un état de survie où seuls les automatismes du corps deviennent garants de la preuve de notre existence discrète. En fait j’ai beaucoup à dire. Pour rien.
Rien, ça ne veut rien dire. On dit rien pour tout. On dit toujours « je n’ai rien fait » alors qu’on fait beaucoup. On dit toujours « j’ai rien vu » quand on a vu beaucoup. Ou « j’ai rien compris » quand on a compris autre chose, des choses inutiles, des choses dont il n’était pas question, finalement. De la futilité.
Je suis fatiguée de chercher un sujet avant d’écrire. Est-ce que je n’ai pas davantage à dire en me disant que je ne vais rien donner ? J’avais envie de dire mais j’avais envie de ne parler de rien. Ou de très peu.
Rien n’est rien. Et puis qu’est-ce que c’est qu’un tout ? Le tout est comme épuisé.
Je trouve que les choses qui ne sont pas terminées sont par cette insatisfaction de l’achevé manqué rendues finalement plus charmantes. Je n’ai jamais rien pu terminer, et je n’ai jamais pu me satisfaire de rien. Je n’aime pas terminer. Terminer, c’est se forcer à stopper, à conclure alors qu’il y a toujours encore à faire et à dire. J’ai toujours appris mes leçons à moitié, joué des débuts de partitions au piano sans les achever ou entamé des débats sans en tirer de conclusion. Même quand je dis « c’est fini », c’est pas fini du tout !
Il fut des gens qui bien qu’heureux décidèrent de mettre un terme à leur existence justement parce qu’ils étaient heureux.
Est-ce que conclure, c’est terminer ? Est-ce que n’écrire sur rien, c’est ne rien écrire ? Non. écrire sur rien ce n’est pas non plus écrire des bêtises, ni écrire de l’absurde, ni écrire tout court et pourtant j’écris, et pourtant je pense, et d’ailleurs je pense faire sens, et je construis des phrases qui ont un but, sans objectif global.
Et je me dis de ne pas perdre mon temps.
Alors je me questionne et je relis tout. Je pense ne rien lire, mais je lis quand même. Et je lie, aussi. Je lie les mots à ma pensée, puis ma pensée se lie avec ma parole.
On dit toujours qu’il ne faut pas faire de fautes, parce que ça ne vaut rien.
Le langage courant n’est pas une faute.
Et pourquoi dit-on « rien du tout » ? Mais qu’est-ce que ça signifie ? En faisant rien du tout, de temps en temps, je pense qu’on peut finir par tirer tout de rien. Et ce n’est pas plus mal comme ça.
Puis, pourquoi y aurait-il l’angoisse de la page blanche - pourquoi pas celle de la page bleue, ou verte, ou noire, ou violette - le violet c’est mystérieux - alors qu’il n’y a pas l’angoisse de la pensée vide ? Je sais qu’il faut sélectionner les choses, et je le fais sans le vouloir réellement. Mais j’étonnerai peut-être en disant que j’ai préféré sélectionner un rien.
Le vide donne de la valeur au tout, alors que le tout écrase le rien.
Le rien est mal perçu, parce qu’on ne réalise pas qu’il signifie tout.
Alors je veux vanter ce rien, et négliger la volonté de vouloir partir toujours avec quelque chose en tête, ou d’avoir des plans pour chaque épreuve, et des réponses pour chaque possible question.
La pensée ne s’arrête jamais. Ne rien faire, c’est s’empêcher physiquement, mais se laisser aller mentalement, ne plus avoir de contrôle.
Mais les mots sont des étiquettes, et si je me laissais aller à une perte totale de contrôle, je n’écrirais rien, et penserais des sons, qui, si je les traduisais à l’écrit, donneraient des paroles inutiles. aaaaidjeidsv pal bjnkl fbdhc
Je pourrais en conclure que le rien n’existe pas. Que le rien c’est autre chose, une chose floue dont la définition ne vaut rien. Une action de la conscience à la finalité inconsciente.
« Mais je divague. ». « Mais là n’est pas l’enjeux de mes phrases. ».
Non.
Je ne peux m’empêcher de ressentir une gêne, comme si je faisais une erreur, comme si je changeais de route, alors même que je n’en ai emprunté aucune si ce n’est celle de l’acceptation. Puisque quand on ne cherche pas grand chose, on accepte.
Peut-on dire que je n’ai parlé de rien ou d’un peu de tout, ou de tout et de rien, ou de presque rien ? Je n’en pense rien.
On peut tout dire de rien puisque rien n’a pas d’autre définition que rien. Je tourne autour d’un vide qui me fascine pour en tirer quelque chose. Mais « rien ne se crée ». Alors ce n’est pas un manifeste de rien, ce que je raconte. C’est un manifeste du rien du tout. Du tenter de trouver le moindre dans l’infini des possibles.
Je n’ai rien eu à dire et j’ai dit, et dis que j’ai fini mais c’est faux.
Aussi j’arrête ici un peu tôt, même si ce n’est pas vraiment fini.
Et voilà que soudainement l’envie me vient de poursuivre. Je n’ai toujours rien à dire, rien de particulier, mais j’ai envie de dire. J’avais envie de dire sur cette page et non pas sur une autre, pourquoi ? J’en sais rien. On m’a reproché il y a deux minutes de toujours dire « je sais pas ». Mes parents me le disent aussi. Pourtant je suis très décidée pour tout. Mais je ne dis pas « je sais » aux autres si je ne sais pas tout. Et en vérité, je ne sais jamais tout. Alors je ne sais pas, c’est tout.
Ma famille me reproche parfois d’être enfermée dans mes pensées, mais si je leur en fais part, de ces pensées, ils rigolent. Voilà qu’on me sort une réflexion alors que je parvenais enfin à m’effacer. Un silence alors que je les regarde avec mon air endormi. J’ai l’impression de déranger parce que justement j’essaie de ne déranger personne.
Alors je m’énerve. Alors ils me disent, tu ne parles que pour t’énerver. Et c’est toujours la même chose. Alors je ne parle plus. J’ai juste fermé ma gueule.
Alors je réfléchissais et je me disais tu ne réfléchis plus. Tu n’écris plus parce que tu te bornes à dire, à communiquer avec les autres dans des buts concrets, directs, qui n’ont d’autre finalité qu’un confort de normalité atteinte, une peur du retard, du lâcher prise, du manque d’opportunité, peur de les laisser filer comme les rats qui sont là dans les rues et qui dégoûtent par leur vue alors qu’ils sont bien là et qu’ils sont proches, et qu’ils vivent comme toi. Le plus proche de toi, peut-être seulement 3 mètres, qui sait ? Mais tu ne sais pas donc tu t’en fous. Pourtant il s’en passe des choses autour de ta petite personne, mais toi ta petite existence et son devenir, voilà c’est tout ce qui t’intéresse, alors ces centaines de voisins, celui- là qui dort à deux mètres au-dessus de toi toutes les nuits depuis presque un an, tu ne sais pas à quoi il ressemble, peut-être qu’au-dessus il en fait des choses étranges, ça ne te regarde pas tant que ça ne t’atteint pas, tant qu’il ne t’empêche pas de te confectionner une petite place à toi pour te tenir au milieu des autres. En revanche tu te questionnes sur l’arrivée des automobiles volantes en l’an 2500, on les attends toujours, mais elles sont déjà là, elles ne demandent qu’application, mais elles sont toujours trop loin à la fois. Tu te demandes ce qu’il en est de ton inquiétant examen, si ça ira, mais rien n’existe que ton environnement présent et ta pensée, qui bouge tellement vite que tu ne sais plus la définir ni même te la représenter. À quelle vitesse se change le présent, et cette question est insensée, comme le mot du Rien puisqu’il est mot, puisque qu’il est contraire de tout, mais si rien n’est pas le contraire de tout, puisqu’il n’est rien, qu’est-ce qu’il est, il est l’impensable, mais pas vraiment non plus.
Je discutais et je disais que je ne ressentais pas tellement la solitude, du moins la solitude immédiate, l’envie de voir quelqu’un maintenant, un ressenti d’abandon, d’inutilité si l’on n'est pas entouré un samedi soir, de différence, de peur de ne pas agir dans sa communauté, de la perte d’une intégration qui ne dépend que de nous. Et encore est-ce simplement du manque que je décris ? Je me disais que les gens introvertis n’avaient pas besoin de ces partages comme les extravertis, qu’ils avaient besoin des autres d’une autre manière et que même s’ils appréciaient la communication et le jeu de plaire, le jeu d’amuser et d’étonner son entourage, ils ne les considéraient pas tellement comme détenant davantage de valeur que la curiosité face à sa fenêtre, le questionnement sur les immeubles à moitié repeints en face de soi immobile, les lumières allumées toujours à la même heure pour presque rien et tant à la fois. Je me disais que j’aimais autant rester à regarder un film seule ou réfléchir, juste réfléchir et créer, que c’était ma manière à moi de m’inscrire dans une évolution, dans un monde rempli de semblables, des êtres sociaux qui s’enrichissent entre eux de connaissances par les expériences, et ça me faisait peur. Je me disais que c’était au milieu des foules que je me sentais la plus solitaire. Et que quand quelqu’un me manquait, même si la personne me manquait tellement, je n’en étais pas pour autant à ressentir de la solitude, car cette personne qui me manque par son absence me fait me sentir inscrite dans un cercle de personnes, elle me fait me sentir humaine. Mais au milieu des autres, s’ils sont indifférents et m’enlèvent ainsi ce sentiment d’appartenance à une grande famille, qui nous rassure, dont on a besoin tous, alors je ressens cette solitude qui pèse, qui fait sentir que l’on est tellement perdus par nos différences, notre incompréhension qui se heurte à la volonté d’en savoir toujours plus pour pouvoir contrôler davantage, alors je réalise qu’on est tout seul là-dedans, à penser, qu’on n’a de preuve de rien d’autre que l’existence de notre propre conscience, et tant mieux. Mais être seul fait tellement peur puisqu’on est programmés à participer à la prospérité de l’espèce humaine, par la reproduction, et comme nous sommes si intelligents, par la recherche, les découvertes, l’entraide, le divertissement, la création, l’organisation, les conseils, et dans combien de domaines différents pour lesquels certains sont toujours adaptés... Et je réfléchissais beaucoup, et j’avais faim. Et j’avais tout le temps faim et je mangeais toujours peu, peu mais souvent. Parce que si je ne pense plus je m’ennuie. Mais j’aime les gens, j’aime le temps avec eux, j’aime savoir que les gens sont là quand j’en ai besoin et je sais que certains seront toujours là. Et j’ai besoin de certaines personnes et de leur contact et je sais pourquoi et je sais comment. J’ai besoin d’eux moi aussi, mais je n’ai pas besoin de voir des gens qui ne sont pas très proches de moi tous les jours. Et je me demande pourquoi je cherche à me justifier, pourquoi j’écris sur n’importe quoi quand mes textes finissent cachés, de honte, d’incompréhension de moi-même. Mais j’ai tout dit. Il est difficile d’écrire quand on veut écrire bien. On pense à beaucoup de choses et on ne sait pas par quoi commencer. Alors on transforme les images en mots, en phrases, même si elles semblent vides de sens, on ne peut entendre qu’une phrase dans sa pensée, c’est plus facile, alors on écrit n’importe quoi puis on finit par écrire sur des choses qui reviennent parce qu’elles nous semblent pertinentes, non résolues, belles.
On peut avoir le bonheur de se surprendre à écrire des formules poétiques ou riches de sens et de valeurs personnels. Alors je les garde dans un coin comme une trace de moi-même. Et ces phrases-là, leur valeur ne change pas, parce qu’elles sont reflets d’acquis si puissants, de tant de choses assimilées qu’elles font partie d’une identité, certes ce mot ne veut rien dire pour moi, mais elles sont presque inébranlables, et elles me plaisent, parce qu’elles sont comme une excuse de la personnalité qui ressort de moi et dont l’entièreté ne me rend que très peu satisfaite.
Et je suis bien curieuse quand je vois les bonshommes par terre dans la signalétique pour les cyclistes. Comment par un simple point, et 4 lignes qui nous représentent les bras et les jambes, on reconnaît cette silhouette humaine. Pourtant c’est de la peinture blanche. Mais les créateurs savaient que tous comprendraient. Aucun animal n’y verrait un homme, pas même un bambin qui ne reconnaît comme humain le visage de sa mère qu’à condition qu’elle se penche. Une fissure dans une écorce, des trous dans une éponge ou un morceau de gruyère peuvent avoir plus de points commun avec l’apparence d’un homme que ce dessin presque ridicule. C’est ce schéma :-) où celui-ci •x qui nous rappelle un semblable. Est-ce par notre culture universelle (un enfant sauvage qui ne serait jamais sorti de sa jungle reconnaîtrait-il la silhouette humaine sur la signalétique de cyclistes sur les routes ?) ou un inconscient, une systématique dont l’objectif est la communication et donc notre survie ? Pourquoi ne voit-on pas un visage comme on voit une montagne mais comme un outil de communication et de partage d’émotions, bien que là se trouve en partie le travail des artistes, celui d’oublier les automatismes visant à l’adaptation de l’être doté de conscience réfléchie. Je m’arrête. J’ai mal à la tête !
Bref. Je sais pas. J’ai plus d’idée. Peut-être c’est, parce que, justement, parce que. Parce que j’en ai trop, des idées, des petites bribes de sens qui infusent et qui flottent. Mais faut les attraper. J’ai pas de bras. C’est peut-être pas des bras, qu’il faut. Pour s’en saisir, il faut un truc. Un truc en plus. Pas des bras. Pas des bras réels, pas des bras physiques, en tout cas. C’est même emmerdant les bras quand on les utilise pas. C’est rare, de pas s’en servir. Ça arrive. Bon, alors finalement c’est pas nécessaire. Pas toujours. Mais moi j’ai besoin d’être précise maintenant. Faut que j’aie confiance. Ils m’ont tous dit ça, d’ailleurs ce qu’il ne savent pas au fond. Ce qu’ils savent pas, tous autour de moi, qui me regardent, qui m’analysent, qui se disent la confiance ! la confiance ! y a que ça de vrai, ils savent pas que c’est moi, qui me le répète le plus. Je suis violente, en plus. Je suis pas sympa. Mais je sais pas. En fait je sais pas pourquoi j’ai besoin de me détester pour m’activer. Si je me dis, si je me regarde et je me dis, bien, bien, je fais rien. Mais j’en ai à revendre de la confiance, simplement je n’ai pas le besoin de la partager.
Et allez que ça balance des sons des images un peu de tout on s’en fout puisque ça fait plaisir et qu’on réfléchit pas et elle se marre elle au fond on sait pas pourquoi d’ailleurs personne ne sait elle veut se faire remarquer parce qu’elle n’a rien à dire mais elle veut parler c’est plus fort qu’elle et tout le monde la regarde et pourtant personne ne l’observe on vérifie on se dit que peut-être c’est de nous dont il s’agit mais il n’en est rien et ça continue ça continue ça continue et elle s’arrête elle perd sa place et elle se tourne et elle s’en va elle sait même pas finalement ce qu’il y avait d’amusant la laissait se moquer peut-être que c’est elle-même qui est drôle cependant tout le monde va oublier elle va rentrer elle va se demander où sont passées ses chaussures et où sont passés les sourires.
J’ai cherché toute la matinée et je l’ai pas trouvée, pas plus que cette foutue confiance dont on me répète le nom. Je sais si je peux ou si je peux pas. Je sais surtout que je peux plus et je peux mieux. J’ai pas confiance en les autres c’est ça. Sans doute.
On appelle, j’entends que des vieux prénoms, c’est sûrement les papis de Nice qui se sont rassemblés pour jouer à la pétanque oui ok oui c’est les vieux qui cherchent à s’amuser par les habitudes y a que ça pour eux les habitudes, en attendant. Bernard et Julien Gérard Clément Laurent Nicolas Didier, Jean-Philippe, José, Pierre, J-B (celui là veut l’humour, il veut paraître sympathique, à l’aise), Sandrine, François, Pascal, Joseph. Bah c’est tout pareil. Ils visent plus le cochonnet, ils visent les boules des autres, celles qui sont trop proches. C’est comme ça qu’on sait qu’ils sont pros. 
« Pros ».
Je pensais que tout influençait, y compris soi-même, le rythme du cœur, le son de la respiration, la position du corps et les souvenirs qui remontent dans la mémoire immédiate, puisqu’on est des manifestations. Il n’y a que les souvenirs nécessaires ou ceux stimulés par une parole, une vision, un son extérieur qui nous les rappellent, qui viendront à la conscience pour qu’ensuite je me dise, d’accord, je vais parler de ça. C’est assez aléatoire, puisque chaque son, chaque pensée autour ou à l’intérieur de moi peut changer le cours de mon récit. Et le récit change. Qu’il fasse beau, qu’il y ait de la pluie, que je sois seule ou entourée, tout change. Mais ce qui change surtout, en tout cas ce qui présente un intérêt pour ce changement, c’est le vide entre les mots, entre les pensées. C’est bien une liberté que l’on veut. Ça change tout le texte. Ça modifie tout entre les lignes. Courbes, tirets joints, pointillés, allongés, changeant toujours, toujours.
C’est un son assez écœurant finalement. Non. Pas écœurant. Plutôt protubérant. Il est en trop, il est devant. Oui c’est ça. On l’entend trop. Beaucoup beaucoup trop. Bordel. C’est énervant, ouh que c’est énervant je vais m’énerver je vais finir par m’énerver c’est vilain oui c’est moche je sais je vais m’énerver. C’est qu’un son mais qu’est-ce que c’est chipeur de bonne humeur, comme son. C’est agaçant ça m’agace personne ne dit ça m’agace. Aujourd’hui on dit ça pète les couilles. Sinon aucun impact. Faut vivre avec son temps.
Je sais pas ce qu’il font mais ça les absorbe en tout cas. À toi. Ouais j’ai utilisé de la résine. T’as pas vu le cellophane ? Clémence Clémence Clémence Clémence Ça bosse dur par ici. Ça s’y met doucement. Ouais je stresse un peu. Je sais pas. Comment j’ai fait ça ? Aucune idée. Bah c’est comme ça tu sais. J’ai juste pris les bouts.
Y a une ligne, angle à 40 degrés, un cylindre coupé. Il est gros mais il parait plus petit. Superposés. Une trajectoire rectiligne. Qui se divise par deux, un pavé monolithe. Rayures soudées, raccord de fils en bout de course. Bombe métallique. Est-ce qu’on peut aller en cabine aujourd’hui.
Sans trop réfléchir mais en quoi je réfléchis plus ou je réfléchis moins ?
Pourquoi je réfléchirais plus profondément en pensant à la vie extraterrestre qu’à l’odeur de la machine que j’ai oublié de vider hier ? Ou plus intensément quand je pense à mon futur job qu’à mon repas de ce soir ? J’essaie d’être constamment au niveau le plus élevé.
C’est dans une ronde, c’est tout blanc. Y a deux-trois personnes qui regardent et puis elles s’en vont. Y a le grand rocher coupé, à l’extrême Est. Y a une petite colline à laquelle ça fait de l’ombre. Y a un capitaine avec un chapeau, on dirait un chapeau de cuisinier, une toque. Peut-être qu’il est cuisinier aussi. Elle est haute, c’est qu’il a de l’expérience. à ces côtés y a deux gros moteurs, ils tournent comme des manivelles. L’un dans un sens, l’autre dans l’autre. Et y a un tuyau en caoutchouc. En fait je sais pas vraiment si c’est du caoutchouc. Mais ce que je sais c’est que c’est une invention française. C’est articulé, et au bout y a comme un téléphone. Il peut parler avec. Communication privilégiée.
C’est un presque, c’est presque un signal qui ne signale rien d’autre que ça. Il est immobile, il est présent mais il est ailleurs.
La guimauve. Un système de professionnel. Un air indonésien nouveau. Un produit de spa 200mL. On t’a dit de pas penser à te faire belle. La vie, c’est pas un défilé de mode. Pourtant sur un podium non, c’est pas toi qui est jugée, c’est ton habit que tu n’as pas choisi. Moi j’ai tout choisi. Mais j’accepte tout aussi.
Pour attendre que l’image passe. Je digère, j’ai envie de tout supprimer.
Un résumé. Nicolas, 18 ans, s’apprête à passer son bac alors qu’une autre passion semble l’en empêcher et créer l’exaspération chez ses parents. Il ne semble pas réaliser l’importance de ses gestes. Comment fera-t-il dans quelques semaines pour ne pas briser leurs espoirs (et accessoirement ne pas gâcher sa vie à cause de capacités inutilisées) ?
Elle avait rencontré ce gars farfelu à la supérette du coin au rayon fruits et légumes alors qu’elle s’apprêtait à acheter des bananes pour concocter un gâteau qu’elle n’allait pas faire et il ne l’avait même pas regardée, il s’était juste dit qu’une femme achetait des bananes comme un homme achetait des pommes de terre un jour propice à la raclette et qu’il attendrait son tour pour la pesée. Deux jours plus tard elle rêvait qu’il tuait tout sa famille avec un pistolet banane. C’était un collégien dont les parents divorcés adoraient les bananes flambées au dessert du dîner dînatoire pendant que lui se fascinait de vidéos de prouesses cascadantes à petit vélos aux pneus conséquents. Il refusait sa purée de courges butternut sous prétexte que le mélange avec les bananes lui donnaient des crampes intestinales gargantuesques et irrésistibles lors de la digestion, qu’il ne savait comment soulager autrement qu’en se faisant lui-même dégobiller ce qu’il avait avalé pour sa tranquillité au cours de la nuit. La nuit, il ne faisait rien. Ben oui, il dormait.
Il ne rêvait pas de meurtre insensé, mais il rêvait qu’un magicien espagnol à tête de berger allemand le fixait d’un oeil brillant qui le paralysait pendant quelques minutes avant de le réveiller, à 8h piles, les jambes tremblantes de sa nouvelle impuissance. Ils se levait pour danser une danse, dont quelques pas étaient similaires à ceux de la polka puis il sautait dans son bain moussant que sa mère faisait couler pour lui avant de se rendre à la poste dans laquelle elle travaillait peu. Elle ne se doutait pas que l’eau avait le temps de refroidir avant qu’il ne s’y plonge, mais il s’en fichait un peu. Il se disait que sa circulation sanguine en serait ainsi stimulée et qu’il serait le plus beau et le plus classe lorsqu’il entrerait dans sa sale salle de classe. Cependant il n’avait pas beaucoup d’amis parce que ces congénères le trouvaient surprenant. Alors il s’asseyait à sa place et branchait ses écouteurs cassés pour écouter de la sega en attendant la venue du professeur. Le professeur quant à lui était un vieux monsieur sénile, un ancien, il n’en avait plus pour longtemps. Il portait une paire de moustaches asymétriques et des oreilles aux lobes difformes qui en effrayaient plus d’un au premier rang. Pourtant c’était un homme bon, passionné de l’Asie de l’Est et de la fabrication de la mozzarella, qui tentait avec difficulté de transmettre son savoir à des élèves désintéressés et renfermés. Il avait voulu être professeur de philosophie dans un bon lycée, mais le destin l’avait fait professeur de sciences naturelles à son insu. Après quelques moqueries au sujet du port de ses lunettes qui étaient tout à fait de travers, il s’était mis à pleurer dans un coin de la salle, le dos de face, et tout le monde s’était alors tu bruyamment en le contemplant. Les élèves après quelques secondes d’hésitation, s’étaient alors mis à hurler de joie en quittant la salle avant qu’il ne puisse reprendre ses esprits volés par le malin.
« C’était un monsieur qui lui avait dit. - Pourquoi ?
- Parce qu’elle lui a demandé!
Elle fronce les sourcils.
- Mais pourquoi demander alors qu’elle ne savait pas ? - Pour savoir!
- C’est qu’elle se doutait!
- Non pas
- Elle se doutait. - Peut-être
- Comment
- Entendu
- Quoi -
Tout
- Quand
- Ce matin
- Où
- À la cafétéria
- La cafétéria
- La cafétéria. Elle y était. - Pourquoi
- Pour manger !
- Quoi
- Une gaufre
- Une gaufre ?
- Au chocolat
- Elle regardait
- Elle écoutait
- Elle a pleuré
- Je ne crois pas
- Elle a eu l’air triste
- Un peu
- Comment
- Elle a regardé sa gaufre - Sans la manger
- Sans la manger
- Elle l’a pas finie
- Elle l’a pas finie
- Elle est sortie
- Oui
- Elle a vu que tu l’as vue - Elle m’a vu
- Elle a croisé ton regard - Non
- J’y vais »
Ils s’en vont.
J’entends crépiter l’eau dans lesquelles baignent les pommes de terre. Mais ça ne me donne pas faim. J’ai touché un ver de terre par surprise en jardinant il y a quelques minutes. Toute sensation sur ma peau m’apparaît comme un ver de terre. Tout est devenu ver de terre, les verres sont de terre et ça me donne des frissons. Il y des vers de terre imaginaires tout autour de moi. ça me gratte partout. J’ai cassé mon téléphone par surprise à cause d’un vulgaire ver de terre. Comment haïr un si petit animal ? Ah je les hais tous.
Écrire avec des mots au hasard.
La gondole est un bateau romantique pour les gens qui ne le sont pas.
J’ai trouvé que mon père était dégueulasse quand il m’a dit qu’il adorait manger des escargots.
La capture d’une idée ne se fait pas avec un filet.
Le monde après tout, ce n’est presque qu’une gigantesque flaque d’eau.
J’ai mis des pinces sur mes chaussettes, je les ai pendues. Elles sont toujours impaires, mais ça m’amuse.
Tout plaisir est une drogue.
Je me sentais compressée comme la pâte d’un tube d’un dentifrice presque vide. Il faut laisser les gens répandre les bêtises.
J’ai entendu l’hélicoptère, il était midi exactement. C’est une urgence, monsieur.
Les imperfections sur les visages
Les expressions involontaires
Les bourgeons qui s’ouvrent en premier
Les odeurs qui donnent faim même quand on vient de manger
Je sais pas pourquoi, parfois, comme ça, juste comme ça, j’ai envie de réfléchir et j’ai envie de bavarder. Mais pas maintenant.
Les gens qui rient m’énervent, les gens qui se disent satisfaits m’énervent, les gens qui veulent le bonheur de tous m’insupportent, les gens qui font des compliments m’exaspèrent, les gens qui travaillent bien me gonflent, les gens qui veulent m’aider me rabaissent, les gens qui parlent pour attendrir les autres produisent l’effet inverse sur moi. J’aime les gens méchants, les actes mauvais me fascinent, les mauvaises paroles me font plaisir et je suis persuadée qu’au fond, tout le monde est un peu comme moi.
J’écris dans le but de me défouler, mais aussi pourtant de faire lire, ou de faire comme si tout ce charabia serait lu. Car je conçois qu’il n’y a rien de plus enrichissant que la vilaine curiosité. On croit que je suis froide. En fait, c’est la vérité. Je le suis. Et comme j’aime les gens froids ! Je n’aime pas la superficialité. La froideur, c’est la franchise.
On me dit souvent que je suis une enfant. J’aime l’ambition d’un enfant.
Je veux dire, pas embellir, pas charmer. D’ailleurs, je n’ai pas bien envie non plus d’intéresser les gens.
Je passais mon temps à dire que les gens changeaient et que je ne changeais pas parce que je ne voulais pas changer. Mais je voulais changer. Je disais ça parce que je ne pouvais pas changer. Je voulais voir de nouvelles choses. Ce matin un ami m’a dit que sa grand-mère était morte. De toute évidence il voulait de l’aide. Je n’ai pas pu l’aider. Je suis logique et réfléchie et je ne sais pas aider les gens dont les sentiments font défaut. Ce n’est pas que je ne veux pas. Ce n’est pas que je ne comprends pas non plus. Une amie part dans un autre pays et ça ne m’attriste pas. Mes anciens amis s’éloignent un par un parce que je ne les rappelle pas, et je m’en fiche. Je ne rigole plus de leurs plaisanteries et ne partage plus leurs intérêts ni leurs objectifs. Ils ont peur de mon effacement et j’ai peur de leurs amusements. Je suis naïve volontairement. Au fond je veux être comme eux.
Les doutes entraînent le refus des choix et j’ai tendance à l’ignorer.
Ils prennent leurs décisions sans attendre. Alors ils aiment parce que ça fait plaisir, et ils refusent parce que ça fait mal. Ils oublient les erreurs et les répètent. Ils répètent leurs plaisirs parce que la découverte et la connaissance ne les intéressent pas. C’est ça le paradis ? Un monde de bêtise et d’insouciance ? Mais les études d’art sont faites pour les abrutis, pour ceux qui ne réfléchissent pas. Ils cherchent tous la fierté. Ils veulent de l’importance. Ils vivent pour le regard autres. Ils s’amusent à faire d’eux-même des produits désirables, comme le paon ferait la roue. Je l’ai entendu. Je me questionne toujours sur ces propos. Je les dis parfois.
Quand on n’a pas le degré de conscience nécessaire à la compréhension ça parait stupide. ça amuse. On oublie. Tu délires ! Redescends sur Terre, tu dis... QUE DES CONNERIES, des BêTISES
11/12/2018
Je veux prouver qu’il est le même. C’est une différence qui m’ennuie et qui m’inquiète.
Avant ça je pensais avoir raison. Je le connais depuis plus d’un an. C’est sans le réaliser vraiment que je me suis retrouvée chez sa famille, dans sa ville, dans sa maison. Une simple invitation sans arrière pensée qui m’a fait dire oui sans réfléchir. Une petite maison au fond d’une ville qu’on aurait en France appelé un village. Il y avait des gamins dans les rues toute la nuit. Une ignorance ou peut-être une absence de dangers qui les laissaient jouer au milieu de l’obscurité, et les parents qui restaient chez eux ne les surveillaient même pas. Moi je me suis sentie perdue. Parce que tout ce qui me fait moi, en réalité, c’est ce que j’ai appris. J’étais sûre de savoir ce qui était juste et ce qui était bien. Je n’ai pas compris les manières d’agir des gens de cet endroit et je cherchais un but à leur intérêt. J’ai dit les gens s’en fichent, ils se détournent de tout. C’est ça que j’ai voulu prouver depuis mon enfance. L’acte désintéressé n’existe pas en ce monde et l’existence de ce dernier semble bien être la seule chose qui n’ait pas d’intérêt, pas de visée ni de but.
C’est dans l’essence des hommes que j’ai voulu chercher à comprendre, à prouver, la cause, l’existence de cet égocentrisme ignoré, pourtant logique et inné chez tous. Car des êtres sans conscience se détache cette cruauté de l’insensibilité face à des actes égoïstes et inhumains. Mais chez l’homme c’est différent. Les hommes se battent, et se battent de plus en plus, à mesure que leurs modes de pensée évoluent, contre la révélation de cette bataille pour soi. Ils se battent pour eux-mêmes, mais tentent en vain de se prouver le contraire. Ils agissent contre leur volonté, ils se rabaissent contre leur gré parce qu’ils se veulent bons. Mais l’attention qu’ils portent à tous, à tout, partout, toujours, sans faute aucune, ne traduit que leur indifférence. C’est ce que j’avais compris même.
De là je me suis retrouvée à voyager, c’était juste un voyage sans objectif que j’ai fait comme divertissement, rien de plus. Et puis tout mon intérêt s’est porté sur un semblable, qui ne l’était pas. Comment accepter après 20 ans d’acquis qu’un être opposé en tous points nous fasse remettre en cause toutes ses connaissances ?
J’ai passé des années plongée dans des livres et des créations personnelles, à chercher des sujets qui m’intéressaient et qui parlaient à ceux qui me ressemblaient. Comment pouvais-je expliquer à des gens qui n’ont jamais ouvert un livre autre qu’un livre de religion, ma recherche artistique, mon goût pour la science, ma soif d’apprendre et mon affection pour des films qui semblaient me comprendre ? C’était une chute intense et douloureuse que de réaliser que tout ce que j’étais n’était qu’apparat, manières, principes et valeurs utiles au sein de ma petite communauté, inutiles ailleurs. J’aurais voulu dire qui j’étais, mais je ne savais plus quoi dire. Parce que là-bas on ne se définit pas par ses fonctions, ni par l’originalité de ses intérêts. Moi je voulais poursuivre les recherches de mes ancêtres, je voulais être utile en apportant des visions personnelles sur des sujets communs, je voulais me faire ma place et je voulais m’améliorer, je voulais chercher des choses, les assimiler, les transmettre. Et c’est toujours ce que je veux. Mais si ces objectifs sont utiles à d’autres et à moi-même, inspirants, honorables, là-bas ils étaient devenus nuls.
Alors je me suis focalisée sur lui, parce qu’il ne parlait pas ma langue mais qu’il me semblait que j’aurais pu le comprendre d’une autre manière, ou peut-être, et je pense bien que c’est ce qui m’a profondément marquée, je pouvais me comprendre à travers sa différence. Il n’est pas instruit, il parle peu, et son ignorance laisse place à une obstination, une confiance paradoxale en tout ce qu’il croit. Les règles de politesse sont opposées à celles qui m’ont été enseignées. On rote à table, on ne dit pas merci parce que « c’est normal », on fait des choix par l’affect plutôt que la raison. En fait il y a quelque naïveté dans sa manière de vivre, mais une naïveté qui dévoile une réalité. Il pose des mots logiques sur des sujets interdits. Et sans lui dire mes désaccords, j’ai écouté. Il parle des flammes de l’enfer avec certitude. J’ai dit, mais qu’est-ce que tu connais, de la religion. J’ai dit, est-ce que tu connais le nombre de religions, est-ce que tu connais le contexte de leur création, est-ce que tu connais leur but, est-ce que tu connais leurs failles. C’est la vérité, il a dit. Et ça m’a attristée. Aucune curiosité ne poussait personne à se renseigner sur autre chose que ce qui leur avait été transmis par voix orale. Parce que s’il négligeait cette chose, sans compter que cela représentait pour lui un effort désagréable et non un exercice attrayant, il n’avait plus sa place chez lui. Mais surtout, quel intérêt avait-il à le faire ?
J’ai un appartement assez commun dans son architecture. Ma table de bar suggère l’alcool que je peux servir à des invités. Pourtant je ne possède que deux chaises. Mes étagères remplies de livres et de DVD exposent mon appétence culturelle et mon intellect, capacité de juger et de divertir. Mon matériel artistique fait part de mes questionnements personnels. Mon lit double suggère un confort et une activité sexuelle. Mon balcon rempli de plantes met en évidence le manque de végétation qui m’entoure. Ma salle de bain témoigne d’une prise en charge médicale, médicaments entamés, crèmes en tout genre, multiples bouteilles de shampoing et machine à laver qui tourne plus qu’elle ne le devrait. Mon armoire excuse le temps que je prends à choisir mes tenues vestimentaires, car elles sont davantage que bouts de tissu. Et ma cuisine remplie d’aliments des quatre coins de la planète, exige de moi une alimentation complète et variée. C’est en fait une simple représentation de l’idéal vers lequel je tends.
Son appartement est commun dans son architecture. Il est un lieu pour dormir, un lieu pour discuter. Des canapés qui servent aussi de lit, autour d’une table qui permet de manger et de travailler, une cuisine minuscule avec un four, un réfrigérateur et un évier. Des toilettes à la turque qui servent également de douche. Un résumé des besoins premiers. Je me suis dit merde, comment je peux leur demander sans gêne comment faire pour me laver, pour me brosser les dents.
Je me suis questionnée sur sa conception du bonheur, sur sa définition de la beauté. Lui demander aurait été trop brutal et aurait faussé la vérité. J’aurais eu l’air ridicule, peut-être. J’ai observé, j’ai tenté de comprendre, ce que je ne comprenais pas chez lui et les autres, chez les gens qui préfèrent vivre leur vie en suivant leurs affects plutôt que leur raison.
Puisque je sais qu’il y a une définition de la beauté, un idéal avec des critères précis, qui attire l’oeil de tous, qui plait à tous. La beauté n’est pas totalement relative et la majorité des personnes avec du bon sens s’accorderont à dire si une chose est plaisante à regarder ou ne l’est pas. Il y a des codes de la beauté. Et ces codes ne sont pas une construction. Ils ont une vérité instinctive. Il faut tendre vers la beauté pour survivre. La beauté c’est le divin. C’est ça, que l’Occident moderne n’aime pas. C’est ce qu’il ne veut plus voir.
Mais c’est peut-être la neutralité qui fait la beauté. Je lui aurais montré un de mes dessins banals, il n’aurait pas compris son intérêt, il aurait sans doute trouvé ça laid, peut-être même tout simplement mauvais. Mais il était en fascination devant ces représentations de portraits réalistes au possible. ça, c’est beau, il a dit sans réfléchir. Je vois que dans l’essence même des hommes il y a une plaisance à reproduire la réalité et à regarder une imitation de cette réalité plutôt qu’une interprétation de celle-ci. Ce n’est pas du mauvais goût, c’est une satisfaction instinctive, normale et innocente face au connu. La nature est objectivement belle. Rien n’est plus parfait que la réalité. Il n’est pas facile d’expliquer la difficulté à interpréter la réalité plutôt que d’acquérir un savoir-faire technique. Ce gouffre entre nous, je l’ai retrouvé dans notre conception de l’art, mais également dans notre conception de la vie au sens large : tout changeait suivant le même principe.
Il m’a dit que je ne suivais pas la mode, sous-entendu sa mode. Je lui ai dit non, je m’en fiche, plutôt ne pas réfléchir à mes tenues que de suivre ce que les autres portent et d’afficher avec fierté ce manque de choix.
Pour lui, ma curiosité n’est que négativité. Mais je lui donne raison. C’est-à-dire que contredire les choses me permet de me créer un chemin individuel. Aujourd’hui nous n’avons pas de sentiment de communauté dans lequel nous souhaitons un bien commun. Nous oeuvrons pour nous-même et ça marche tant bien que mal.
Leur monde n’est pas un monde dénué de mal. Ce n’est pas un monde innocent, pas un jardin d’Eden. On peut bien pratiquer le mal sans en avoir conscience et s’abstenir de le pratiquer lorsque l’on possède des tas de vices. D’ailleurs ne pas mettre des mots sur le mal rend ce mal neutre. Ne pas nommer un mal, c’est l’accepter. Rien d’étonnant à ce que dans les populations les plus racistes le mot même du racisme n’existe pas. Les lieux où l’on entend toujours « Tu es raciste ! » sont les lieux où il y a le moins d’actes racistes. Il faut prendre conscience de la chose pour en débattre, pour la bannir.  Alors j’ai pris conscience des mots. Dans les fautes qu’il pouvait faire se cachaient des vérités.
Lorsqu’il choisissait un mot pour en désigner un autre, un rapprochement de sens, un lien essentiel se créait dans mon esprit, chose que je n’aurais pu faire de moi-même. Il désignait les fêtes par le mot « joie », le dysfonctionnement d’un objet par la « maladie », la beauté par un adjectif féminin, la laideur par une apostrophe de dégoût, et toutes les entreprises à réaliser pour le confort, il les désignait par le travail. Quand il avait faim, il disait qu’il réfléchissait à manger.
Cet emploi de mots simples pour désigner tout et n’importe quoi était plus sensé qu’il ne paraissait, et ces raccourcis logiques m’ont entraînée à vouloir tenter de concevoir les choses comme il les concevait, une pensée rendue presque primitive par la non maîtrise de mon langage, qui s’appropriait les choses plus aisément qu’avec tous les interdits et les contraintes que je m’imposais. Il n’y a rien là-dedans qui se rapproche de la bêtise, c’est une ignorance de l’histoire, des enjeux contemporains, des richesses de ma langue, et pourtant une connaissance vraie, peut-être inconsciente, mais assumée, de l’essence même des choses.
J’ai compris que l’invention des mots nourrissait l’idéalisation et la problématisation d’une pensée collective ; elle ne servait pas, ni à dire la vérité essentielle, ni à se rapprocher d’une compréhension du monde, mais davantage à des expressions descriptives et nominatives, facilitant la compréhension de l’autre pour rendre nos entreprises en société plus aisées.
De là je me demande ce que je suis au fond, puisque je ne sais pas si je suis pareille que les autres, si je suis différente, si je suis les deux à la fois. Je me suis dit, tu es qui, pour te comparer, pour te dire que tu vaux mieux ou que tu n’es pas assez bien ? Alors je me dis d’abord que j’ai un nom. Je me dis que ce n’est pas un choix, c’est celui de mes parents. Mais ils ne l’ont pas choisi comme ça, par hasard, ce nom. Ils l’ont choisi pour son sens, ils ont placé une image en moi, avant même que je sois là, il y avait des a priori, des volontés de faire de moi une personne sage. Il m’inscrit dans une communauté, il m’entraîne à devenir un être de communication, puisque c’est ainsi que toute ma vie j’allais être appelée.
J’ai regardé autour de moi. Tout porte un nom. Tout porte un nom qui lui permet d’être mis dans une phrase, cette phrase dans une réflexion, cette réflexion dans une communication. Je ne sais pas ce que les autres disent en prononçant mon nom. Puisque si j’étais là, à écouter, ils ne le prononceraient pas, ils me diraient toi, toi, tu es comme ça. Mais ce nom ce n’est pas moi. Il a peut-être influencé ma manière d’être, mes choix, il m’a habituée à certaines choses, il a orienté mon caractère et mes goûts, sans doute. Il est beau, ce nom, mais il n’est pas moi. Il n’est qu’une sorte de représentation, de définition sans définir, un mot à prononcer mais pas une signification réelle de ma personne, un son qui me fait exister, qui me fait jouer un rôle dans les paroles des autres, qui me donnent un titre pour faciliter des démarches administratives. Mais ce n’est pas moi. Encore faudrait-il que ce nom, il n’y ait que moi qui le porte. Qu’il me soit sorti de la bouche à la naissance, comme un Pokémon. Mais ce nom, il est utile, il n’est pas vrai. Comme tous les mots, il ne m’a jamais permis de me définir. On ne peut pas se définir en un mot.
Alors on dit parfois elle. Elle, parce que je suis une femme. Elle me différencie des hommes, elle est une partie de ma définition, mais elle n’est pas moi. Elle ne fait pas la différence avec les autres femmes. Si encore les surnoms que l’on me donne à tort et à travers, des petits surnoms vilains ou surnoms idiots, donnent des indices insignifiants de moi, il ne s’agit là que de la vision que les autres ont de moi, et non pas ce que je suis et demeure.
Si je dis que je suis aimable, est-ce que je le suis vraiment ? Si je le pense ? Si je le crois ? Si j’agis comme une femme aimable ? Si les autres admettent que je suis aimable ? S’il est écrit sur mon passeport que je suis une personne aimable, alors est-ce que je suis aimable ? Il est certain que le doute persiste, peu importe ce que l’on dit, ce que je dis, ce que je fais, il n’y a aucune certitude que je suis aimable.
Pourtant il y a des moments où je me sens aimable. Aujourd’hui, je me sens aimable. Je veux faire le bien, je veux que les autres se sentent bien, je veux faire des choses bien et je ferai des choses bien parce que j’en ai l’envie. à ce moment-là, alors peut-être je suis une personne aimable. Peut-être que je pourrais l’inclure à cette définition que j’ignore. Mais après tout ça, demain, demain peut-être je serai détestable, parce que j’aurai mal dormi, parce qu’on m’annoncera une mauvaise nouvelle. Alors est-ce que je suis une bonne ou une mauvaise personne ? Est-ce qu’être bon c’est être en majorité bon ? Comment savoir si l’on est plus bon que mauvais, comment compter, comment admettre qu’une bonne action part d’une bonne intention, comment compter une bonne intention sans action à la fin ? Moi je ne suis pas aimable, je ne suis pas détestable, je suis changeante. Mais j’ai la possibilité de l’être, j’ai la possibilité de faire le mal et celle de faire le bien. Finalement est-ce que je ne suis pas seulement un ensemble de possibilités, de capacités ? Sont-elles miennes, vraiment miennes, immuables, immortelles ? Rien ne me le prouve, et je les sélectionne. Je, cela ne signifie toujours rien.
Puis je me suis dit, tu as un corps avant tout. C’est ce corps qui te permet de réaliser ces actes et de penser ces choses. Ce n’est pas un choix même si je l’ai orienté par la pensée, c’est-à-dire que j’ai fait en sorte de le garder en bonne santé, que j’ai choisi de me couper les cheveux à une certaine longueur. Mais ces choix sont motivés par des instincts, par des influences extérieures, par un besoin de reconnaissance et d’acceptation qui ne me définit en rien, qui est propre à tous. Si mon essence est l’essence des autres, si ce qui m’entraîne à vivre est cette essence, alors ce qui est moi ne m’entraîne pas à vivre, ce qui me fait moi est ce qui n’a pas d’utilité, pas de nécessité, ce qui est différent des autres, ce que je ne copie pas, ce que je fais sans savoir pourquoi. Ce qui me fait moi, c’est ce qui est inutile, voir contre-productif, dans ma recherche du bonheur.
Je relève alors des idées d’activités, qui, il me semble, n’ont aucun but, simplement un intérêt, un intérêt presque singulier, du moins quand on les rassemble. Et cette réflexion n’est pas aisée. Je vois alors que tout ce que je fais, je le fais pour les autres, donc indirectement pour moi, je le fais pour eux, je le fais pour moi. Peut-être que cette chose qui me définit, je pense la faire dans un but. Mais elle n’a en réalité aucune fin, aucune utilité.
J’ai regardé le chat de la famille. J’ai voulu le définir. J’ai pensé à son nom, j’ai pensé à sa couleur. Des informations erronées. Puis j’ai pensé que finalement, ce qui le définissait, c’était l’ensemble de toutes ses actions, et surtout ses réactions, acquises et récurrentes, aux conséquences fréquemment similaires, qui malgré le temps, restaient là, sans raison, et qui le rendaient singulier. On dit, c’est un chat méchant. C’est un chat bavard. On pense alors à des phénomènes visibles, des phénomènes physiques qui ont lieu avec répétition, des habitudes, qui n’ont pas d’avantage pour celui qui les commet.
Je râle
Je réfléchis Je m’isole
Souvent
Mais ces choses ne sont pas innées. Elles viennent de mon éducation. Alors j’ai pensé qu’on n’éduquait pas simplement un enfant, mais qu’on façonnait sa personnalité, qu’on créait en lui des choses parfois inéchangeables qui le rendraient particulier aux yeux des autres.
Il m’est apparu que cette personne opposée était aussi râleuse, mais qu’elle ne réfléchissait pas, si elle s’entourait toujours de ses amis qu’elle allait voir dès que la possibilité lui était offerte. Que nos opinions soient différentes était question d’environnement et d’apprentissage, et ces traits de personnalité nous ont été prodigués par l’éducation. Mais alors qu’est-ce qui nous faisait nous, qu’est-ce qui au fond de tout ça, créait ces manifestations, ces réactions sentimentales ? L’origine de cette colère récurrente par exemple, je n’en ai aucune idée. Mes frères mêmes ne me sont pas semblables sur ce point.
Alors je pense que tout ça finalement, ce n’est que preuves. Ce n’est pas visible, la cause n’est pas visible, elle n’est connue que par ses conséquences, conséquences que l’on peut voir, actions que l’on fait sans le décider, comportements non assumés, peurs, obstacles que l’on s’impose nous-mêmes, paroles que l’on dit sans réfléchir, gestes que l’on fait en rêvant.
Je me suis demandé alors si l’écriture en était une, et ça m’est apparu comme une évidence. J’écris ce que j’écris, pour moi, sans but, sans fin. Je cherche une chose pour la chercher, non pour la trouver, pare que j’aime cet acheminement d’idées, de réflexions, qu’elles m’apportent un bien-être, une satisfaction, parce qu’elles renforcent justement cette interprétation d’une identité propre, parce que je peux me compléter en écrivant, comme je peux le faire par n’importe quelle création, et finalement de manière plus subtile, par n’importe quelle action.
Alors j’ai voulu observer les gens, dire ce qui différait de moi, de lui, d’elle, me plaire à dire ce qui était une manifestation de conscience propre. Est-ce que j’aurais réagi de la même manière que cet ami si j’avais été à sa place, est-ce que j’aurais prononcé ces mots dans sa situation ? Certes, non. Il semblait que tout ça dépendait d’un parcours qui était rempli d’expériences, des hasards, ou plutôt une suite de causes et conséquences qui finalement nous entrainait à agir d’une telle manière et pas d’une autre, et que celle-ci trouvait son origine dans un corps construit de manière inédite et arrivé dans un contexte unique.
Alors j’ai cru en une sorte de destinée, un déterminisme, qui dépendait d’une cause essentielle, une seule cause qui aurait tout influencé, tout entrainé avec elle, et que cette condition avait déjà tout écrit du futur. Le big bang aurait pu l’être, toutefois je n’aurais su dire si nous naissions avec un caractère, ou avec un esprit totalement vierge et neutre. Je ne savais pas s’il y avait un hasard dans la naissance, dans l’apparition d’un esprit, ou s’il n’était que le fruit de la génétique et qu’il s’enrichirait avec le temps.
Et puis je me suis demandé ce qu’était un texte purement personnel. Un texte qui ne vise pas à la communication pour une personne tiers. Un texte sans finalité, qui m’apporte satisfaction sans m’apporter autre chose. Un texte dans lequel je chercherais sans chercher véritablement, par des mots qui formeraient des ensembles dont moi seule pourrait en comprendre l’intérêt, dont moi seule pourrait en apprécier les sonorités, dont moi seule déciderait de leur prononciation lorsque je les lirais, et qui témoigneraient d’une position dans le temps et l’espace qui ne correspondrait qu’à moi à l’instant même où je les écrirais. Des choses changeantes comme des pensées qui sortiraient intactes de ma tête. Il y a en face de moi des indications pour la sécurité à bord du train. Des vignettes. Des repères.
Un cocktail et un sandwich, un bébé allongé sur une table à langer, un téléphone portable qui sonne, les silhouettes d’un homme et d’une femme, et enfin une flèche, qui indique le positionnement des lieux qu’insinuent ces symboles, certes, mais je m’abstiendrais de cela, de cet automatisme de logique de compréhension, car je ne veux tirer d’eux que des ressentis personnels, et pourquoi, je l’ignore.
Bip ouin crunch gloup hey bam
Cœur blanc qui me plait, sans plus. Abysse souterraine, regarde hier je suis partie. Sans aller où j’ai pas trouvé REGARDE mural, cadre mural, 230, 49, non. Merde. Plus rien. C’est doux. Gris. Des fourmis dans les jambes. à 22h, taxi noir, black cab, entendu. Passé. Repasser. J’ai oublié. La culotte. C’est sans soucis que je reviendrai. Haha. En bref, j’ai tout le temps dit ça en bref. Ah oui. Elle me parle plus. 2 ans. Yport, Book-lard. J’y vais ou pas ? Rose et 100 de sous. C’est pas moi qui l’ai voulu. Un poster est décollé IMAGE dedans des points, une ligne courbe. C’est un bonhomme perruque ciel, j’ai pas mangé. ça n’éclaire pas. Oh Et ça. Plusieurs. Il fait pas beau. ça grandit. Je regarde. J’ai pas pensé à éteindre. C’est normal. La clé. Tant pis.
Après. C’est pas tant. Je demande. Pourquoi ? ATTENDS ! Fumée. Feuille. Jaune. Jaune. Jaune. Jaune.
Alors j’ai lu mon texte. Aucun sens. Aucune visée communicative. Je suis sûre d’être le premier être vivant à avoir prononcé, même si ce fut de manière silencieuse, tous ces mots à la suite. Je l’ai lu plusieurs fois, de manière différente à chaque fois. La voix que je prenais, la vitesse à laquelle je regardais les mots et les suggérais dans mon esprit étaient à chaque passage nouvelles, si bien que j’en ai oublié l’authenticité. Je ne pouvais plus retrouver l’essence de mon texte, la manière dont les mots m’étaient venus, la façon que j’ai eu de les dire dans ma tête et la vitesse à laquelle ils se sont enchaînés. J’avais même oublié la signification de certains, j’avais oublié mes réflexions et les détails de ce contexte passé. Alors ce texte ne m’appartenait déjà plus. Il n’était plus moi.
Moi, j’étais nouvelle à chaque fois. Si j’étais colérique, je pouvais changer. Il se pouvait par miracle qu’un événement me soit assez traumatisant pour me changer, ou qu’une réflexion, une ambition et un exercice assidus me transforment la personnalité, fassent disparaître ces réactions qui ne m’aidaient en rien dans la vie. Est-ce que, cet événement, je pouvais le créer moi-même, est-ce que je pouvais me forcer, sans aide extérieure, à devenir quelqu’un d’autre ? Je ne sais pas. Mais ce qui me gênait, c’était de me dire que finalement, ce que je pensais être moi, il se pouvait bien qu’il ne soit qu’éphémère, il se pouvait que mon moi disparaisse, et j’ajouterai même, je me suis dit que je disparaissais chaque seconde. Il se peut bien que d’un coup, par la vision de quelque chose d’exceptionnel, par un choc mental, je sois changée. Il se peut que par désir et par efforts je devienne chaque seconde un peu moins râleuse, un peu plus ouverte, plus sociable.
En fait, j’avais l’impression de marcher sur un fil, que ce fil m’était inconnu. Mais qu’il m’était comme tendu, ou plutôt que je le tendais moi-même sans vraiment le vouloir ni le réaliser, comme si je m’étais pris le pied dedans. C’est lui qui créait un lien entre tout ce que j’avais vécu, entre tout ce que j’avais été. Il me gardait mes souvenirs pour que je puisse m’améliorer, il m’envisageait le futur et me confirmait au présent que c’était bien moi, que c’était toujours moi dans ce corps. Par les souvenirs, qu’ils appartiennent au passé proche ou à un passé plus lointain, je savais ce que j’avais fait, je savais qui j’étais et ce que, de préférence,  je devais ou ne devrais pas faire. Il faut croire que cette zone du cerveau, c’était mon identité. Un stock gigantesque de bribes d’événements passés, dont les éléments combinés entre eux me permettaient l’appréhension, l’imagination et la création personnelle.
Alors rien n’était inné ? Je me suis demandé si ce stock était différent chez les autres, si notre manière de trier les choses acquises étaient les mêmes. Et je me suis perdue. Dès la naissance, notre physique était unique. Alors de la même manière j’ai pensé que notre esprit l’était. J’étais peut-être prédestinée à être râleuse, au moins pour un bon moment de ma vie. C’était peut-être génétique, et mes frères avaient été en partie épargnés par ce trait.
Donc il y avait pour moi deux facteurs qui m’avaient faite. L’un était la génétique et l’autre l’expérience. Et j’ai pensé à lui. Certes il n’y avait aucun lien génétique particulier entre nous, ni aucun lien dans l’éducation. Mais je pouvais être sûre qu’il y avait au fond des pensées qui nous étaient communes, et qui étaient communes également à tous les hommes qui avaient vécu au moins une expérience dans ce monde. C’était que le mal était mauvais ; que le bien était bon. Une logique qui nous venait de nos affects propres. Il était certain pour tous que le meurtre était à bannir lorsqu’il ne sauvait pas la vie ou l’honneur d’un autre. à côté de ça, tout pouvait varier. Les définitions de tous les mots variaient, la conception des valeurs, les actes prônés et tolérés.
Il y a des mots qui sont presque identiques dans presque tous les langages. Comme le mot maman. Le premier mot prononcé par la majorité des enfants. Un mot aux sonorités simples à prononcer. Mama, Maman, Mommy, Momma, Amma, Mammà, Mama, Mama, Mama, Mama, Mama, Nana. Puis le mot papa. Baba, Papa, Dada, ... Il faut croire que ces sons, universels parce que formés des premiers sons qu’il nous est possible de produire oralement, ont été semblables de tout temps, partout, et le seront aussi. Et ça m’a touchée. Toutefois il ne s’agissait que d’une logique venue de capacités physiques, et rien de mental là-dedans, si ce n’est un besoin de communiquer que nous avons tous.
Un besoin de communiquer. Puisque ce que je suis, pour être admise, acceptée comme individualité, je dois le transmettre, je dois l’inscrire dans le monde physique. Oui, je sais bien que j’existe et que je suis moi et pas quelqu’un d’autre, mais personne ne voit ce que je suis, et la manière la plus forte pour y avoir accès, c’est, pour tous, de s’affirmer dans ses actions ou ses absences, prises de position ou neutralité assumée, affect ou rationalité. Des choix qu’on peut vouloir discrets, qu’on peut laisser interpréter, ou que l’on veut communiquer directement. Il est difficile de trouver un langage assez fort pour se manifester, pour communiquer une individualité.
J’ai tenté pendant longtemps d’écrire sans y réfléchir, d’écrire dans des élans de colère, de joie, avec des mots qui n’avaient aucune prétention esthétique. Quand je les lis, je vois que j’ai changé, mais je comprends, et je me rappelle que cette personne qui a écrit, c’était bien moi. Je ne me rappelle plus du pourquoi, du comment de ces écritures. J’en ai oublié la moitié. Mais même si l’on m’avait fait lire ces textes en me disant qu’ils venaient de quelqu’un d’autre, je me serais reconnue. Je ne sais pas pourquoi. Mais quand je lis ces horreurs, parfois tellement ridicules que j’en éclate de rire, avec des opinions qui ne me correspondent plus, des humeurs opposées à celles avec lesquelles je les lis, je retrouve une individualité que j’ai eue, et qui a changé, ou plutôt s’est subtilisée, s’est complétée. Une individualité qui m’est familière, qui n’est personne d’autre et que personne ne peut être exactement.
Si mon sujet est commun à tant de personnes, et même je pense à tous les êtres doués de conscience, c’est moi qui l’analyse ; et si je relisais tout ça dans l’avenir, je reconnaitrais la manifestation d’une conscience que j’ai été, que je suis encore un peu, au moins dans ma mémoire, qui a avancé mais qui n’a pas oublié.
Si un jour je suis joyeuse et un jour triste, si un jour je veux m’habiller de telle manière et un autre d’une autre façon, je sais que mon identité, même si la conception qu’en ont les autres change, et si moi même je la remets en question, est une connaissance qui est au fond d’une sureté complète. Et cette expérience est commune à tous. Je suis Clémence Breuil, et alors ce nom m’apparaît comme un résumé. Un nom qui a tout expérimenté avec moi, qui a influencé mon comportement, qui reflète mon éducation et qui inclut en lui un patrimoine génétique.
Et puis je me suis dit, lève-toi et fais quelque chose, puisqu’il n’y a que les souvenirs qui me rappellent cette identité de conscience, et que ces souvenirs viennent des actes impactants que je peux commettre, et des paroles que je transmets aux autres en voulant leur faire part de mes acquis. Là, maintenant, je ne suis que sensation, je suis un présent qui deviendra mon passé, et ce passé construira mon futur. Mais je me définis dans mes manifestations. Cette histoire singulière, c’est moi.
Qu’est-ce que je fais.
J’ai fait un mouvement contradictoire. 1. 2.
Tourne la tête, noir. Vide. Y a rien. C’est toujours comme ça, y a rien. À nouveau. 2. Y a rien.
Lumière carré. Rectangle. Mal aux yeux. C’est mon téléphone. J’écris. Regard discret. Un piano. Photo. Fenêtre.
Il fait froid. J’ai décidé qu’il n’y avait plus besoin de climatisation. C’est comme ça.
Il fait chaud.
C’est bientôt l’été. J’ai peur. La tête. La tête, qui fait mal.
Les phrases qui veulent rien dire. Répéter, répéter des phrases de philosophes, hors contexte, sans savoir ce que ça veut dire. Sans comprendre leur essence. Répéter, c’est tout. Répéter sans fin et on enchaine et on s’en fiche et ça fait bien et ça fait intello alors on écrit on envoie on rapporte on s’exclame, qu’on vit qu’une fois, qu’on croit rien, qu’on est aveugle, que les mains sur les yeux, il vaut mieux dire la vérité, même si elle blesse, plutôt que mentir pour mettre d’accord. C’est idiot et ça marche parfois. Tu t’en fiches. Je regarde dehors. C’est la même vue.
La même vue depuis 2 ans, rien qui change. Sauf les feuilles sur les arbres, elles, elles changent, elles changent. Elles changent pas, elles tombent. Une par une. Deux par deux. Trois par trois. Sur les graviers. Et les joueurs de pétanque qui regardent et qui disent : voilà l’automne ! Voilà l’hiver ! Voilà le printemps ! Comme l’arbre est nu ! Comme les feuilles sont vertes ! Comme les fruits sont mûrs ! Regardez !
Et toi tu regardes et tu te dis ils sont cons. Ils ont tout coupé mais ça repousse aussi vite.
Pour deux trois boules et voilà que ça redérange. T’es pas dérangée toi.
Après faut savoir.
Et la lumière qui fait peur et les bruits du réfrigérateur et le bruit du vent sur la vitre et les souvenirs et les angoisses et les cauchemars qui te réveillent parce que ta tête veut dire Attention ! Et prépare toi et n’oublie pas et n’attends plus et n’espère pas ! Je m’y attendais. Tu t’y attendais pas finalement. La vie en solo ça fait mal parfois, ça fait craindre des trucs invraisemblables, ça fait imaginer des trucs fous. Des choses que tu peux te représenter de plein de manières mais t’y arriveras jamais concrètement parce que ça n’arrivera pas de toute façon. Mais t’as rien à faire de mieux. Ni de pire d’ailleurs. T’as juste rien à foutre. C’est l’ennui on t’avait dit tu verras on t’avait dit tu seras contente et puis passés les mois merveilleux tu te feras chier tu voudras rentrer tu te sentiras comme si t’avais 85 ans dans deux jours et tu diras des trucs qui te surprendront et tu parleras sans savoir pourquoi.
Tu penses que ça va, t’as su t’adapter, mais tu fais des trucs bizarres, les pouces tout abimés tu passes tes heures sur ton téléphone à rien faire, juste à regarder à penser à regarder puis à plus rien penser parce qu’il y a rien à penser finalement. T’as fait ça pourquoi. Pour qui.
On fait tout pour soi, on fait tout pour s’en sortir d’une manière ou d’une autre. On veut la confiance on veut le partenaire on veut la famille la normalité la reconnaissance la fierté l’entraide. Manger aussi. T’as même pas mangé. T’as oublié ton repas. Comment tu fais. C’est ça qu’ils disent tous quand on atteint ce stade d’ennui de tristesse de doute de questionnements inutiles et infondés. T’as atteint des sommets toi, à rien faire. T’as peu d’amis pas de modèles. Tu te raccroches à des vieilles images et des principes moraux que tu respectes pas t’as jamais respectés. C’est ça ta vie. Bon tu fais deux trois choses tu les fais pas mal. Ça intrigue les gens deux secondes puis tu sors tes connaissances woah ça les amuse puis ils oublient un quart d’heure après. C’est quand ils t’ont écoutée. Quand t’as osé parler. Mais t’as jamais su nouer des choses. Tu sais pas nouer sauf tes lacets et deux trois rubans dans tes cheveux. Les relations ça te donne envie de dégueuler maintenant. Tu veux faire abstraction mais l’abstraction c’est pas rien c’est juste histoire de mettre en pause sa réflexion mais c’est toujours là ça te titille méchamment le crâne.
Y a aucune abstraction. C’est une façon de dire qu’on comprend pas, qu’on n'est pas rassuré devant ce qu’on voit.
Mais c’est forcément quelque chose. C’est pas une image de quelque chose. Elle est là l’image, elle se représente elle-même. Elle est pas un outil, elle est sujet. C’est pourtant plus simple même qu’une image de quelque chose. Mais on réfléchit trop. Les gens, ils ont besoin de réfléchir, de comprendre un soi-disant message caché, ils pensent que faire des études d’art c’est cacher des messages, des douleurs, des peurs, des désirs. Ils pensent qu’être spectateur c’est mener une enquête pour trouver ce détail qui explique tout, pour trouver un sens. Un sens universel et critique sur le monde. Mais tout est là. Un artiste c’est pas un philosophe, c’est quelqu’un qui montre. C’est des choix plastiques. Il suggère un ressenti. Il montre à sa manière ce qu’il retient de ce qu’il connaît. Des formes, des couleurs, il peut se moquer, il peut critiquer. Mais il ne sous-entend pas, il dit. L'œuvre ne doit pas être le support à une réflexion que l'on doit chercher, elle doit elle-même et elle seule montrer, communiquer sans justification ni explication. Après on me demande d’expliquer. J’ai jamais compris. J’ai pas compris l’intérêt d’examens oraux. On illustre le travail par des mots alors que le but est de montrer par le visuel, sonore éventuellement. Mais l’intérêt de l’art, justement, c’est de se libérer des mots du langage, pour trouver une forme qui choque, qui touche, qui intrigue, qui puise dans l’essence même des éléments qui structurent le monde contemporain. Bref. Voilà. Pourquoi je dois parler de ça. Pourquoi je dois dire, comment j’ai eu l’idée, comment j’ai fait mes choix, pourquoi ça m’intéresse. Je casse simplement l’impact. J’empêche de bien voir.
Mais bref. Il faisait moche.
Maintenant il fait beau. J’ai écrit comme ça, sans me prendre la tête parce que je m’ennuyais. Je peux pas m’empêcher de me poser des questions sur ces choses qui n’intéressent pas les gens. De toute manière les gens me font chier. C’est pas que je me veux rebelle, j’aime pas les gens. Soirée. Alcool. Shopping. Perversion. Hypocrisie. Revendications. Égocentrisme. Jalousie. Mode. Arrière-pensées. Lamentations. Vol. Égoïsme. Naïveté. C’est tout ce qu’ils m’inspirent maintenant. J’ai pas dit que je valais mieux. Je suis rentrée dans une forme de nihilisme, c’est pas pessimiste, c’est pas optimiste. Je laisse aller les choses, comme ça. Rien ne m’inspire rien quand je dialogue avec les gens. Peut-être que c’est ça qui me pousse à me demander ce qui me fait moi et pas un autre. En fait, je crois que j’ai juste pas de but. T’as pas de but.
C’est ce que j’ai pensé. Une pensée. T’étais dans une famille avec une éducation rationnelle. Et t’as fait une école d’art. Tu pouvais choisir la voie de la sécurité, t’étais bonne élève. Et t’as fait école d’art.
Une école d’art ?? Pourquoi une école d’art ?, mon père dit. Tu es sûre de toi? Si tu es sûre.
Elle abandonne ses études, quoi.
Mais en tant qu’étudiant en art on est sûr de rien évidemment. Moi j’étais sûre que je voulais faire ça, pourquoi je sais pas, comment j’allais m’y prendre, je savais pas. Ou peut-être j’étais sûre de ne pas vouloir faire autre chose. Mais ça, seuls les étudiants en art en comprennent l'impulsivité. C’est comme si on avait un truc en moins dans le crâne. Ce truc qui dit, arrête de rêver, allez, pense à ton futur. Joue pas avec le feu. Sois raisonnable, va faire un école utile, va faire un travail utile, va aider les gens, arrête tes caprices. Tu vas faire quoi ? Des dessins ? Comme quand tu étais en maternelle ?
Enfin, j’ai plus de temps à perdre avec ce genre de réflexions. C’est le chauffeur de taxi l’autre jour qui me dit ça. Ah t’es une rêveuse, toi. Une rêveuse de quoi ? Analyser son monde pour en retenir quelque chose et en témoigner. C’est rêver ça, ou c’est justement être bien réel.
Donc j’ai vu des formes carrées. Aujourd’hui c’est ça. On a eu les machines et leurs formes, les formes qu’elles créent pour la commercialisation. On a maintenant le numérique, l’hypocrisie des réseaux, le faux, le sans défaut, l’immédiat, l’absence d’esthétisme par contrainte ou par synthèse, le trop lisse. C’est l’ère d’internet, c’est quelque chose de grandiose. Grande époque. On peut trouver le vrai sur internet. On penserait que tout est faux. On se camoufle sous des avatars, on cache nos défauts. Ah, mais si justement on se fait pas un portrait plus juste. On fait des choix. Ma tête je l’ai pas choisie. Ce que j’en retiens, si. Moi j’ai toujours vu ces choix comme des choix artistiques. On se fait sa vitrine, son catalogue. Finalement ce qu’on va montrer nous ressemble davantage, car il nous ressemble de l’intérieur. Nos désirs, nos complexes finalement, on les assume par des choix. On dit des choses, on est soi-même, c’est sûr, on est devant son écran, on ne craint rien, bien assis chez soi et personne qui nous voit. On ose parler des tabous, on assume nos opinions, on dévoile nos secrets, nos peurs, par des recherches, des posts, des commentaires. On discute avec la planète.
Va te pendre. Nique ta race. Bande de fils de putes. Puceau. Salope. Une ère incroyable.
Alors si finalement on pouvait se trouver soi sur internet. On en sait davantage sur quelqu’un en fouinant dans son téléphone qu’en parlant avec lui. Ce sont toutes ces images, ces actions, ces choix qui sont inscrits dans ce petit outil. C’est un outil d’art contemporain. On dévoile tout en tendant un téléphone. Nos craintes, nos doutes, nos désirs, nos aspirations, nos besoins profonds. Je suis prête à jurer que la majorité des jeunes préféreraient se mettre nus devant leur entourage plutôt que de leur abandonner le contenu de leur téléphone portable.
C’est l’apparence qui prend le dessus sur la réalité. Et une apparence, c’est un choix. La réalité, pour moi, c’est tout cet ensemble de choix que fait une personne. Sinon, qui est-elle ? Un corps qu’elle n’a pas choisi ? Une sorte de destin qu’elle tente de contourner ?
Tout ce qu’on y voit reflète ce qu’on veut y voir. Les publicités, les vidéos, les images, les sons. Voilà, c’est ici que tout se passe, c’est ici que tout est assumé. Qu’on trouve ce qu’on veut, qu’on montre tout ce qu’on se plaît à faire.
Alors j’ai voulu chercher. Comment grossir. Comment faire pousser un avocat. Et puis j’ai trouvé ces codes. Un nouveau langage. Dénué d’esthétisme, il n’a pas pour objectif de communiquer par les mots. Comme l’art a perdu sa valeur confortable qui est celle de vouloir plaire et flatter, voir fasciner par des images vraies et exagérées, le langage avec l’informatique s’est trouvé une nouvelle forme, usant d’imagination, s’appropriant tous les signes qu’il lui plaira. Pourtant il ne s’agit que d’un usage pratique, avec un but autre que celui de dire. Et je le trouve beau, ce language. Le premier language ni humain, ni animal.
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C’est un texte dont la ponctuation ne sert qu’à ordonner, pas à faire des pauses, pas à rendre le discours plus agréable. Lisible par le système, incompréhensible à l’oreille et au regard. Une partition pour ordinateur. Un code secret.
Alors si finalement tous ces codes me définissaient en quelque sorte. S’ils montraient tous mes choix, ceux que j’ai faits à l’abri des regards, pour moi. Des enregistrements, des téléchargements, recherches, données d’images, vidéos effacées. C’est peut-être une identité plus réelle, plus complète que tout ce qu’on pourrait aller chercher, par la génétique, par les souvenirs du passé, par les paroles de son entourage, par notre ressenti, par nos cartes officielles. C’est ce qui me semblait le plus faux. Pourtant c’est une source de données inimaginable, croissante, détaillée, sans possibilité de tricher, sans apparat, sans ornementation. Elle puise dans l’essence des choix que l’on fait, et dans nos instincts mêmes. C’est comme un squelette de notre personne qui se compose, qui se complète, toujours plus juste, sans rature, sans objectif, sans falsification morale, utile.
L’identité est bien antérieure à nous-même, elle est amas de constituants du passé, de nos ancêtres, et cela nous influence énormément, j’en suis maintenant convaincue. Pendant 50 ans ma mère a été élevée dans une famille originaire de France, de Russie et d’Estonie. Son père, d’origines russe et estonienne, est mort quand elle était très jeune, et sa mère encore aujourd’hui lui cache un secret que, pourtant, elle a toujours su. C’est ce qui l’a poussée à faire un test génétique. Rien ne la liait à cet homme, et alors tout s’est expliqué. Un parent français et l’autre on ne sait, céramiste et sculpteur, dont les parents étaient peintres ou poètes. Voilà la vérité. C’est apparu comme une évidence, c’était cet homme là, son père, amant de sa mère, et non pas celui qui l’avait élevée. Elle est devenue professeur d’anglais, écoutait de la musique celtique jusqu’aux frissons, et voilà que je fais une école d’art à mon tour. Ma grand-mère a dû bien être amusée, ou plutôt extrêmement gênée quand dans mon enfance je lui ai fièrement rapporté une céramique peinte dans un atelier de ma ville alors que mes cousins se désintéressaient complètement de toute activité artistique. Il faut croire que certains traits, prédispositions, ont pour but d’être transmis de génération en génération.
Il a suffit d’un départ, qui entraîne des influences, des causes qui amènent des conséquences et me voilà moi Clémence, voilà que j’aime certains chants et certains aliments, que je tends vers certains idéaux et certaines tendances. Et alors tout s’écrit, tout s’enchaîne, on ne sait plus où ça finit, où ça commence, on est perdu. Un jour tu regardes ton téléphone et tu te dis que ça ne va pas, tu dors toute la journée en te disant que de toute manière, même si tu essayais, même si tu arrivais à produire quelque chose, peu importe quoi, peu importe la nature de cette chose, elle ne serait que mauvaise, parce que tu le sais, tu n’as pas cette énergie, propre aux créateurs en état de création, aujourd’hui tu ne l’as pas, elle est absente, elle reviendra, peut-être, sûrement, c’est sûr elle reviendra, peut-être demain, peut-être un autre jour, peut-être finalement que tu l’obtiendras dans deux heures qui sait, personne ne sait, tu le vois, tu le sens, ces choses qui s’écrivent, ces données, les choses déjà faites et qui seront, peu importe ce que tu fais, combien tu changes, si tu regrettes, si tu modifies tes pensées, toujours vraies, toujours véritables et existantes, car elles ont été réalisées, c’est trop tard, c’est la fin, c’est du passé, et le passé ne peut pas être faux, car en lui seul, il est une vérité, il est ce qui a été, et si tu savais, si tu connaissais tout ce qui a été, tu saurais, tu saurais ce qu’il y aura pour toi après, tu saurais ce que tout cet amas entraînera dans le futur, ton futur, mais pas seulement, c’est toutes ces conséquences, les conséquences que tu calques sur les autres, ces autres que tu méprises, que tu adores, mais surtout que tu méprises, parce que tu te méprises déjà toi-même, et ils te rappellent tous, toi, ton identité, ou du moins une part de cette identité que tu détestes, que tu veux cacher, oublier, tu ne t’aimes pas, et tu vois les autres confiants, qui parlent sans gène, qui conseillent, qui rient, et comme tu hais ces rires, tu vois les autres qui rient tout le temps alors que tu attends, tu attends, tu attends quoi, tu ne sais même pas, tu te demandes juste ce que tu fais là, à attendre, à n'attendre rien, c’est sûrement rien, parce que ça, c’est toi, tu n’auras pas ce détachement face à toutes ces choses, dans tes actions, sur tes paroles, tu t’attaches à la vérité, aux mensonges, aux faux plans, aux mots blessants, aux éventualités, ça te bloque, ça t’empêche, c’est gênant, c’est emmerdant, c’est à plaindre, et tu hais ça, tu hais ces choses, et ces rires encore, tu les entendais presque plus, et ils reviennent plus nombreux encore, tu sais que ces gens-là sont joyeux, mais toi tu te l’interdis au fond, tu cherches, tu cherches, et tu continues sans raison, alors que cette énergie tu ne l’as pas, pas aujourd’hui, sûrement pas demain, parce qu’elle vient sans prévenir, quand on ne la cherche plus, quand on oublie ce qu’on cherchait, qu’on ne veut même plus, qu’on rit sans savoir pourquoi, et là, d’un coup, la voilà, l’idée magique, formidable, au-dessus de tout mot, la voilà celle que tu attendais, celle qui change tout, celle qui te fait briller le regard, celle qui dit à tous, qui explique tout, qui laisse penser que tu l’as tant cherchée, que tu l’as modelée dans tous les sens, cette idée qui parait si profonde, et qui l’est, alors qu’elle est venue sans raison, soudain, en vrac, comme ça, tu l’as seulement aperçue, et t’as su, ça y est, c’est ça, c’est cette direction qu’il faut prendre, et commence alors un nouveau boulot, tu la regardes de tous les côtés, tu veux connaître tous ces secrets, tu veux observer tout ce qu’elle a à offrir, les idées qu’elle entraîne avec elle, les savoirs, les expériences qu’elle te procure, tu les veux, tu veux t’enrichir comme une assoiffée de pouvoir ou d’argent, mais toi tu as soif d’idées nouvelles, de nouvelles manières, de nouvelles formes, de nouveaux regards, de nouvelles compréhensions, détails, examens de ces choses, ces environnements, ces objets, ces comportements, ces trucs qui t’intrigueront toujours, et qui les intrigueront aussi, si tu arrives à leur faire part, non pas de leur nature, mais du fait même que toi, ces choses, tu les as trouvées intéressantes, et que tu les as retranscrites comme ça, de cette façon que tu as travaillée pour qu’elle soit la plus proche de ton image, de ce qui te fait toi, de tes idées, tes valeurs, tes principes, tes goûts, ton regard sur les autres, tu l’as remplie de ce qui te constitue, qui te constituait déjà, mais qui a grandi, qui te constituera toujours, mais de manière toujours plus approfondie, plus vraie, plus corrigée, plus identitaire, cette identité, identité, un mot qui effraie, qui crée combien de conflits, qui veut se rapporter, s’identifier à, se connaître mieux pour finalement s’ignorer, qui nous rend naïfs, qui nous rend mauvais, qui nous fait douter pour finalement nous faire haïr, nous donner confiance pour nous blesser par la suite, mais finalement c’est ça que tu cherchais déjà, que tu cherches et cherches toujours, pour combien de temps encore, mais c’est inné, c’est humain, c’est normal, c’est essentiel de vouloir se trouver, se connaître, s’appréhender, comprendre ce qui fait notre différence, comprendre, que c’est peu de choses à l’origine, mais qu’on y ajoute, un peu à chaque fois, toujours un peu davantage, et c’est chaque détail qui ajoute à l’individualité, à l’unicité, à ton effroi, mais un effroi qui après tout te rassure, t’aide à te reconnaître, à t’encourager, dans tes projets, dans tes batailles, un effroi qui t’offre un confort, qui t’offre une protection, un lieu propre auquel tu as accès toi seule, en toute occasion, peu importe si tu veux en partager un bout, ce ne sera que mots, dessins, tu chercheras à la retranscrire, cette singularité, toujours plus proche de la vérité, toujours plus vraie, mais jamais atteinte, parce que sans tout ça tu n’aurais pas d’intérêt, tu ne serais rien, avec rien à voir, rien à chercher, rien à donner, rien à faire, comme si dans ce monde on savait tout, tout nous était donné, fatalement, la vérité serait déjà là, mais ça ne fait pas sens, on ne serait pas là, si ce n’était pas pour chercher, chercher sans relâche, mais pour ne rien trouver, parce que si on trouvait tout, chose impossible, on mourrait, et aucun être aucune chose ne peut exister sans ce besoin de s’améliorer, de se reproduire, aucun être humain ne peut être là avec la vérité, car les choses qui existent n’existent que dans un mouvement, une avancée, un parcours de survie, qui améliore, qui profite, mais qui ne se finit pas, qui ne se finira pas tant qu’il y aura encore de nouveaux moyens de chercher, chercher, chercher.
J’ai pensé que plus une phrase dite était longue, plus elle en était personnelle. Plus elle était longue, plus il y avait de chances que l’on soit le seul ou la seule à l’avoir écrite, à l’avoir prononcée, à l’avoir pensée. J’étais heureuse simplement d’imaginer être la première, et sans doute la dernière, à seulement penser cette phrase qui perdait l’éventuel lecteur, qui me perdait moi-même.
Rentrée, chez moi, c’est ce chez moi que j’appelle comme ça, comme ça parce que simplement le chez moi qui m’est le plus personnel, c’est chez d’autres, c’est chez eux, une famille qui m’a été imposée, mais c’est comme ça, chez moi c’est une attente, c’est en attendant, un jour qui arrivera ou qui n’arrivera pas peut-être, c’est malheureux, je ne veux pas réfléchir, peut-être qu’en écrivant comme ça, ça rendrait les choses plus attachées à ce que je pense, je sais pas, pas de manière, c’est juste sans réfléchir, mais à la fois en réfléchissant, puisqu’on ne peut pas, c’est impossible, écrire sans réfléchir, puisqu’on réfléchit, on pense à des mots, à les assembler, à composer, à confectionner des petites phrases qui nous font plaisir, pour réfléchir à nouveau, encore, c’est bien, voilà, c’est comme ça, je voulais et puis ça a fini comme ça, c’est tout, simplement, peut-être ça aurait pu, être autrement, non, c’était ça, rien d’autre, et quoi d’autre, après tout, puisque tout ce qu’on écrit, ça se ressemble, c’était pareil, d’écrire, ça, ou d’écrire ça, c’était la même pensée, ou peut-être, autre chose, une idée avec des variantes, variations, dégradations, similitudes, la même chose, à peu près, à ça, ça, c’est rien, c’est presque, rien, un morceau, de langage, de parole, d’affirmation béate, de confirmation, ignorante, c’est juste dire, ou plutôt, écrire, inscrire, taper, j’ai tapé, sur un clavier, ce qui venait, sans trop y penser, j’y ai pensé, clairement, décidément, j’y ai pensé, mais sans plus, pas davantage, je n’ai rien ajouté, à ma réflexion, j’ai donné l’information, j’ai agi, et puis j’ai regardé, et j’ai dit, j’ai pensé, encore, mais d’une autre manière, pour autre chose, autrement, j’ai dit que c’était bon, que c’était acquis, d’une certaine façon, j’avais dit, et là, ce n’était pas tout, j’avais transmis, d’une manière permanente, j’en avais du moins, la pensée, troisième pensée, sans lien, avec ses précédentes, une parole, une parole peu précise, inaudible, invisible, je l’avais rendue perceptible, par une action, une preuve de conscience, une décision, un choix, imprimé par une initiative personnelle, un impact, individuel, important ses conséquences, mais pas de remise en question, non, j’ai juste laissé là, la trace, sans en modifier, quoi que ce soit, rien de ce que j’aurais pu, par une éventuelle incertitude, un doute, une crainte ou un rappel quelconque, car les rappels, je les écris à la suite, sans quoi, le texte serait court, sans quoi il serait commun, il serait simple, il serait impersonnel, ou peut-être le serait-il, mais simplement, ça aurait été le fruit d’un hasard, un hasard chanceux, un hasard au résultat des plus rares, et ce n’est pas la chance, ce n’est pas le hasard, ce n’est pas une cause aléatoire qui fait la valeur d’une création, qu’elle soit littéraire ou plastique, en tout cas artistique, mais c’est la prise de position, pas une position politique, non, pas une démonstration de ses revendications, non, pas nécessairement, mais une sélection, c’est sûrement ça, une sélection, une démonstration de celle-ci, simplement, pensée, donnée, pour qu’elle soit lue évidemment, pour qu’elle soit vue, entendue, sentie, détectée, analysée, comprise dans un idéal conçu par son auteur, ou peut-être uniquement questionnée, qu’elle entraîne avec elle, une réflexion, une autre pensée, qu’elle sème son lot, qu’elle entraîne, qu’elle crée encore, qu’elle approfondisse, qu’elle rende le résultat infini, et toujours plus précis, toujours plus défini, toujours plus unique, avec lui, et elle questionne de nouveau, et ainsi de suite, enrichie, alimentée par celui-ci, ce gars, ce trainard, ou par celle-là, qui répète sans savoir, peu importe, dans le fond, mais ça avance, ça se faufile, ça se disperse, de plus en plus, par toutes ces manifestations, ces preuves, ces sons, ces signes, et ça s’arrêtera peut-être, sans doute, mais peut-être aussi, ça ne s’arrêtera pas, jamais, ou plus tard, bien plus tard, dans un an qui sait, ou deux, ou trois, ou quatre, et toujours plus, toujours plus de temps, puisque ça n’existe, ça n’a de valeur, de signification, d’amélioration, que dans, et par, le temps, la longueur, le déplacement, agrémentés par l’échange, la transmission, sans quoi le message, et encore peut-on seulement le qualifier de message, puisqu’il n’a sans doute, aucun but, aucun objectif, autre que d’exister en lui-même, ou de déclencher, ce qui se déclenchera, rien de défini, rien d’imposé, rien de voulu par l’émetteur, n’aurait d’existence réelle, sans quoi il serait futile, sans quoi il serait insensé, zéro, inutile, et personne ne s’en soucierait, personne ne serait touché, intrigué, personne ne pourrait être touché par sa subtilité, ou bien par son originalité, ou encore par sa composition, ou par sa beauté, ou par son immoralité, ou par sa franchise, ou par son mystère, ou par sa grandeur, ou par son sens, ou par son insinuation, ou par sa pertinence, ou par ses échos, ou par sa musicalité, ou par son instruction, ou par sa justesse, ou par sa complexité, mais pas par sa simplicité, simplicité sans cause ni sans raison, ni sans loi ni sans finalité, le message serait mou, serait pauvre, ne serait plus même message, puisqu’il serait bribe, ou terme, ou groupe, il serait vocabulaire, il serait en lui-même, une enveloppe sans contenu, un apparat qui ne dévoile rien, qui ne cache rien mais ne montre rien de nouveau, non plus, une chose banale, en somme, un truc, un élément de rien, pour rien, sans rien, avec rien, un mot, ou plusieurs, pour du vide, pour du vent, de la poussière, des mots répétés sans en comprendre l’intérêt, sans assemblage intéressant, pas un chaos, pas un bazar maîtrisé, plus ou moins, mais juste ça, et alors comment le qualifier autrement, plus raisonnablement qu’avec ce ça, ça, et rien d’autre que ça ?
Car sans doute l’intérêt du langage est-il la composition, sans doute cette même composition se veut-elle alors personnelle, nouvelle, riche et intéressante, parce qu’elle est composée justement, parce qu’elle manifeste en elle-même tous ces choix, elle manifeste cette vie, mais pas n’importe laquelle, une vie précisément consciente, avec un passé, des connaissances elles-mêmes tirées d’un ensemble d’expériences vécues, une preuve de souvenirs, et d’une position par rapport à ces souvenirs mêmes, des mémorisations choisies de manière individuelle, propre, dans un but défini, ou non défini, un but parfois inconscient, inconnu de lui-même, parfois créé par-là même, mais c’est un tout qui n’est pas innocent, pas complètement naïf ni complètement certain, pas totalement ignoré si l’on y réfléchit vraiment, pas encore assuré ni même sécuritaire.
Alors voilà que j’ai pensé que le retour dans cet appart’ me changerait, ou me ramènerait en tous cas, vers ce qui m’était le plus simplement moi, puisqu’une définition est toujours la plus courte, la plus pure, la plus directe et la plus compréhensible, et cet appartement-là m’avait vue enfant, il m’avait vue grandir, il m’avait influencée s’il ne m’avait pas façonnée, il était témoin et acteur d’un nombre incalculable de choses qui me sont désormais fidèles, qui m’appartiennent, qui me font moi.
J’ai pensé que ces autres qui cohabitaient avec moi me rappelleraient au moins partiellement ce que j’étais certainement, sans doute aucun, ce qui me composait en partie, les choses qui n’avaient pas changé, qui ne changeaient pas, qui ne peuvent pas changer. Quelque chose de stable, de sûr, de fier, de donné, de véritable, d’indissoluble.
Mais ce sont de nouveaux questionnements qui sont apparus, des nouveaux doutes, une impossibilité de savoir qui m’a rendue craintive, j’ai compris que je savais tellement peu, tellement rien, et que je voulais quelque chose de tellement juste, d’un chemin tellement complexe pour y parvenir, que la recherche était par là impossible, que je pouvais bien y faire tout ce à quoi je pensais, et en dire tout ce que je voulais, les détails m’aideraient à comprendre, à illustrer, à expliciter des faits sans valeur, des faits qui s’évaporeront ensuite, j’ai vu, j’ai compris en comprenant que je n’en comprenais que moins, que mes efforts seront vains, que sans chercher à me prouver moi-même je ne pouvais pas même expliciter le monde, que je n’étais rien qu’une chose, une chose indéfinissable puisque j’étais moi-même cette chose, perçue d’une perception innée, donnée, que je n’avais pas choisie et qui variait selon les individus et le temps, et qui par là n’en était alors que faussée, non prouvée, indémontrable. Mais la vérité où est-elle, où faut-il chercher, que faut-il faire pour oser s’en approcher, et surtout qu’est-elle ?
C’est peut-être cette recherche, cette façon de faire, peut-être que dans chaque questionnement, chaque manifestation dégagée de moi se dévoile ce que je suis, ce qui me compose, d’une façon synthétique ou détachée, ou peut-être plus vraisemblablement que ces mots sont changeants parce que je suis, moi, changeante, de la même manière, ce que je suis, est une assimilation, parfois sensée et parfois indescriptible, parfois assurée et parfois douteuse, honteuse, cachée, elle n’est pas une, elle se modifie, s’ajoute, mais très certainement alors, ce que j’ai fait, ce que j’ai dit, écrit, créé, affirmé, sera existant pour toujours car la continuité du temps le veut, qu’il ne peut en être autrement, car c’est comme cela et simplement comme cela que fonctionnent toutes les choses qui ne sont pas rêvées, mais perçues directement car véritables, en tout cas dans l’esprit humain et pour lui-même.
Alors en écrivant j’y participe, en écrivant ou non, mais en écrivant je rends plus riche, plus propre, ce qui compose ce devenir, qui ne cessera pas puisqu’il en influencera d’autres, qu’éventuellement il créera de moi des enfants, et qu’eux-même influeront sur le devenir d’autres qui feront partie du mien, et qu’eux-même auront des enfants, et tout ça sera grandissant, c’était l’origine et c’est infini, une vérité qui peut se résumer en disant clairement que ce qui me fait est ce tout, puisque je suis son élément, et que tout participe à moi et que je participe à tout.
25/05/2020
La beauté c’est de voir toutes les méthodes d’adaptation qu’a développé une espèce pour survivre, ou ce qui lui a permis de survivre : tout ce qu’elle ressent, toute la variété de ce qu’elle voit, de ce qu’elle fait, sans en connaître la raison.
La beauté conventionnelle, c’est la fertilité. L’anomalie, la vieillesse, la mort, c’est la laideur conventionnelle.

Le problème aujourd’hui c’est d’encourager la médiocrité, au lieu de récompenser l’excellence.
On tire vers le bas ce qui est en haut, plutôt que de tirer vers le haut ce qui monterait sans atteindre le sommet pour autant. Des influents-influençables-influencés en haut de l'échelle de la déchéance.
05/04/2024
Je ne sais pas qui je suis. Ou peut-être que je ne sais plus. Sans doute l’objectif de ma vie était-il de développer un caractère singulier, sans doute aujourd’hui n’est-il plus que de me fondre dans une masse elle-même abstraite. La différence ne fait pas la sérénité de l’esprit. Je déteste les autres, et je me déteste moi-même, mais sans les autres je ne suis rien, et déjà je me sens vide. J’écrivais parce que j’avais des rêves, et aujourd’hui me voilà à me forcer, une nouvelle fois, de tenter de retrouver ce que le temps m’a volé. J’avais des désirs variés et des objectifs précis, j’avais confiance en l’avenir, et je maniais mes mots comme mes pensées, et mes pensées comme mes actes. Mais les années ne se sont pas écoulées, elles se sont effacées, les unes après les autres, pour ne laisser qu’un futur encore plus incertain, des rêves auxquels je n’aspire plus, des faiblesses qui ne partiront pas. Je ne suis pas si triste, je ne pleure presque plus, je me sens vide, vide de sens, vide de sentiments réels, vide de rêves. Et pourtant moins je vis et plus j’angoisse, moins je fais et plus je pense. L’homme ne va mal que dans son temps libre. Il ne faut pas, je le sais, penser dans le flou, dans l’incertitude. Il faut faire bêtement, il faut suivre ses désirs comme un animal, se forcer, surtout, à ne pas se poser de questions. Seul est heureux celui qui n’a rien vécu à travers ses idées, celui qui n’a agi que dans l’impulsivité et dans les conventions, qui n’a pas fait de choix de l’esprit, mais des choix du corps, et de l’attendu. Trouve le bonheur celui qui s’adapte et ne vit que de simplicité, celui qui n’attend rien et se satisfait des hasards, celui qui joue sans n’envisager rien, celui qui ne fonctionne que par évidence, celui qui se regarde et ne constate que ce qui le satisfait. Les rêves font les plus belles œuvres d’art, mais les plus grands déçus. Si l’on me dit que je suis jeune, si l’on me dit que j’ai beaucoup fait, et certes, j’ai beaucoup fait et appris, cela ne me guérit pas, je suis déçue, et encore je n’attendais rien de tellement précis, et pourtant j’en attendais tellement à la fois.
Il semble que tout m’atteint, et qu’à la fois rien ne me touche. La neutralité est un enfer, je n’aspire que le néant, je reste immobile. J’ai besoin d’un but, mais je n’en manque pas, et pourtant je ne les suis pas. Je perds l’intérêt de jouer un jeu dont les règles me semblent injustes.
J’ai vu des paysages qui auraient changé la vie des plus casaniers, entendu des paroles qui feraient pleurer le plus dur des hommes, goûté à toutes les expériences les plus belles que je n’aurais pu affronter dans mon imaginaire. Et pourtant je ne suis pas à ma place. C’est comme si, plus que tout, je devais me poser la question d’un but ultime, que personne ne trouve, et que personne ne peut atteindre. Je cherche dans l’incompréhensible et je questionne sans demander. J’ai tout, dans ma vie, et à la fois, il me semble que je n’ai rien. Ce que j’ai obtenu, il me semble que je l’ai volé. Ce que j’ai perdu, il me semble que je l’ai laissé me quitter. Je veux être drôlement bête, je veux être vraiment stupide. Mais je le suis pourtant. Je veux plutôt, perdre conscience. Je veux n’être qu’instinct premier, je veux être ces monstres que je méprise, je veux être ces gens qui me font du mal par leur simple existence. Je veux peindre des oiseaux et parler de bonheur, manquer de chaleur et manquer de profondeur. Je veux un monde plat, je veux faire les choix que les autres attendent de moi, je veux satisfaire même le plus bas des personnages, je veux surprendre par mon impulsivité, je veux jouer à tout, perdre de temps en temps mais gagner parfois par chance, en pensant que je l’ai mérité. Que mes échecs deviennent attendus. Je ne veux plus réfléchir. Je ne veux plus de cette liberté qui m'oppresse. Je me sens incomplète et pourtant j’ai trop de choses. Je me sens vieille et pourtant j’ai tout à faire. Je t’aime, mais je n’ai rien à t’offrir d’autre que mon regard sur les choses, qui te descendrait plus bas que terre.
14/09/2024
L’humanité se meurt. L’humanité se meurt sans que personne ne souhaite l’admettre ni se battre pour elle. Il me semble que plus aucun homme n’apprécie vraiment le genre humain ni n’a d’espoir pour lui-même. Ce qui fait vivre l’homme, au stade le plus bas, c’est la sensation. Mais ce qui fait vivre l’humanité, c’est l’espoir d’avenir. L’espoir d’avenir est nourri par la reproduction, avant tout, et par l’environnement qui permet son développement et son confort. L’espoir d’avenir, c’est la relation à l’autre. Mais ici les relations sont vouées à l’échec, lorsqu’elles ont seulement lieu. L’homme moderne perd sa culture et sa religion, suite à cela il en perd les valeurs associées, qui lui inculquaient le respect et la loyauté, puis il perd ses modèles, qui lui inculquaient le rêve et les idéaux à suivre. On ne lui dit pas qu'il doit aspirer à être un héros, mais qu'il l'est déjà. L’homme se contente aujourd’hui d’expériences qui lui apportent des satisfactions éphémères. Il peine à s’investir dans ses projets personnels comme dans son rapport à l’autre. Les femmes qui cherchent l’amour, déçues par tant d’échecs d’hommes profitant des plaisirs charnels, se retrouvent à vendre leur corps, et ce dans toute situation. Il ne s’agit pas seulement de prostituées, ni seulement de célébrités basant leur réussite sur l’intimité de leur corps dévoilé, ou de ces femmes qui vendent leurs images dénudées sur les réseaux, mais aussi des femmes les plus respectables d’elles-mêmes, les plus vouées à former un couple propice à l’accueil d’une progéniture. En effet pour ces femmes-là, les hommes paient également, tantôt un restaurant, tantôt une visite au musée pour les plus intellectuelles. Et l’objectif est souvent vague. Il sera toujours me semble-t-il pour un homme, d’atteindre son corps. Il sera parfois de poursuivre, si la connaissance de l’intellect de cette femme lui plait vraiment, et enfin se poser la question d’un avenir à construire avec elle. D’un côté, trop d'hommes préfèrent multiplier les conquêtes sexuelles plutôt que de s’investir. Émotionnellement immatures, désintéressés de la nature féminine, ils préfèrent se satisfaire des simples plaisirs du corps, voir leur égo boosté par l’idée de conquête, qui a davantage de valeur pour eux dans la quantité que dans la qualité. Ils peuvent conquérir des femmes plus attirantes qu’il ne l’est, celles-ci se laissant approcher par manque d’affection ou de sentiment de désidérabilité, mais émotionnellement désintéressées elles aussi de ces hommes. Ainsi, les complications d’une relation stable pour laquelle ils ne se sentent pas prêts avant leurs trente ans, voir quarante, voir jamais, ne leur sont d’aucun intérêt. Avant, l’homme cherchait une femme pour la vie. Les relations d’aujourd’hui ne promettent plus rien, et les idéaux sont ceux du divorce, voir de la polygamie, ou du célibataire libre et heureux de n’avoir pas d’enfants. Avant l’homme se mariait pour accéder à l'intimité, au corps de la femme. Aujourd’hui, il y a accès dès la première semaine voir le premier jour, à celui-ci comme à tant d’autres, du moment qu’il ne soit pas trop laid, bonus s'il a un peu d'argent à partager. Et cela n’est pas mal vu, c’est même plutôt le contraire. Car dans l’imaginaire la conquête est difficile, dans les faits elle n’a jamais été aussi facile. Dans l’imaginaire elle signifie la reproduction, dans les faits elles ne signifie rien de plus qu’un contact de quelques minutes entre corps étrangers. Par les relations sans lendemain, l’homme est satisfait sexuellement, n’a pas de contraintes, ni de déception. Il peut prendre le temps d’utiliser les autres comme de simples objets à collectionner, en attendant de se construire. Les études étant plus longues et le travail juste plus complexe à trouver, le sentiment de réalisation personnelle plus difficile à atteindre car placé plus haut, il décide alors, après la trentaine, de se poser enfin, car étant un homme plus viable, s’il peut se permettre à cet âge-là, la meilleure compagne pour élever ses enfants. Mais la meilleure compagne pour un homme, c’est souvent une femme plus jeune, sans précédent compagnon, ignorante des hommes, et naïve en amour. Hors les femmes portent en elles la recherche de la sécurité, et de l’amour. Une femme veut un homme qui fournit ce dont le foyer a besoin pour l’avenir, mais aussi un homme qui l’attire mentalement et physiquement. Une femme en bonne santé mentale établit des relations sérieuses, dans l’objectif, toujours le même, d’avoir un partenaire pour la vie. Il existe certes des exceptions, mais je reste persuadée que la femme est programmée pour cela. Le problème, c’est qu’à 20 ans, tournée vers les études et aux abords d’hommes dans la même situation, elle privilégiera l’attirance, quand les hommes ne donneront pas la même importance à la relation. La solution serait alors de viser les hommes plus âgés. Toutefois, vu son immaturité et la différence d’âge, dans un monde qui évolue si vite entre générations, le couple peut peiner à perdurer. à 30 ans passés, la recherche du couple lui devient extrêmement difficile, car elle perd en désidérabilité, alors que ses critères sont paradoxalement plus poussés qu’avant. Ils deviennent même parfois irréalistes, motivés même par ces conquêtes d’hommes de son passé souvent plus attirants qu’elles, qui, profitant seulement de son corps ou de son affection sans lui avouer, lui ont fait pousser des ailes en ventant des qualités qu’elle n’a pas. Nous avons alors une inversion qui se produit. Les femmes qui dominaient le monde de la séduction dans leur vingtaine quand les hommes étaient souvent en misère sexuelle, se retrouvent à ne pas trouver l’âme soeur à laquelle elles ont rêvé, quand les hommes qui se sont améliorés visent les générations plus jeunes et n'ont en tête que de profiter de ce soudain intérêt porté pour eux. Les applications de rencontre ont encouragé cette culture du coup d’un soir chez les hommes comme chez les femmes. Car cela semble profitable à tout le monde. à ces sociétés qui amassent une somme d’argent incomparable, aux gérants des pays à la démographie trop élevée, aux immigrés issus de cultures du couple plus strictes, aux jeunes qui sans vision d’avenir imaginent que cela est profitable et qui s’investissent davantage dans leurs études. Il n’en est rien. Cette culture tue l’humanité, sa prospérité, le lien entre les genres, le bien-être personnel. Multiplier les partenaires tue l’amour et la capacité à s’investir, à rêver, à être satisfait de peu. Cela n’apporte pas de fierté réelle, puisqu’un partenaire sexuel éphémère ne nous connaît pas réellement et ne nous supporte pas émotionnellement. Tout est superficiel, touche les sensations et non pas les sentiments. Il semble que l’on se réalise par le travail, puis qu’on se pose ensuite, par pure convention, avec la personne qui se trouve simplement être là et nous rend la tâche facile puisqu’elle est déjà adaptée à nos contraintes. Pour cette réflexion, je me base sur un humain moyen. Il est clair qu’un homme peu désirable sera plus apte à se poser, sans que cela ne soit en lien avec ses valeurs. Il est clair qu’une femme déçue par l’amour aura tendance à ne plus y croire et trouvera refuge dans les objectifs personnels. Il est clair que la morale dépend de l’éducation et de l’expérience de chacun. Il s’agit d’une généralité qu’il me semble avoir observé autour de moi, et une logique établie par réflexion personnelle sur les causes et conséquences des actes. L’humanité me fait peur. Cette humanité qui objectifie tout, sexualise tout, rend l’homme incapable de se contrôler et lui fait perdre la valeur qu’il donne à la limitation. Il multiplie les sollicitations mentales, les jeux, les loisirs, les informations virtuelles, les personnes avec qui il échange, souvent virtuellement, les satisfactions sexuelles individuelles, les partenaires sexuels et sentimentaux, les travaux, … Mais cela dessert. Cela pousse toujours plus loin la déshumanisation d'autrui, les critères tirés de besoins toujours plus difficiles à satisfaire. Plus rien n’est fait avec l’envie de faire bien, en prenant conscience de la valeur d'un lien profond et intime, en étant fier de trouver la personne qui nous correspond, et pas de conquérir les autres dans leur globalité, comme s'is étaient tous identiques et compatibles avec nous. L’homme ne sait plus empiéter sur son confort pour suivre une morale, il veut tout, tout de suite. Comme il en tire moins de satisfaction au vu de la simplicité d’acquisition, il multiplie toujours plus et se trouve de moins en moins satisfait et de plus en plus difficile. Il ne sait plus aimer ni être aimé. Il fait des enfants sans savoir pourquoi ni savoir les éduquer, car il ne les aime pas vraiment mais veut en être fier, car il n’a pas de morale à leur transmettre, seule une simple stratégie de réussite égoïste. Une réussite, qu’il réalisera sur son lit de mort, n’en était pas vraiment une, sauf cas particulier d’un homme qui aurait changé l’humanité positivement par son travail, et encore. On a beau multiplier son argent et ses admirateurs, si cela est fait sans morale et sans profondeur, les regrets tombent tôt ou tard, nous rappelant que cela ne valait finalement rien. Voir l’autre comme un corps qui nous apporte une satisfaction passagère directe, résoudre l’humain à cette fonction automatique, c’est négliger l’autre et se négliger soi-même. Sans amour, on manque toujours de quelque chose. Les hommes ne se sentant plus aimés, ne comprennent pas ce qui ne tourne pas rond chez eux. Ils ont tout, dans l’immédiat, et leurs besoins et désirs sont immédiatement comblés. Mais dans l’effort ils ne construisent plus grand chose. Ils n’ont ni relation solide issue d’un véritable choix, ni sentiment de communauté dans leur société hyper individualisée, ni véritable ami, ni de passion qui n’est pas un faire-valoir, ni de sentiment de réussite professionnelle, car le travail réalisent-ils, n’était pas l’important, et parce qu’il a souvent fonctionné par entrave à certaines morales. Seule l’honnêteté et la justesse font d’un homme un homme satisfait. Seul l’amour échangé fait d’un homme un homme heureux. L’amour, c’est de choisir un autre individu. Pour ce qu’on éprouve pour lui et ce que l’on connait de lui. C’est avoir envie de, et apprendre à, le connaître, dans ses qualités et ses défauts. Et parce que le sentiment amoureux, qui laisse place à un attachement profond et sincère et à une grande tendresse, encourage à le supporter, et à affronter avec lui les difficultés, quelles qu’elles puissent être. Aimer c’est s’engager à respecter l’autre et se battre pour partager sa vie avec, afin de devenir plus heureux et plus forts ensemble, pour oeuvrer plus positivement, et pourquoi pas, pour apporter au monde sa progéniture. être donc un être "viable", géniteur. L’amour devenant de plus en plus désintéressé, les gens, de plus en plus égoïstes et ignorants, s’en détournent de plus en plus. Les hommes deviennent jaloux de leurs femmes, les femmes de leurs enfants. Tout le monde connaît le mot amour, presque tout le monde a déjà dit je t’aime. Mais si on demande, qu’est-ce que cela veut dire ? Personne ne sait vraiment. Certains ne savent juste pas, ne se sont jamais posé la question, d’autres en donnent la définition du sentiment amoureux, de la passion éphémère, d’une simple sensation, ou du lien affectif non choisi qui nous lie à notre famille. Voilà l’humanité qui me fait frissonner. La haine, on sait. L’amour, on ne sait pas. Oh et je ne les blâme pas. Les gens sont faits en majorité pour suivre certains autres. Sans modèles et sans valeurs, ils se perdent à ne vivre que de sensations. On leur dit qu’il vaut mieux être seul, individualiste, avant tout, et l’égoïsme semble tout leur apporter. S’ils savaient comme ils se trompent… Ils sont contents, mais pas heureux. Nous avons besoin de tisser des liens forts et durables, de sécurité, de stabilité, de vulnérabilité pour finalement nous renforcer. L’humanité, j’en suis convaincue, n’a pas d’avenir en négligeant l’amour. Elle n’est de toute évidence pas celle que je trouve honorable et juste, pas celle qui est féconde, ni celle qui permet à chacun de se sentir accompli.
19/11/2024
Je veux m’aimer pour m’adorer, et non pas pour me plaire. Je veux me plaindre pour m’élever, pour provoquer, et non pas pour m’aider. Je voudrais aimer tout le monde, non pas par bonté, mais pour me remplir de justesse. Ma morale remplit mon empathie, mes désirs sont noyés dans mes envies de progresser. Je veux être fière et non pas heureuse. Je veux donner, plus que d’être amoureuse. Je veux me retrouver, je me veux moi, nouvelle, moi grandissante. Je me veux charmante, je veux dire les choses qui choquent et qui amusent, je veux sortir dans le plus fol accoutrement, et que les gens me voient, et que les gens me regardent, et que les gens me jugent, et que les gens me craignent. Je veux dire tout haut ce que personne n’ose murmurer, et sembler juste, et vraie, et bonne, et pure. Je veux tout réparer. Mais j’ai les mains fragiles et les ongles rongés, or l’entreprise est difficile, et les outils sont de basse qualité. Je déteste ce monde, mais par amour, je lui veux du bien. Je me méprise, mais j’ai de l’empathie pour moi-même.
L’autre jour j’ai lu quelqu’un qui comme moi, n’avais pas goût de lui-même. Sans doute comme moi, pensait-il que l’amour de soi, ou plutôt la fierté de soi, était un orgueil, une idée d’une prétention et d’un égoïsme sans égal, néfaste pour les autres, mauvais pour son propre parcours. Et pourtant, il disait, regardez votre personne comme un humain détaché de vous, comme si l’on vous avait confié cet humain, un être en développement dont vous avez le contrôle durant sa courte vie sur terre. Cet humain aurait été choisi par nous-même, une sorte d’âme étrangère, d’information déjà présente et qui subsisterait toujours. Et alors, j’ai été prise d’empathie pour moi-même, chose insensée ! Si je me retrouvais, je me répugnais. Mais si je m’éloignais de moi, je m’appréciais davantage, et je voulais mon bien. Cet humain dont je possédais le contrôle, je le voulais le plus beau, le plus fort, mais surtout le plus moral, le plus juste, et même le plus utile. Je voulais prendre soin de lui comme d’un enfant vulnérable. Je le voulais surtout le plus heureux. Je voulais le choyer. Je voulais mon bonheur. Oh j’aurais pû en pleurer. Détachez-vous de vous, vous vous en aimerez davantage. C’est en nous-même que l’on se perd. C’est en se vivant pleinement que l’on s’égare.
19/11/2024
Quand je lui parle, c’est pour m’écouter. Et si je lui ai demandé son aide, c’est pour alimenter ma volonté. Je ne crois ni en elle, ni en les autres. Ni même en moi-même. Mes problèmes, me semble-t-il, ne tiennent qu’au fait que je préfère comprendre, que je préfère avoir compris, et faire comme celle qui sait, plutôt que d’apprendre pour me faciliter la tâche, et d'agir en fonction de ce que je connais, pour viser le confort avant de choisir le risque. Peu m’importe la difficulté de mes choix et de mes entreprises, si je suis juste et sincère. J’ai bloqué mon âme dans une petite boîte et j’en ai perdu la clé. Je ne me sens chez moi nulle part, dans le sens où chaque lieu m’est angoissant, étranger, où dans chaque situation je me sens vulnérable à pleurer, à rire, à danser. Je n’ai d’espace aucune propriété. La sécurité m’est étrangère, si elle n’est en moi et dans ma manière à me fermer aux autres. Je ne suis moi-même qu’avec moi-même, et je ne suis donc rien pour personne. La fierté ne m’anîme pas et ne m’a jamais animée. Je n’ai aucun plaisir à plaire ou à être regardée, je préfère être méprisée. Je n’ai de vulnérabilité que pour la personne que j’aime, et c’est pour cela que mon attachement est trop fort. L’attachement que l’on crée aux autres, à des amis, à un père, à une mère, à un travail, il me semble que je le concentre sur cette personne qui m’atteint. Et même si mes parents me comblent de cadeaux, et même si mes amis me réconfortent et m’offrent de nouvelles perspectives d’espoir, et même si j’excèle dans mes réalisations, cela ne m’apporte rien que de la satisfaction éphémère. Je ne vois d’objectif qu’en celui qui me voit dans ma profondeur. Celui qui me choisit malgré tout, celui qui veut construire un futur à mes côtés, et non pas aux côté de ces milliards d’autres, dans un monde qui a oublié que l’homme n’est pas fait pour vivre seul, et qui confond l’amour avec la fierté, qui confond les objectifs individuels avec les principes humains. Celui qui cherche la clé de cette boîte en devient le gardien. Pourquoi ne suis-je pas capable de fournir cette énergie pour moi-même, dans une attitude normale ? Pourquoi ne puis-je pas être utile à moi-même ? Pourquoi est-ce que je pousse ceux que j’aime à perdre la clé, plutôt que de leur demander de me la rendre ?
Je n’arrive pas à me sortir de moi-même, mais je pense ma vie comme celle d’une autre. Pourtant je n’en suis pas moins sensible au contraire. Mais quand j’en parle je me bloque. Comme si j’étais étrangère à moi-même, comme si rien ne m’affectait. Je voudrais exprimer ce que je ressens plutôt que d’intellectualiser chaque sensation. Mais je n’y arrive pas. J’ai pourtant énormément à exprimer, mais c’est comme si c’était trop intense, comme si je n’y avais pas droit, comme si c’était une honte, une bêtise.
23/11/2024
Je pensais, en adolescente prétentieuse, avoir compris la profondeur de la pensée humaine, simplement parce que je m’analysais moi-même et que j’observais les actes des autres en pensant percer leurs émotions et leurs sentiments au moindre geste et au moindre mot. Il n’en était rien. Je me suis comprise si bien que je me suis perdue moi-même, trop libre de choix, trop consciente pour ma tranquilité d’esprit, trop responsable pour oser l’audace qui m’animait auparavant. Les autres, je ne les ai pas compris. Je les ai expliqués à partir d’un schéma construit à partir de moi-même, alors que je n’ai rien à voir avec eux, ni dans ma constitution, ni dans mes inspirations, ni dans mes aspirations. On ne peut vraiment être empathique, car cela signifie imaginer notre propre réaction face aux situations traversées par autrui. Or l’autre n’a pas le même ressenti, pas les mêmes désirs, pas les mêmes émotions ni les mêmes stratégies dans un contexte problématique. Il ne ressent même pas l’amour ou la haine de la même manière. Non, malheureusement le sentiment de l’amour n’est pas un sentiment universel, chose qui me rassurait pourtant et qui m’offrait une perspective de paix et de compréhension avec les autres en toute situation, qui me laissait penser qu’en tout être on pouvait trouver du bon, que toute personne avait une base d’empathie pour ses semblables. J’ai réalisé cependant que deux types de personnes peuplaient cette planète.
D’un côté, il y a ceux qui ont appris à aimer avant de s’aimer eux-même, et souvent au détriment de cela. De l'autre côté il y a ceux qui ont appris à s’aimer, à faire respecter leurs droits et leurs faiblesses, avant d’aimer et de respecter les autres, parfois au détriment de ceux-là. Je n’ai jamais appris à m’aimer car je n’ai jamais réellement été encouragée, défendue, aimée, vantée, valorisée, mise avant les autres. Sur une échelle, je suis la victime suprême, celle qui enfreint sa morale que quand ça ne la respecte pas elle-même mais jamais quand ça ne respecte pas les autres. Celle qui fait les concessions et les sacrifices, qui se croit en charge de comprendre, de guider et de guérir les autres lorsqu'elle est en position de supériorité, mais de disparaître et d’être prise de honte et de déni lorsque son honneur est sali. De là mon sentiment d’injustice et ma haine envers mes semblables, de manière globale et non individuelle. Et un sentiment d’infériorité, d’auto-détestation, d’épuisement, de lassitude. J’ai été éduquée à me détruire pour faire réussir les autres, et à me sentir coupable dans l'échec comme dans la victoire. J’ai été éduquée à vivre d’espoir et non de bonheur, à aimer l’autre en m’oubliant, à écouter pour me taire. Agir autrement me semble égoïste, m’aimer et me faire respecter me semble prétentieux, me sentir fière de mes accomplissements ne m’arrive que de manière éphémère, s’ils sont utiles ; et rien que cela me semble interdit. C’est comme s’il fallait que je me dénigre, que je reste discrète, que je ne dise rien si je ne suis pas d’accord, que je me persuade que tout est voué à l'échec et que je ne mérite rien, avant d'entamer quelque chose qui toutefois alimente mes aspirations. Le plaisir de l'autre m'importe davantage sur le moment, et je le priorise dans une évidence, mais à terme ma négligence envers moi-même me pèse. Je me rebelle pourtant, mais ce n’est pas suffisant. Je n’ai aucun intérêt à prendre pitié de moi-même et à m’aimer, à m’élever. Je ne rendrai personne fier de moi, et la fierté personnelle ne m’apporte rien. Pourtant si je m’aimais, m’aidais, me prenais en pitié comme je le fais avec les autres, je ferais des choses grandioses. Cela m’est interdit, comme une fatalité tombée dès l’enfance, à mes premiers actes volontaires.
On s’en fiche des autres, on ne se compare pas aux autres, ignore, laisse faire, oublie, ce n’est rien, tu n’iras pas loin, je ne suis pas fière de toi, c’est normal si tu as travaillé, ce n’est pas une compétition, donne lui ta poupée pour qu’elle arrête de pleurer, aie plus d'empathie.
Ah mais l’empathie des autres c’est leur regard sur autrui, c’est le sentiment qu’ils auraient eu dans le corps de l’autre. Je suis la seule véritablement empathique de mon entourage, à passer ma vie à ruminer pour vous comprendre en détails et ne pas vous ruiner tout en me ruinant. Suis-je l’abrutie la plus irrécupérable, ou êtes-vous tous aveuglés par votre déni ? Car je me sens juste et réfléchie, mais pourtant toujours perdante, et finalement pas plus fière. Qu’est-ce que je cherche par cet acharnement si ce n’est de saboter mon énergie et mon espoir pour toute chose et pour toute entreprise ? Ah je hais tout le monde et en premier lieu moi-même. Vivre de rêves et non pas de réalisations, quand ce qui nous manque ce n’est ni la capacité, ni la volonté, ni la possibilité, ni le courage, ni l’intégrité... Ce n’est pas une vie. Je me construis pour être prête aux réalisations les plus folles, et finalement ne rien réaliser du tout, transmettre mon énergie à qui ne veut pas la recevoir, et n’inspirer personne.
26/11/2024
Les gens heureux me font de la peine. Je suis, avant même d’avoir le droit convenu d’y penser, celle qui vit dans l’échec et l’abandon. Je regrette ce que je n’ai pas maîtrisé, et espère seulement des choses qui ne concernent que le passé. Je n’ai jamais eu autant de force pour survivre, et pourtant aussi peu d’énergie à vivre. Tout le monde m’a déçue, et même ma psychologue, qui de ma vie fut la première à m’écouter en cherchant à me comprendre, et non pas pour me juger, n’a pas ma confiance. Je parle pour moi-même, j’écris pour ma conscience, je crée pour évacuer, je prie pour me réconforter. Il me semble que je ne fais rien qui n’ait d’autre but que de me reconstruire seule. Je vis dans un sentiment d’injustice qui me tiraille complètement, une impression d’avoir toujours donné davantage, pour n’en récolter que moins. J’ai perdu tout ce qui m’animait. Ce n’était pas cet homme, c’était tout ce qu’il représentait. Ma capacité à aimer et à être désirée, ma capacité à divertir et à réconforter, à aider et à persévérer, à comprendre et à dialoguer, à maintenir un lien, à faire confiance sans être naïve, à construire un foyer et à devenir autonome, à faire des choix lourds en conséquences et à me laisser aller quand il fallait, à être finalement un être humain viable. Je vis par vagues émotionnelles, vomis mes confidences et mes pleurs, en me cachant à moitié, jusqu’à la dernière goutte, pour ne plus y penser, mettre de côté... puis recommencer. On m’avait dit que la seconde rupture était plus facile à supporter, mais on ne m’avait pas préparée à la trahison. étant une personne extrêmement honnête et dévouée, sensible et morale, j’étais convaincue que je ne rencontrerais personne de déloyal. Jusqu’ici j’avais des amis extrêmement loyaux et respectueux, généreux et réconfortants, réfléchis et sensibles. J’étais vouée à m’entourer de gens sincères et de personnalités profondes, et ça m’allait très bien. Je n’avais même pas à me méfier, à trier parmi mes proches, ceux qui m’étaient bons et ceux qui m’étaient mauvais. Les gens venaient à moi et apprenaient à me connaître si je les laissais faire, et pour laisser quelqu’un me connaître, j’avais besoin qu’il soit comme ça. Je n’attirais pas les gens vicieux, égoïstes ou prétentieux, parce que je semblais fragile et qu’on me prenait en pitié, parce que je parlais avec douceur et qu’on y attribuait une gentillesse et un calme particulier, parce que je renvoyais l’image d’une fille discrète et sérieuse. Puis je gardais mes amis et m’en rapprochais par l’humour, le soutien et l'échange de réflexions sur la vie. Dans ma vie sociale, rien ne me manquait. Je ne voulais pas des tas d’amis, j’en voulais quelques très bons, et je les avais. Parfois même il me semble que je ne les mérite pas. Et pourtant j’ai toujours eu un vide énorme en moi. Ce vide, je le comblais par l’amour. Mais je n’avais pas besoin d’être aimée par beaucoup, ou aimée par n’importe qui, au contraire, j’avais besoin d’être aimée comme j’aimais, un homme précis que j’avais choisi et qui m’avait choisie. D'être le choix et l'engagement de quelqu'un pour qui j'étais engagée, et qui enfin aurait donné autant que moi pour lui. Je croyais en un destin amoureux, je croyais que si j’aimais un homme, c’était lui et pas un autre. Je suis encore convaincue que de multiplier les opportunités avant de choisir ne rend le choix que plus difficile, le déni de la valeur d'autrui plus ancré, les sentiments que plus faibles, que l’on y perd sa sensibilité et son âme. Et ce n’est pas mon affect qui parle, c’est bien ma raison.
Pourtant un jour, la vérité m’est tombée dessus, d’un coup comme ça, j’étais remplaçable, et pire, j’avais été remplacée, du moins partiellement. Remplacée, et pour cela manipulée, humiliée, puis abandonnée, niée dans la profondeur de mon égo et de mon humanité, et dans l'irrespect de tous mes investissements.
Et alors ce sont tous les gens qui m’ont voulu du mal qui avaient raison. Ce sont toutes ces petites voix qui vous percent l’estime de vous-même et vous écrasent, qui prennent le dessus, et qui vous soufflent à l’oreille « tu vois, on savait, on savait que tu ne valais rien... Tu n’es pas si spéciale, finalement. ». C’est le réveil des peines les plus enfouies qui ressurgissent. Ces doutes qu’on avait au milieu de la nuit sur sa capacité à être aimé. Ces filles qui se moquaient de mes vêtements quand je n’étais qu’une enfant en classe de primaire. Ces garçons frustrés qui m’avaient appelée la planche à pain dans mon adolescence simplement parce que j'avais ignoré leur approche, ce gamin mal éduqué qui m’appelait le zombie parce que j'étais pâle, ces filles qui disaient que je ne parlais jamais assez, mes parents qui me disaient que je ne réussirais pas et que mon futur copain ne supporterait pas mon exigence, ce sont ces étrangers qui disaient que j’étais trop naïve et que je ne savais pas aimer, ou ces personnes, pleines de stéréotypes, qui jugeaient ma relation et ma capacité à sélectionner un partenaire sécurisant. Tous avaient soudainement et terriblement raison. L’infidélité ne touche pas que la relation. L’infidélité détruit et tue ce qui fait de nous des partenaires potentiels, des humains accomplis, des personnes viables. L’infidélité détruit l’amour propre et la confiance en soi qui nous pousse à agir dans un avenir rassurant et motivant, la confiance en autrui qui nous pousse à faire des concessions, à aimer et à nous attacher sans retenue, les joies qui nous rendent heureux, les projets qui nous réconfortent. L’infidélité tue la foi et l’espoir, le goût de soi et de la vie, la capacité à aimer, à construire une vie à deux et à se reproduire. Elle nous dit par sa révélation, que nous n'avons pas été assez digne dans les yeux de l'autre pour qu'il se donne la peine du minimum, et ce malgré nos efforts ; que nous ne valons rien, et que donc, nous ne méritons rien. Que le temps, l'énergie, le respect, en somme la bonté et l'amour ressentis et investis, ne sont pas garants ni de notre bonheur ni de notre respect propre. L’infidélité tue l’âme de l’infidèle sans même qu'il ne le réalise, et torture celle de la personne trahie, parfois jusqu’à la détruire totalement. Cet être, que j’aimais plus que tout et dont je pensais provoquer l'amour, que j'avais choisi en pensant le connaître en détails, et pour qui je me suis impliquée plus qu’avec n’importe qui, est précisément celui qui m’a le plus blessée. C’est-à-dire qu’à mon maximum, avec toute ma gentillesse, mon affection, mon audace, ma témérité, mon énergie, ma fidélité et ma patience, je n’avais pas été suffisante pour avoir seulement le respect de celui que, pourtant, j’avais choisi et jugé comme le plus apte à recevoir, parce que je le croyais similaire. Je pensais avoir trouvé quelqu’un comme moi, qui finalement, enfin, me comprenait pleinement, et que je pouvais comprendre et croire, sans jamais douter. Je pensais pouvoir me jeter dans la relation et me montrer vulnérable, être capable de réoffrir ma confiance après une peine antérieure, parce que je me sentais en sécurité avec lui, et que je n’en gagnerais que du positif. Mais lui ne m’avait jamais aimée, chaque geste tendre dont je peux me souvenir, était faux, et leur souvenir se charge d'un dégoût jamais ressenti auparavant, qui me blesse, m'angoisse et me choque profondément. Cet homme me mentait, ne me respectait pas. Cet homme ne donnait aucune valeur à notre relation. Cet homme aspirait mon énergie et investissait la sienne dans la conquête d'autres femmes à qui il n'offrait aucun espoir. Il ne voyait pas d’avenir à mes côtés mais me laissait faire, me rassurait par des propos contraires à la réalité, auxquels peut-être il se forçait à croire lui-même. Il ne pensait pas à moi le soir avant de se coucher. Je ne lui manquais pas quand nous étions séparés. Il ne me protégeait pas, il me mettait en danger, m’exposait à des maladies graves, m’exposait à des accidents mortels. Il m’exposait à une douleur psychologique infinie, pour un divertissement égoïste, éphémère et destructeur. Dans la conscience d'avoir détruit mon espoir, et de continuer à le faire, cet homme ne prenait que de la fierté et des avantages de mes investissements, m'érigeait en trophée dans les situations qui s'y prêtaient et où son image superficielle pouvait être renforcée. En retour, il ne me donnait rien, et ne me promettait rien. Pas de réconfort dans mes doutes et mes entreprises, pas de respect, pas de confiance, pas d’engagement pour l'avenir qui imposait un quelconque sacrifice. Je vivais dans l'espoir qu'il me lançait parfois. Plus j’étais impliquée, plus il s’éloignait, plus j’en souffrais et plus il m’humiliait. Plus j’étais amoureuse, plus il convoitait les autres. Plus j'étais délaissée, plus je doutais, plus il mentait, plus il s'éloignait. Je me suis ridiculisée. Si bien que je ne peux même pas regretter les souvenirs qui étaient les plus chers à mon coeur, me remémorer ces journées, qui je pensais, comptaient parmi les plus belles de ma vie, rester fière au moins, des belles paroles qui n'étaient que mensonges, apprécier au moins l'intention derrière ces cadeaux qui m'avaient touchée, ou l'idée de ces projets qui me faisaient vibrer. Si bien que je meurs de ne pas lui parler, mais que lui parler serait me porter le coup de grâce, et rendre acceptable un comportement profondément mauvais, injuste, égoïste, lâche, destructeur, dégueulasse, honteux. La trahison, dans sa nature et dans ses conséquences, est le pire péché de l’homme, j’en suis convaincue, et cela ne mérite que l'ignorance. Car ce n'est pas tellement mon humanité qui s'en trouve niée, c'est avant tout la sienne.
29/11/2024
On n’existe que dans le regard des autres. On ne se définit que par les traces des actions que l’on laisse derrière soi, on ne se construit que de nos souvenirs. Manifestons-nous. Les rêves ne servent qu'à ceux qui de leurs mains ne peuvent plus rien bâtir.
14/12/2024
L’écriture est un échec de communication. Elle est un poids, un vomi de malaise trop lourd ou de désirs trop insensés. Elle se manifeste dans l’incapacité à traduire nos pensées en dialogues, pour nous-mêmes, qui sommes pourtant voués à échanger nos idées avec les autres.
L’écriture est un médicament avec un goût immonde. J’écris si je me sens mal, ou si je me sens un peu trop bien, et donc finalement mal. Je parle de moi, à moi, pour moi, et non pas pour les autres, en disant ce qui, précisément, ne peut leur être destiné. J’écris pour extérioriser ce qui me consume, mettre de côté ce qui m’assomme, garder quelque part ce qui s’efface, clarifier ce qui m’échappe. Le blabla que j’écris rassemble des mots incomplets de n’avoir été prononcés, de n’avoir été écoutés, reçus, interprétés, compris. Je ne sais plus écrire dans le plaisir. Je ne sais qu’en être satisfaite parce que j’en suis vidée. J’écris pour me débarrasser.
L’écriture est une parole désespérée. Elle ne naît que dans un esprit qui ne peut dire assez, ne peut assimiler, ne peut ou ne veut se laisser aller et se faire comprendre. Peut-être la communication orale est-elle toujours faussée, influencée, adaptée, quand l’écriture est toujours plus pure, plus honnête, et plus précieuse. L’écriture est une maladie qui se soigne par elle-même.
J’écris aujourd’hui dans l’angoisse d’une vie qui m’a échappé. Je veux étaler ce qui me manque à dire. S’il me reste peut-être du temps, il ne me reste plus d’envie. Il me semble qu’en sept années ma vie m’a filé entre les doigts, que mes efforts m’ont été insurmontables et ne m’ont rien donné. Je suis la même en plus fragile, avec moins d’espoir. Mes projets - j’en avais plein - très simples -  se sont soldés en déceptions ayant pour ampleur l’investissement que je leur avais accordé. Tout ce qui compte pour moi est brisé par le poids de l’espérance que j’y attache. Tout ce à quoi je m’attache se fragilise, quand ce qui me semble presque atteint ne m’apporte pas grand chose. J’ignore de quelle tare il s’agit, car la malchance n’est pas systématique, mais chez moi rien n’a d’aboutissement. Je ne suis chanceuse que dans ce qui ne m’importe pas et ce pour quoi je ne fais pas d’efforts. Mes études ont été un parcours complexe, avec ses doutes, ses craintes, ses choix. Elles ne me sont aujourd’hui garantes d’aucune sécurité. L’argent ne m’est garante d’aucune félicité. L'amour et le respect que je peux éprouver ne me sont garants d'aucune réciprocité. Au fond je ne ressens plus de connexion ni de confiance pour quiconque. Mes amours m’ont profondément fragilisée, et si j’y donnais l’importance la plus audacieuse de ma vie, ils ne m’ont apporté que de la peine, du doute et du découragement. Je ne cherche plus le bonheur, car il est un état d’esprit qui ne m’est plus atteignable. Je ne cherche que la sérénité, que je ne peux atteindre qu’en acceptant l’idée de ne plus m'accrocher à mes plus grands projets. Créer mon agence par l'énergie et la liberté à laquelle j'aspirais, vivre dans cet autre pays qui me fascinait, partager ma vie avec une personne qui me ressemblait, construire un foyer qui me réconfortait, transmettre à mes enfants mon optimisme et la confiance en la vie que j’avais bâtie pendant des années. Tout s'est volatilisé. Je me suis épuisée en me forçant à croire que je méritais une récompense. Alors je ne fais qu'amasser des choses futiles et créer des effets éphémères pour des devoirs toujours plus complexes.
En n’espérant rien, on ne risque ni d’être déçu ni d’être frustré. Mais peut-on seulement se sentir vivant ? Peut-on seulement y trouver l’énergie d’entreprendre une activité au quotidien, ou se fait-on passer pour mort avant même que d’être mourant ?
J’ai toujours été juste dans mes principes, il me semble, ou au moins fait le maximum pour y tendre. C’est ma plus grande valeur. Hors de ma famille je crois bien qu’au monde personne n’a de véritable rancoeur pour moi. Si c’est toutefois le cas je dois sans doute l’avoir provoqué par accident, et si j’en avais connaissance je tenterais immédiatement d’y remédier. Peut-être mes parents m’en veulent-ils, car avec eux seulement j’ai exprimé ma haine sans filtre et toujours risqué sans retenue, en certains moments pour lesquels personne n’était finalement vraiment coupable. Et je sais que les parents ne gardent jamais leur colère et leur rancoeur pour leurs enfants bien longtemps. Je me sens profondément intègre. Je me sens remplie d’une morale qui est à son aise car elle est respectée et bien vivante. Mais qui d’autre que moi peut en connaître la nature et la beauté ? Qui peut l’apprécier, cette morale, et l'empilement de ses résultats, si finalement il ne s’agit que de principes invisibles qui ne m’ont rien donné que du manque de respect, de la haine de moi-même, de la désillusion ? Qui peut l’encourager à vivre si moi-même je me sens de plus en plus frustrée et déçue par elle ? Qui peut même en déterminer la justesse et l'exactitude si ce n'est la base abstraite commune aux religions ?
Parfois dans mon chagrin je pense que j’aurais dû profiter davantage pour prendre plus de place, choisir consciemment le mal pour des motifs purement égoïstes, développer mes sensations au détriment de mes sentiments, manquer plus souvent de respect pour me protéger et ne pas m’oublier, manquer d’ambition et d’investissement pour ne pas voir mes constructions s’effondrer sous leur poids. Mais l’intégrité m’est vitale, car sans elle, je ne pourrais pas me regarder dans un miroir. Sans elle, je ne manquerais pas seulement d’espoir. J’aurais envie de me détruire tout en détruisant les autres autour de moi. Elle est juste car nécessaire au bien-être individuel et commun.
Mon énergie a été trop divergente. Quand elle a été fixée sur un point, c'était sur un point trop fragile. Quand les fondations même de notre palais s’effondrent, doit-on et peut-on se motiver à tout reconstruire en suivant le même plan pour un résultat qu’on doit encore espérer atteindre ? Ou doit-on entreprendre un tout nouveau projet, différent, peut-être moins bon, peut-être moins sûr, mais finalement plus satisfaisant, car plus facile à construire ? Doit-on aimer la vie dans la construction qu’on en fait, dans le parcours, l’effort et l’espoir qu’on y donne ? Ou plutôt pour ce qu’on y gagne, pour ce qui est accompli et palpable ?
Je ne sais plus. Cela fait des mois que je ne vis la vie que pour passer d’un jour à l’autre sans me morfondre. Je ne me supporte plus. Je pense trop. Je suis capable de tout mais finalement à la hauteur de rien. Je n’ai aucune fierté et j’ai peur de tout. Je n’ai plus d’attente tout en étant déçue. Je ne vis que de sensations à peine ressenties pour oublier mon sentiment dégueulasse de haine des autres, de désespoir, d’auto-détestation et d’injustice qui m’anime sans prendre de pause, pour oublier mon corps sali et rejeté qui me dégoute à sa simple vision. Chaque souvenir me crève l’âme et je regrette sans avoir pu faire davantage. Chaque ancien projet me crispe et m’obsède. Chaque désir m’angoisse et me fatigue.
Je pensais il n’y a même pas un an que la vie en valait assurément et toujours la peine, qu’il fallait cultiver la confiance dans l’imprévu, que chaque effort portait son résultat, que chaque échec était la démonstration d’une amélioration à effectuer, et que chaque personne portait avec elle, peu importe ses choix, des tas de conséquences positives sur l’avenir. J’étais heureuse, non pas parce que j’étais plus joyeuse, ni parce que j’étais plus sûre de moi, mais parce que j’avais des bases, des bases qui m’étaient un support, un tremplin, un réconfort, une fierté, et que j’avais encore à oeuvrer pour les renforcer. C'était assez pour me combler. Malheureusement, je n’avais pas compris que la morale et la nature des sentiments ne sont pas universelles. Que parfois celui que l’on pense semblable nous est contraire. Que ceux qui forment nos repères agissent parfois comme nos bourreaux, et qu’en voulant aider ceux qui nous sont précieux on ne fait parfois que les éloigner. Que nos efforts sont parfois si forts qu’ils éclatent. Ce qui m’animait reposait sur les autres et pourtant n’était respecté que par moi-même. Mes conseils pour autrui, je ne me les donnais même pas. Ma morale ne pèse rien. Ma précision ne me permet aucun contrôle. Ma valeur n’a d’autre porteur que moi-même, et c’est comme si je n’avais pas les bras nécessaires. Je suis trop à supporter pour moi et suffisante pour personne. Je déborde d’idées et de connaissances, sans que cela ne se solde d’aucune réalisation concrète, et sans que personne ne veuille ni ne sache profiter de ce que j'essaie d'offrir. Je me suis déshumanisée. Si j’avais donné à moi-même et à mes acquis personnels la fascination et l’amour que j’ai donné aux autres et au monde sans qu’ils ne le voient, j’aurais fait de moi une personne bien différente. 
Sans doute cette personne n’aurait-elle jamais pris la peine d’écrire.
17/12/2024
J’entame un tournant de ma vie. Il me semble subir l’équivalent d’une seconde puberté. Les claques de ces derniers mois m’ont propulsée dans ma manière de voir et d’appréhender le monde et les autres. Et après relecture de mes anciens écrits, dont la moitié me restera éternellement confidentielle, je finis par penser que cela a du positif, finalement.
J’écrivais ma tristesse, à d’autres moments mes espoirs ou ma fascination du monde, sans n’y connaître rien. J’écrivais mon mépris pour une humanité que je ne connaissais que dans la superficialité et le jugement que j’en établissais à l’apparence.
J’ai appris à connaître mes semblables. J’ai appris leurs défauts, j’ai appris leurs qualités. Je me suis mise à leur place régulièrement, plutôt que de les analyser comme un sujet de dissertation. J’ai appris à les aider vraiment, plutôt qu’à les guider selon les préceptes et les enjeux qui ne concernaient que moi.
J’ai appris mes faiblesses et commence à peine à donner de la valeur à mes forces. J’apprends à être plus indulgente et à me chérir, plutôt que de chérir les autres pour des miettes d’attention et d’amour parfois malhonnête.
La fin de l’année approche à grands pas, et avec elle l’avènement d’une année que je ne souhaite pas décourageante. Je veux laisser derrière moi mes échecs et attirer à moi le positif que mes efforts me font - j’en suis certaine - mériter.
Si cette année m’a sans doute été la plus difficile de mon existence jusqu’ici, je dois bien admettre qu’elle m’a ouvert les yeux sur certains points cruciaux, et enseigné des principes désormais primordiaux dans mon approche aux autres, au travail, et surtout envers moi-même. J’ignore si un jour j’aurai des enfants, j’en perds souvent et désormais constamment l’espoir ; cependant, j’enseignerai ces principes avant tout à moi-même : à moi découragée, à moi blessée, à moi fâchée, qui ne doit pas désespérer mais garder sa morale et s’en enorgueillir, même si celle-ci est endommagée, niée, remise en question. Car c’est la morale qui fait de nous des êtres humains uniques et bien vivants, libres de pensée par les choix qu’elle motive et guide chez eux. C’est elle qui fait de nous des individus prêts à aspirer au bonheur, ou du moins à la sérénité de l’esprit et à la satisfaction d’avoir été justes, même sans accomplissement conventionnellement prestigieux. Qu’est-ce qu’une fierté motivée par l’ego que nous attribue les autres lorsqu’on n’est plus que seul avec soi-même ? Quelle est la force d’un sentiment d'accomplissement personnel s’il ne dépend que de ses semblables, semblables finalement que dans leur mécanisme primitif ?
Je pense que la plénitude est avant tout gagnée par soi, pour soi et seulement soi. On peut tout gagner dans la vie, et l’on conquit les cœurs avec aisance, lorsque l’on s’est d’abord conquis soi-même.
Apprendre à penser par et pour soi-même, en construisant sa morale au fil de son apprentissage et de ses expériences, pour agir justement, est ce qui fait de nos choix des choix libres, conscients, et personnels. être juste dans les principes que l’on s’est bâtis, de manière singulière mais objective, voilà la vraie fierté, le réel accomplissement, et le seul, qui nous permet à 90 ans de ne pas nous morfondre dans les regrets, lorsque le seul objet de notre pensée est l’évaluation de notre passé. Je ne veux désormais regretter ni d’avoir mal agi, ni de n’avoir pas agi. Ce qui ne signifie pas agir toujours pour une réussite assurée, mais agir selon mes principes. Les conséquences en seront parfois positives, parfois négatives, et alors sans doute quelque fois décevantes, mais jamais regrettables, car leur jugement ne dépendra que de moi, moi qui me choisis, et moi qui me connais.
Si aujourd’hui je rencontrais la jeune fille que j’étais à 19 ans, qui se mettait à écrire ses premières introspections profondes en débutant cette recherche effrontée d’identité et d’individualité, moi qui portais le même nom tout en étant si différente, je lui dirais tout ce qui suit. Ce qui fait de moi ce que je suis, et la motivation de mes actes futurs. Je voudrais donner les clés de ce que j’ai passé presque 10 ans à ouvrir en forçant la serrure, à cette personne que je n’arrivais pas à aimer tout en ne supportant pas qu’elle soit niée, qui doutait en pensant que son sentiment d’injustice était une raison valable à la haine et à l’abandon, qui pensait que les autres n’étaient rien que des poids, que la vie n’avait de valeur que dans les accomplissements tangibles et non pas dans l’expérience de son parcours et dans le développement de la force de son caractère.

En globalité :
La vie testera sans cesse tes capacités et ton intégrité. Elle te voudra faible et te fera constamment douter de ce que tu ressens comme bon et de ce que tu condamnes instinctivement. Tout contexte nouveau te mettra en péril pour affaiblir ta morale. Ne pense jamais que l’abandon de ces principes et le laisser aller te sont justifiables ou favorables. Tu perdras ton énergie, tu perdras des amis, tu perdras ton insouciance, tu perdras tes amours et tes rêves associés, tu perdras l’équilibre et la sécurité, tu perdras tes rêves pour les remplacer par des souhaits… Mais ne perds jamais cette morale, car elle seule t’anime et fait de toi ton identité réelle. Tu n’es au fond ni ce que montre le résultat de tes actes, tenant en partie à la chance et en partie à des choses imposées, ni ce que les autres ressentent dans leurs tourments et leur mépris, ni dans leur amour ; tu n’es ni la fille de quelqu’un, ni la mère d’un autre, ni la femme d’untel, ni l’amie de celui-ci. Tu es ta morale, construite au fil de ton expérience. Fais-en ton caractère et ton objectif premier. Elle seule sera reine de ta satisfaction et de ton bonheur, de la justesse de ton regard sur les choses et de la singularité qui fait la beauté de ton comportement ; elle seule aura le droit de juger tes actes et tes acquis. Cherche-là en toi ; elle est intuitive, elle n’est pas difficile, mais elle est longue à connaitre, car l’expérience la rend parfois difficile à cerner et à accueillir. Accepte de l’enrichir et de l’améliorer au fil de tes rencontres et de tes échecs. Elle traversera des incertitudes et des ajustements qui finalement la consolideront. Mais ne remets jamais en question ce que tu trouves mauvais au plus profond de toi, ou ce que tu trouves essentiel, dans tes sentiments les plus intimes et dans tes raisonnements les plus profonds.

Sur la famille :
De même que tu n’as choisi ni ce corps, ni ce pays, tu ne choisiras ni ta famille, ni la rancoeur qui te poussera de temps en temps au vice envers elle, ni les blessures qu’elle pourra t’infliger, ni ses fautes, ni ses faiblesses, ni le déchirement de la quitter, ni au contraire la lassitude de ses habitudes, ni l'ignorance, la colère et le mépris de certains de ses membres envers toi. 
Respecte tes parents car ils sont ta génétique et la raison de ton existence, car ils font l’honneur de ta biologie et d’une partie de tes principes. Pardonne-les sans que cela ne nécessite d’accepter ni les erreurs évitables, ni l’exposition à davantage de mal-être. Apprends à être indulgente, tout en t’éloignant si nécessaire, et en t’affirmant si besoin. Apprends à les juger non en tant que fille, mais pas non plus comme une étrangère ; avec du recul, mais sans trop de sentiments.
Tu leur ressembles plus que tu ne le penses. Vois en eux leurs erreurs pour t’en forger la morale, avant de tenter de t’y opposer. Vois en eux tes similitudes, pour en faire une fierté. Porte leur beauté plus loin qu’ils ne le peuvent. Ne les nie pas.
Ils t’influenceront plus que tu ne le penses, et jugeront parfois tes actes mieux que toi-même, mais tu ne dois pas dépendre de leurs attentes, car tu incarnes leur évolution. Accepte leurs conseils mais ne t’emprisonne pas dans leurs avis. Tu es ici pour apporter ta vision des choses et aspirer au bonheur, non pour les satisfaire. Mais tu ne dois pas non plus tâcher leur image par une rébellion affective. Agis justement, avec ton propre regard et tes propres capacités. Il n’y a rien de plus difficile que de détacher tes convictions de celles de tes parents, tout en conservant un lien fort et paisible avec eux. Lorsque tu es sûre de toi, affirme ta différence tout en limitant ta rancœur. Ne te sens jamais coupable envers eux, mais seulement envers toi-même ; l’inverse t’empêchera d’avancer. Sache, avant d’être fière pour eux, être fière de toi-même pour ce qui te rendrait fier de quelqu’un d’autre. Tu chercheras parfois la fierté et l’amour ailleurs car tu auras la sensation d’en avoir manqué ; sache que même s’ils le montrent parfois mal, ils restent tes parents, et portent en eux un sentiment dont tu ignoreras souvent l’ampleur.
Tu imiteras parfois leurs erreurs sans le conscientiser, et tu devras pour t’en détacher questionner le regard de personnes extérieures. Les premiers repères pour cela seront tes amis.

Sur l’amitié :
En enfant tu chercheras d’abord à ressembler aux autres, à les intéresser pour te sentir viable et plus intégrée. Puis en adolescente tu chercheras à te différencier à tout prix, à être indépendante, pour finalement encore, leur ressembler. En adulte seulement tu sauras ne dépendre que de toi-même pour chercher et faire venir à toi les individus qui te correspondent réellement et ne te satisfaire que de ceux-là.
Tu les choisiras parfois mal. Tu voudras parfois t’en débarrasser pour toujours. Tu leur en voudras. Parfois en évitant de les solliciter, tu les perdras. Tu leur feras parfois du mal, et tu t’en voudras beaucoup, mais si tu le veux bien, tu en apprendras davantage.
Dans des environnements plus extravertis, tu auras peut-être de la difficulté à rencontrer les autres, à te faire entendre, et à créer des amitiés sincères et durables. Plus ta personnalité sera singularisée, acceptée par toi-même, moins tu seras adaptable aux autres, et plus tu auras du mal à te sentir comprise et à adhérer à l’univers des autres. Mais les amitiés, quand elles sont trop nombreuses, témoignent souvent d’une insatisfaction personnelle ou d’un besoin de reconnaissance malsain ; elles ne sont alors que rarement sincères. Leur quantité ne fait jamais leur qualité, bien au contraire ; garde en tête qu’il est bien plus précieux d’entretenir un lien solide avec deux personnes qui te sont chères, honnêtes et fidèles, que de passer ton temps à te divertir en compagnie d’une cinquantaine d’individus différents, avec lesquels tu ne peux ni être vraiment toi-même, ni te confier sur ton intimité, quand ceux-ci n’aiment en toi que la fierté et les sensations que tu leur fais éprouver sur le moment.
Tes amis ne seront peut-être pas toujours fidèles ni suffisamment présents, peut-être changeants ou intéressés, parfois oppressants ou rabaissants. Ils te vanteront parfois des faits qui ne te sont pas adéquats ou valorisants, et t’encourageront dans des actes dégradants ou destructeurs. Ne le prends comme une insulte, et ne te place pas comme responsable de l’enseignement qui leur manque. Sache et ose t’éloigner de ceux dont la parole t’est néfaste.
Développe ton empathie et sois moins critique sans être moins prévenante. Chaque erreur cache souvent en elle une ignorance qui n’est pas volontaire, et tu ne connaîtras jamais quelqu’un dans toute la complexité de son esprit. L’organisation des priorités et l’échelle des valeurs sont extrêmement variables d’un individu à un autre. Chacun avance à son rythme et à sa manière, dans une voie qu’il a choisie et qui ne sera jamais la même que la tienne dans les détails ; c’est cela qui en fera la richesse. Chaque être humain possède intrinsèquement la même valeur ; cependant le regard et le comportement de certains te seront plus favorables et prolifiques que ceux des autres. Apprends à aiguiser ton regard, à les chercher, à les rencontrer, à les choisir, et à les préserver. Apprends à t’enrichir de leurs qualités et à leur vanter, sans te comparer à eux ni les envier. Apprends à leur dire combien tu les apprécies et combien ils comptent pour toi.
Ne les ignore pas dans la faiblesse, communique-leur tes doutes, et soutiens-les dans leurs projets comme tu attendras parfois malgré toi d’être soutenue. Sois prête à établir des règles pour ne voir aucune entrave à la dignité de chacun.
Apprends à les prévenir de ta distance, à t’excuser pour ton absence. Sois toujours, toujours honnête avec eux. Tu n’es pas obligée de tout leur dire, mais ne leur mens jamais, ni sur ce que tu fais, ni sur ce que tu es ; autrement tu empêcherais d’établir des liens authentiques et te perdrais toi-même avant même que d’entraîner des situations inconfortables.
Donne parfois sans rien atteindre en retour, et respecte-les même si tu es blessée. Tu souffriras d’être sage et vulnérable, mais souviens-toi qu’il est bien plus grand d’agir pour un bien commun que de négliger la morale pour un plaisir personnel.
Tu confirmeras leur statut et prendras conscience de leur importance quand tu seras en difficulté, que tu ne croiras pas en toi, que tu perdras ton regard obstiné sur les projets que tu t’es donnés. Tes amis sont les porteurs et les garants du rayonnement de ta morale. Ils te rappelleront parfois eux-mêmes qui tu es dans le fondement même de tes valeurs, pour éviter que tu te perdes dans tes réactions sentimentales. Ils te feront savoir tes qualités et tes défauts en toute objectivité, te feront réaliser que si tu suranalyses presque tout ce qui te touche, tu restes ignorante sur bien d’autres choses encore. Entoure-toi de gens dont le regard ressemble au tien, qui te rappelleront tes convictions quand certains te feront perdre foi en elles, et qui t’enseigneront le plaisir de la générosité. Et ne les prends jamais pour acquis. Même dans la satisfaction de ton indépendance, arrivera le jour où tu auras besoin d’eux pour leurs conseils, ou parfois seulement pour un réconfort. Souviens-toi que la solitude n’est appréciable que dans la disponibilité des autres.

Sur l’amour :
L’amour ne se déclenche pas tout seul mais on s’ouvre à lui pour le développer. Tomber amoureux est déjà en soi permis par des prédispositions que l’on se donne par choix. Être amoureux et entretenir des sentiments passionnels, c’est avant tout s’auto-encourager à se fasciner de la découverte d’une personne. On se fascine de ce que l’on permet d’apprécier, grâce à un goût qui vient de l’adoption d’un jugement et avec un état d'esprit qui nous y invite. Développe ta fascination et ton attirance pour ce qui nourrit ta morale et la justesse d’une vie honnête et féconde. Apprends à vanter tes convictions pour t’aimer toi-même. Seulement ainsi pourras-tu attirer et aimer vraiment une personne compatible, seulement ainsi pourras-tu être respectée dans ta morale et ton identité. Ne sois pas pressée.
Tu te surprendras peut-être à être attirée par la difficulté, par la médiocrité, par des gens qui ne te sont ni semblables, ni sincères, ni respectueux. Ce ne sera que le reflet d’une difficulté à t’accepter et t’aimer toi-même. Ne crois pas que tu dois sauver quelqu’un pour prouver ton amour et mériter celui d’autrui. L’amour n’est ni le fait de sauver celui qui se fait du mal, ni le fait de rabaisser ses attentes et ses limites pour tenter de convaincre celui que l’on désire. Dans un couple intègre, l’amour donné ne dépend de rien d’autre que de soi-même.
L’amour est un choix qui s’entretient. Il n’y a pas la personne parfaite mais des tas de possibles partenaires. La solidité d’une relation ne tient qu’à la force de conviction et aux efforts entretenus par les partenaires dans leurs actions sur le long terme. L’établissement d’une relation n’en fait pas quelque chose d’acquis mais le début d’un investissement. Aimer, c’est choisir d’évoluer ensemble dans les plaisirs mais aussi et surtout les difficultés de la vie. C’est d’abord avoir l’envie, puis faire le choix de prioriser cette personne, de nourrir le désir de celle-ci pour nous et notre désir envers elle, de s’engager à ne jamais mettre en danger la relation établie, de surmonter les obstacles dans l’exploitation de nos capacités, d’accepter de choisir l’autre au quotidien malgré les possibles imprévus, les moments de doutes, les conflits, ou la transformation d’une passion aveugle en une affection sincère. C’est une conquête et une vulnérabilité perpétuelles. On ne regrette pas amèrement une relation pour laquelle on s’est battu et pour laquelle on a été juste.
Ne crois pas qu’un je t’aime prononcé signifie tout cela. La plupart des personnes te diront t’aimer sans savoir même y donner une définition, ou l’illustrer par des actes. Ils te parleront de sensations et non pas de sentiments, de désir et non pas de décision, de fierté et non pas de bonheur. Certains te mentiront et ne ressentiront pas un centième de ce que tu éprouveras pour eux. Ils ne voudront de toi que l’orgueil qu’ils en tireront et les projets qui les exciteront.
Tu ne dois jamais quémander l’amour et le respect. L’amour personnel, traduit par l’établissement de tes règles, ne dois jamais être nié. Protège-toi. Accueille celui qui appréciera et te fera savoir tes qualités, celui qui te fera sentir désirable, respectée et en sécurité, celui qui s’engagera et saura te parler et t’écouter, celui qui saura parfois mettre sa fierté de côté pour ne pas dégrader les choses, te dire ce que tu fais mal pour t’aider à grandir, celui qui saura recevoir ce que tu lui offres et se montrer généreux, celui qui saura t’être vulnérable et honnête, celui qui investira dans vos projets et fera de tes efforts des résultats, celui qui tantôt te sera un modèle à suivre, tantôt une personne à qui tendre la main, celui que tu chercheras par plaisir et non pas par besoin, que tu continueras à charmer par envie et non pas dans la crainte de son désintérêt, celui qui t’apaisera et t’encouragera, celui qui fera de toi la priorité que tu feras de lui car il reconnaitra la valeur d’un amour partagé.
N’accepte jamais ce qui ne correspond pas à ta morale par peur du conflit. Être seule est bien plus gratifiant et valorisant que d’être avec quelqu’un qui nie ton humanité, t'ignore, te manque de respect, te ment, te fait douter de lui ou de toi-même, te blesse, t'angoisse, te rabaisse, ou te fait culpabiliser injustement en refusant d’admettre ses torts.
L’amour et le respect pour soi-même sont primordiaux. N’accepte un partenaire que si sa vision de l’amour correspond à la tienne. Tu ne dois jamais avoir à jouer un rôle, avoir peur d’être authentique, t’excuser pour ce que tu penses, ce que tu désires et ce que tu ressens. L’amour est certes un engagement et un effort, mais que dans la limite de ton acceptable. Ne perds jamais ton temps à chercher quelqu’un qui n’a pas la même motivation que toi. L’amour s’accueille et se donne, mais il ne se réclame pas.
Ne t'en veux pas d'y donner trop d'importance, ou d'y consacrer autant de temps et d'énergie, dans un monde qui ne sait plus ce que signifie être deux et qui dévalorise l'humain tout en prônant l'individualisme. Ne t'en veux pas d'y perdre espoir, d'en éprouver frustration et colère lorsque ça ne fonctionne pas. Il est vrai que l'amour, quand il est véritable, résiste au temps, à la distance, aux difficultés financières, aux conflits, à l'incertitude du futur, et aux autres opportunités. Il est vrai qu'il se solidifie et s'embellit dans la complexité. Ne t'en veux pas d'en souffrir aussi longtemps lorsqu'il n'a pas été réciproque, et pas même respecté. Tu choisiras mieux ton prochain partenaire si tu parviens à y croire à nouveau. Ta reconstruction est sincère et sa difficulté proportionnelle à l'ampleur de tes sentiments et de tes investissements. Ne t'en veux jamais d'avoir fait le maximum sans résultat. L'amour que tu as émis n'a pas perdu sa valeur dans sa mauvaise réception. Le fait de pouvoir et de savoir aimer intensément et sincèrement est une qualité ; c'est une chance de pouvoir le ressentir et le recevoir. Apprends à te donner cet amour lorsque tu en as besoin.

Sur toi-même :
Un jour sans doute tu seras très âgée et n’auras d’autre pensée que le déroulé de ta vie passée. Souviens-toi qu’alors la nature de la profession que tu as exercée n’importera probablement plus, que l’ampleur de tes acquisitions matérielles sera devenue futile, que les jugements de réussite des autres ne te toucheront plus autant. Que la seule chose importante sera la manière dont tu te seras comportée avec les autres selon ton propre jugement, la manière dont tu auras agi envers les personnes qui t’auront accompagnée pendant ce séjour, envers la personne que tu auras aimée et qui t’aura aimée dans tes qualités et tes défauts, et qu’il sera plus important pour toi de n’avoir rien laissé de mauvais que d’avoir laissé des choses positives.
Si tu gardes et enrichis ta morale tout au long de ta vie, même dans la modestie, tu pourras vivre sans réel regret. Tu pourras te regarder dans un miroir et te dire que malgré tout, tu as été plutôt juste, avec tes faiblesses, mais avec ta conviction. Ne néglige jamais ça. Ne néglige jamais cette sérénité. Ne néglige jamais l’importance de tes semblables et ton impact sur eux. L’humain est un être social, qui peut vivre par lui-même, mais au milieu des autres et pour le fonctionnement d’un ensemble. Vivre sans morale n’est pas vivre libre, n’est pas se vivre pleinement. Sois indulgente et accepte d’être fière de cette conscience et de ce qu’elle te permet de faire.
Aie confiance en ce que tu as développé, en ce que tu crois. Dans un monde aussi impénétrable, on ne peut jamais savoir vraiment. On ne peut que croire avec plus ou moins de conviction, en se basant sur un vécu et sur des perceptions uniques. Les actes et les paroles des autres n’ont pas plus de valeur que les tiens simplement parce qu’ils sont plus visibles et plus bruyants.
Tu seras loin d'être toujours heureuse. Mais sache que le bonheur est une condition de l’esprit, un regard sur les choses que l’on se construit et que l’on entretient. Influencé par nos épreuves mais pas dépendant d'elles, il est aussi et surtout un état d’adéquation avec sa morale, et sa conviction pour celle-ci. Le bonheur est d’être accompli selon les principes d’une morale que l’on a laissé aboutir. Tu dois l'aimer comme un être cher ; alors il t’en sera redevable.
à vivre tout pour rien, tu te demanderas éventuellement si ne rien vivre face à tous les possibles n’est pas meilleure condition. Mais tu apprendras à apprécier des petits accomplissements car tu les redéfiniras en fonction de ton avis et non des conventions. Tu apprécieras également ce qui n’a pas marché avec le temps, car cela t’a construite. Tu penses que vivre signifie ressentir, et qu’il faut multiplier et amplifier les sensations et les sentiments que l'on peut éprouver. Mais il faudra surtout en tirer un caractère, une leçon, une loi inconditionnelle.

Je n'avais pas peur de rater ma vie. J'avais peur de la vivre trop longtemps. Il faut croire que j'y trouve de la valeur, finalement.
03/09/2025
J’ai tellement cherché que j’ai oublié ce que je cherchais.

Tout ce à quoi je m’attache disparait.
Tout ce qui m’interroge me glisse entre les doigts.
Tout homme qui me plaît se tourne contre moi.
Toute personne qui s’approche me fait fuir malgré moi.

Je n’ai jamais pu profiter de ce que je préfère, ni pu m’enorgueillir de ce que j’acquérais. Ce qui me fait rêver a toujours été la, devant moi, à lancer ses promesses pour me compresser l’abdomen. Je ne vois de richesses que la sincérité dans les liens et la profondeur de l’amour partagé, et je n’ai jamais pu connaître ni mon premier ni mon second. Ce n’est pas la conquête ni le chemin de recherche qui me plaisent davantage, et pourtant je n’ai droit qu’à cela. Je n’ai droit qu’à l’effort, à l’espoir, à la peur. Le réconfort et la satisfaction me sont inconnus.
Le monde est malade et je suis malhabile. Je ne me sens pas à ma place. Je ne suis pas le choix unique, je ne suis jamais ce que l’on veut de moi, ce pour quoi je souhaite être vue, ni le chef d’œuvre de moi-même, ni tolérante envers les autres, qui sans aucun effort ni espoir, semblent avoir par hasard ce que j’ai cherché et cherche encore.

Je n’ai jamais ce pour quoi je me bats, si bien que je ne me bats plus, volontairement, de peur de perdre ce que je veux, et que je fuis par peur de gagner ce qui pourrait me blesser. Car je sais que rien n’est jamais resté, ou ne m’a été fidèle, rien ne m’a tendu la main assez fort pour que je puisse m’y accrocher, et y placer ma confiance.
J’ai fait de certaines choses l’objectif de ma vie, pour y passer dix ans à moduler du vide, et sans objectif je vais mieux d’apparence, mais Dieu sait que je vais mal de mon absence.
Je ne sais plus ce que je veux, ni n’arrive à aimer, ni à m’aimer vraiment moi-même, ni à donner de la valeur à qui, à quoi que ce soit. Je ne fonctionne et ne pleure plus, je ne veux plus rien et n’espère plus. Je méprise ce qui me plaisait et tout ce qui m’échappe, déteste et efface toute personne pour le moindre mensonge. J’étais sensible, tolérante et ouverte, optimiste et vivante. Je suis mentalement morte, profondément pourrie, ouverte pour ne donner sur rien, lasse, disparue. Et pourtant pleine de honte et de culpabilité.
Je ne connais plus la déception, car je n’attends que ça. Le déni ne me connaît plus, je n’aime plus rien, mon cœur est une abysse, mon cerveau un chaos trop plein d’analyses qui ne me permettent même pas de prendre les bonnes décisions.
Le monde me fatigue, les gens me dégoûtent, je me hais. J’avais appris à les aimer, puis m’engageais contre eux. Pour laisser faire, et me protéger, me protéger de ce que j’aime, du fait de vivre, je désespère. Je ne sais plus écrire. Mes mots ne sont plus fluides, ni mes phrases guidées, ni mes pensées coordonnées. Je n’arrive plus à dire car je ne ressens ni ne cherche plus rien.

Je ne connais pas une chose qui m’apporte un soutien stable, ni une personne qui partage mes valeurs tout en comprenant mes peurs, et avec qui être moi-même en toutes circonstances. Pas une seule qui a hâte de partager des moments seulement avec moi, pour ce qui me fait vraiment moi. Qui se met à ma place, parfois, pour m’apporter un peu de ce qui me fait sourire. Personne qui me voit et m’apprécie exactement pour ça. On m’aime toujours pour ce que je n’aime pas de moi et pas ce que j’ai construit. Plus on me connaît plus on me fait de mal. Et je sais, je sais bien, je ne suis pas aimable. Je suis un fantôme, avec une mentalité d’homme mais une sensibilité de femme, des habitudes de vieillarde dans des peurs enfantines, un esprit logique qui veut pourtant créer, rêver, innover, et qui se détruit dans le cœur de ce qu’il comprend dans la tête. Construire son esprit ne sert à rien dans un monde où la bêtise grandit, où l’ignorance construit et comble les hommes, hommes dans la déchéance la plus totale et la plus vantée. Je dois choisir entre y plonger ou en souffrir. Être discrète et tenter d'être juste ne sert qu’à se faire marcher dessus. Dire la vérité qu’à être rabaissée. Être vraie ne rend que vulnérable. Tout ce que la vie m’a appris, elle me l’a appris en mal. Et je refuse de changer. Car l'honneur est plus fort que le bonheur, que la justice me comble davantage que le profit. Que la raison est plus importante que de lire la compréhension dans les yeux d'autrui. Que la justesse est ma survie, si je ne me fie à rien. L’apparence est un cadeau pourri, la curiosité un gouffre d’insatisfaction. Je suis ce qui reste de moi, qui a vécu, qui a tenté, et qui n’a rien reçu, ni rien donné.
13/10/2025
J’ai dans ma vie des souvenirs très anciens de périodes dont je ne me souviens plus, souvenirs dont j’ai probablement déjà parlé sans pourtant m’en rappeler. Ils sont tous liés à un apprentissage de la vie important, et comme si mon esprit avait été programmé à les enregistrer en une sorte d’instinct de survie, je les ai conservés de manière claire sans pour autant en avoir compris la valeur au moment où ils ont eu lieu.
Le premier, c’est le premier cauchemar que j’ai pu visualiser réellement. J’étais encore dans ce vieil appartement, et ma chambre donnait sur un balcon. J’avais devant mon lit un placard avec une chaudière, et sa porte coulissante étendait face à moi un grand écran blanc sur lequel je pouvais imaginer tout ce que je voulais. Une nuit alors, j’avais rêvé même de ce placard. Et sur ce placard, l’image d’une dame, qui, assise et tenant un livre, en faisait tourner les pages de façon terriblement rapide, en me regardant dans les yeux. Alors quelqu’un à côté d’elle se mettait à hurler, et elle restait de marbre, sans un mot ni une expression. Et cela me terrifiait, si fort, que je me suis réveillée, me demandant ce qui venait de se produire. Jamais avant cela je n’avais vécu situation aussi inquiétante, suivie du réconfort de comprendre que rien de tel ne s’était véritablement produit.
Le deuxième, c’est le jour où, emmenée à la garderie pour la première fois, j’affrontais les autres et la compétition dans une cour de récréation. Nous avions été lâchés dans cette cour sans explication, quand une dame a entrepris d’ouvrir une porte donnant sur une sorte de petit préau. Les enfants se sont tous, sans aucune exception, et par habitude, jetés sur les trottinettes qui se trouvaient à l’intérieur. J’étais plantée là, à les regarder, en me questionnant. J’avais été prise d’un sentiment inexplicable sur le moment. Une honte mêlée d'angoisse et d'incompréhension. Je sentais le devoir de faire comme tout le monde, mais pourquoi, pourquoi je devais faire ça ? Et pourquoi ne pas le faire me faisait si honte ? C’était la première fois que j’affrontais le groupe et ses règles communautaires. En un instant, tous les enfants se trouvaient sur leur deux roues, et moi, j’étais debout, à les regarder, comme un clown attendrait réaction à son numéro, alors qu’il ne restait plus rien pour moi. J’ai passé le restant de la pause debout, quand les enfants jouaient autour de moi, sans se soucier de mon état ridicule d'inhabituée. Ce souvenir est resté gravé comme un enseignement et une gêne qui m’a suivie, il me semble, toute ma vie. L’inadéquation, c’est ce qui me rend fière, ce qui me construit, et pourtant, c’est la chose la plus effrayante de mon existence.
Le troisième, c’est un souvenir du premier appartement que j’ai connu avec ma famille. J’étais assise dans le couloir, et j’entendais ma mère, qui aux toilettes, se plaignait d’avoir ses règles. Je lui ai alors demandé de quoi il s’agissait, et elle m’a répondu tout simplement, « les règles, c’est ton corps qui te dit que tu peux avoir un enfant ». Je n’y avais rien compris évidemment, et pourtant je m’en rappelle étrangement bien. J’avais probablement dû sentir dans la voix de ma mère combien cette information lui était à la fois délicate et importance à me fournir, et mon inconscient avait fait le choix de la garder pour plus tard, pour le jour où mon corps eut décidé de me communiquer la même chose.
Le quatrième, c’est le jour où ma mère m’a parlé pour la première fois de la mort. Incapable d’assimiler ce concept et de l’associer à moi-même, j’ai immédiatement rétorqué « et toi, tu vas mourir un jour ? », craignant que mon unique repère ne soit plus là. « Oui », elle m’a dit, sans se soucier de l’impact d’une telle révélation.
Le cinquième, c'est la première fois où je me suis faite punir injustement.



Il n’est de chose plus admirable que le fait de pardonner. Accepter de ne plus nourrir de sentiment négatif envers une personne qui nous a blessé, sans pour autant tolérer l’acte produit ou supporter un nouveau risque en se confrontant de nouveau à la source de la déception. Le pardon est la plus grande preuve de maîtrise de soi dont la fierté devrait motiver le courage. Un pardon sincère est le pilier qui maintient les hommes dans la bienveillance.



Les gens sont cons. Non pas par ignorance, les gens ignorants ne sont pas bêtes, et les gens cultivés et instruits sont souvent bien plus pollués de pensées grotesques et absurdes qu'on leur a bourré dans le crâne, à ne plus pouvoir penser pour eux-mêmes. Je préfère de loin un ignare qui réfléchit et doute de ce qu’on lui dit, plutôt qu’un intellectuel qui ne sait pas réfléchir pour lui-même. L'expérience enrichit et soutient la réflexion autant que les connaissances théoriques. Et essentiellement, c'est d'un réel déblocage mental dont nous avons besoin pour réfléchir. Une prise de recul. Dieu sait que j’ai tout fait pour éviter la conformation intellectuelle et l’absence d’esprit critique. Avoir l'esprit logique est une capacité rare. Les gens pensent avec leurs sentiments pour des sujets généraux, et semblent pourtant, dans les choses qui en demandent, en manquer cruellement. Ils cherchent l’harmonie par le déni et le soin des conséquences plutôt que par l’analyse de récurrences qui permet l’établissement d’un diagnostic et un traitement à la racine parfois douloureux, mais efficace. Je reconnais désormais les abrutis de manière directe et affirmée par ces points : la personne réfléchit avec l’affect plutôt que la raison (si ça ne me fait pas plaisir ou si ça heurte quelqu’un, alors ce n’est pas bien, et inversement) ; la personne ne comprend pas le concept de généralité ou de tendance, mais se concentre uniquement sur le particulier et en établit un constat global en prenant des cas particuliers pour des preuves qui délogent une règle de la majorité (par exemple, les femmes ne sont pas moins fortes que les hommes physiquement, car ma tante est déménageuse et plus efficace que beaucoup de ses collègues masculins) ; la personne confond les goûts et les jugements de valeur (je n’aime pas donc c’est objectivement mauvais, j’aime donc c’est objectivement bien, ou alors c’est objectivement bien donc je me dois d’aimer, c’est considéré comme mauvais donc je dois critiquer et ne pas assumer si ça me plait, même partiellement).



Dans ma vie je me suis souvent sentie particulièrement bête pour ce qui était des tâches immédiates et automatiques, et à la fois étrangement douée pour ce qui était des sujets plus abstraits, demandant une prise de recul et une remise en question. On qualifie généralement l’intelligence comme une capacité à l’adaptation qui permet la plus grande chance de survie. Et aussi inapte que je me sentais dans mon petit monde humain, je pensais que mon sentiment d’inadéquation faisait de moi une personne vraiment très stupide. Pourtant un jour j’ai réalisé, que si dans les acquis de ma société je n’était pas celle qui naviguait avec la plus grande facilité, c’était précisément par ma remise en question constante et par mon intérêt porté à ce qui pourrait être plutôt que ce qui doit être pour m'entendre avec les autres, chose qui, dans un changement brutal, me serait bénéfique. Si, du jour au lendemain, une civilisation extraterrestre débarquait sur notre planète et colonisait la Terre, en imposant leurs règles et leur morale plus développée, et bien je suppose que je m’y ouvrirais et discuterais avec eux avec bien plus de facilité que la majorité des gens qui, aujourd’hui et dans notre société, se comportent avec beaucoup plus d’aisance et d'automatismes que moi.



Je n’avais jamais réalisé avant ma dernière rupture à quel point les gens ne savent pas aimer, ni réfléchir avec une réelle empathie, apporter des conseils honnêtes ou assumer les dysfonctionnements de leur couple. Je ne peux juger sans les avoir vus dans leur intimité, et je me trompe peut-être sur ce qu’ils sont et sur ce qu’est l’amour, mais je suis prête à parier que la plupart des couples ne s’aiment pas comme je l'entends et sont ensemble pour d’autres raisons. Il vaut mieux je crois bien, et pour la plupart des gens, être accompagnés dans des relations plates qui ne leur apportent rien qu’un sentiment d’harmonie avec le monde et un faire-valoir. C'est une partie de ce qui est toujours cherché à travers le couple, sûrement. Oh mais pour eux, ça veut tout dire. Cela veut tout dire, puisque pour nombre d’entre eux les choix personnels n’existent pas. L’image que les gens se font d’eux prime sur tout, et en réalité fait leur sentiment de satisfaction personnelle. Se sentir à une place acceptable, plutôt qu’à la place qui témoigne de la construction de leur identité et de leurs valeurs. Je pensais que le but de chacun était d’acquérir une singularité. Mais non, beaucoup, beaucoup de gens veulent être communs. Et je les comprends, et même je les envie souvent. En fait, je n’ai peut-être pas choisi d’avoir cet objectif, et si je l’ai, c’est sûrement parce que j’ai peur de l’être trop, ou parce que je n’arrive pas à l’être. Je ne me sens pas unique dans un sens valorisant, mais d’une manière obscène, perverse, inquiétante et humiliante, pour être honnête. Cela me rend indécise, aigrie, bizarre, et bien trop souvent gênée. Face aux autres, en globalité, ça ne m’apporte rien. Mais je ne changerais pour rien au monde. La liberté de construire un choix, aussi long et difficile que cela puisse être, la capacité à séparer mes sentiments et ma raison, pour maîtriser une plongée sentimentale intense d’un côté, et une réflexion rationnelle profonde d’un autre côté, c’est tout ce qui fait l’intérêt de ma vie. C’est grâce à cela que j’ai aimé sans limite, que j'ai créé des liens profonds basés sur la vulnérabilité assumée, et oh combien ça m’a apporté, même si j’en ai souffert. C’est aussi grâce à ça que je sens que mon vécu est utile, que je sais passer outre et ne pas m’affaiblir en devenant mauvaise à mon tour. Je comprends, je décortique, j’en deviens froide et je m’en fatigue, mais je m’en donne tout l’objectif et la stabilité de ma vie. Quel intérêt aurait l’existence, si l’on ne pouvait ni penser par et pour soi-même, ni ressentir les choses de manière libre et intense, de manière profondément personnelle, sans blocage, ni déni ? Je veux penser pour moi et je veux ressentir pour moi. Et je veux qu’un jour, tout cela soit utile à ceux qui ont le même objectif. En dialogues, en débats, en échanges affectueux et sentimentaux.



Peu m'importe si Jésus, Mahomet, ou je ne sais qui a existé. Que la religion soit basée sur une légende ou un fait tangible ne définit pas la pertinence des valeurs qu’elle génère et transmet. La loi ne fait pas la morale, mais la religion définit un socle moral à une société. Je me fiche de savoir si untel a été vivant, s’il a fait des miracles. Le message est sorti de quelqu’un ou de quelque chose, il existe, et si j’y réfléchis profondément, je sais dire si cela me semble juste ou non. Il est des religions que j’aime et respecte, d’autres que je méprise et déteste. Il n’est pas ridicule de croire en la religion. Pas plus que de s’en moquer comme si cela ne signifiait rien. C’est bien davantage qu’un récit magique d’une personne à idolâtrer ou à craindre. Tout ça pour moi, c'est une image, une manière d'illustrer des concepts essentiels. C’est le fondement d’une morale qui vient de la philosophie et de la sentimentalité les plus profondes et communes aux personnes d’un groupe. On ne peut pas je pense, vivre dans un groupe dont chacun aurait une morale unique. Et la loi n’est pas suffisante à la cohésion, l'identité et le bien-être d’un peuple. Il est erroné, selon moi, de penser que la religion n’a plus du tout sa place dans le monde actuel, y compris dans les pays les plus développés. Quelle que soit sa forme, elle est nécessaire au moins partiellement, sous une certaine forme, dans une société qui se veut efficace.



Je suis dramatiquement sentimentale et cruellement insensible. J’ai l’impression que ce qui me divertit ennuie les autres, et que ce qui les divertit me fatigue. Ce qui me touche ne les affecte pas, et je me moque de ce qui les scandalise. J’ai appris à m’entourer de gens similaires, et pourtant, doit-on vivre entre nous, sans se faire entendre ? C’est peut-être bien tout ce qu’on demande, en réalité. S'accorder avec tous est un échec. Je veux être complexe, et paradoxalement capable de me satisfaire de peu.
05/04/2026
Cette autre personne qui ressent à ma place

À trop travailler la pierre il n’en reste plus que de la poudre. J’ai perdu mes sensations essentielles. Je constate en fait n’avoir qu’un reste de sensations passées, assimilées, analysées, auxquelles j’ai attribué un sens, pour lesquelles j’ai adopté une arme, un geste, un comportement de survie bien établi. Elles sont devenues émotions camouflées ou sentiments lointains. Plus de surprise ni de spontanéité, je suis dans la salle de contrôle de ma personne. Au milieu de la sélection naturelle, je n’agis plus que par instincts, par mémoire de mes erreurs et de mes peines assimilées. Et je n’ai plus pour ainsi dire, de plaisir à user de ce qui marche, qui a porté ses fruits. Je n’ai pas d’amusement à employer ce que je sais fonctionnel. Ni à me fondre dans le désespoir dont j’ai déjà tiré les leçons. Car je ne vois dans mon existence que l’apprentissage, et non pas l’évolution manifestée de celui-ci. Je veux remplir mon cerveau, me sécuriser, me renforcer, et malgré moi, je n’en fais rien. Il est presque injuste d’en faire quelque chose, tant tout cela est lourd, tant tout cela demande investissement et témérité. Et que personne vraiment ne se donne la peine d’en faire une opportunité. J’ai passé ma vie à calculer et suranalyser le monde, les gens, mes actes et qui je suis, pour n’en sortir que plus incertaine. C’est comme si j’en savais trop comparé à ce dont je suis capable. Je peux anticiper tout ce qu’on me dit, oh les humains sont les mêmes, et à la fois, oh comme je ne les comprends pas quand je les aime. Comme je n’ose pas leur dire ce que j’ai sur le cœur, ce qu’ils font de mauvais, ce qu’ils pensent injustement.

Mon problème principal est le suivant, et je pense bien qu’il me suivra éternellement : je veux que les gens que j’aime soient comme moi. Je veux qu’ils me ressemblent, et plus que cela qu’ils partagent mes valeurs, qu’ils s’intéressent à mes idées, qu’ils soient curieux de mes passions, enthousiastes pour les mêmes jeux. Je veux qu’ils aient une sentimentalité semblable, et une empathie pareille. Et pourtant on ne sent jamais si fort la différence de celui qui nous ressemble. Et ces détails m’obsèdent et m’assomment.

C’est un désir égoïste, si égoïste qu’il nous tue l’ego, au final, car il nous laisse seul et solitaire, à ne comprendre personne, alors même qu'on ne veut pas avoir à le faire.
Je sens leur présence plus fort que s’ils étaient là. Et quand ils sont là j’ai presque envie d’être seule plutôt que de m’en nourrir. Mais à peine je les vois s’en aller qu’ils me brisent, car je sais qu’ils vont faire mes nuits, et je me vois seule à ma table, et le service n’est pas fait, et les couverts ne sont pas mis, et c’est comme si je n’allais plus jamais être invitée, comme si je n’allais plus jamais avoir l’opportunité d’être appréhendée.
Mais… quand vous vous sentez ainsi… alors seulement savez-vous vivre pleinement.

Je n’ai pas développé ma connaissance, véritablement, et d’ailleurs mon cerveau peine à garder toutes ces informations qui ne m’ont pas tant été utiles. J’ai développé ma manière de sentir, de vivre la vie, de me laisser porter par la sensation directe.
J’ai appris l’intensité, je l’ai approfondie, si bien que j’ai sous la poitrine un trou immense, qui au bout du compte, laisse tout passer au travers. J’ai tant senti que les choses ne m’importent plus assez. Elles m’énervent et me heurtent par réaction, par mon anticipation et mon regard, et à la fois il me semble que je m’en remettrais, simplement car je vis déjà avec une plaie mortelle, et qu’elle ne me tue pas.

Oui je m’en voudrais et j’en voudrais aux autres, mais je ne saurais même pas pourquoi. Ce que je ressens, c’est une autre personne que moi-même qui le sent pour moi. Elle a mon nom, elle me ressemble, elle me comprend. Elle prend tout pour moi. Elle prend ma joie, elle pleure mes larmes. Et quand je me confie elle se cache et me laisse parler d’elle, et me moquer d’elle aussi. Elle n’est pas rancunière. Elle me regarde raconter sa vie comme s’il ne s’agissait de rien. Elle me regarde dire ce qui l’a menée ici, en riant comme si c’était une chose terriblement futile. Elle me regarde la traiter d’enfant et de chose ridicule. Et elle en rit aussi, car ça l’aide à devenir plus acceptable. Et elle en pleure, elle me punit, car elle n’a pas le droit de vivre et de se faire entendre.

Les gens que je connais ne réagissent souvent qu’à l’émotion, peu à la rationalité. C’est dommage d’ailleurs. Il faut dire les choses avec colère, tristesse ou emballement exagéré pour provoquer un intérêt, une réflexion, une réaction. Dites avec calme et raison et peu vous entendent, encore moins vous écoutent. Si ça ne vous affecte pas manifestement, c’est que le sujet n’est pas important, on dirait. Ayez une voix fébrile et vos paroles les plus sages seront toutes oubliées quand d’autres en feront leur slogan. En fait je pense l’inverse. L’émotion porte à l’erreur, à des avis biaisés. L’émotion n’est pas preuve de sincérité au contraire, elle montre une sensation qui n’a pas été digérée, ni comprise, ni communiquée avec justesse. L’émotion cherche l’empathie, la défense. L’émotion sert à se faire sa place.

Alors maintenant enlevez-moi ça. Enlevez-moi ça et voyez-moi me mettre au sol, quand les autres sont assis, et que personne ne dit rien, non même les règles vous passent au travers, car on ne vous remarque même pas. En fait vous êtes les autres, mais à la fois vous ne méritez pas leur place. Vous devez vous battre parce que vous l’avez décidé vous-mêmes. Parce que vous avez choisi vous-même cette situation inconfortable. Vous vous êtes tellement tu, qu’au moment où vous exprimez l’essentiel, on ne vous remarque même pas. On en déduit l’inutile et la futilité. D’ailleurs vous-mêmes vous ne vous entendez plus et vous faites paraître tout ça. Vous ne savez plus que vous êtes en colère, et qu’il mériterait de se battre, ou de simplement montrer votre agacement. Vous la laissez sortir en vous perdant vous-même, caché derrière comme un simple support qui s’écroule sous son poids, sans raison, sans consistance, sans aucune manière, sans rien qui vous ressemble ni ne partage vos principes.

Et d’ailleurs on ne vous a pas appris à l’exprimer pour vous faire valoir, mais pour vous faire comprendre en vain. Au bout du compte, c’est ce qui vous fait vous. Car c’est le malheur qui nous fait et le bonheur qui nous trahit.

Et dans cette instance, personne n’est coupable, et on ne vous jettera pas la pierre. Au plus, on en rira pour vous rendre plus pathétique encore.


Alors seulement vit l’existence
Qui cueille la joie, vide les sens
Quand leur absence fait leur présence
Que de leurs mains meurt le silence

Alors enfin êtes vous compris
Quand l’ignorance est votre ami
Que le pardon est votre crime
Et vos attaches une insomnie
29/04/2026
Vouloir, refuser de vouloir, refuser de voir, vouloir quand même

Incompréhensible dans ta compréhension
Tu tournes le temps sans avoir de raison
Et si les gens te disent
File droit
Tu regardes et te figes, te bloques
Te plais de ton apparente insolence
De ton insouciance trompeuse
Comme tu avais peur de devenir cette personne
Et tu la désires toujours davantage
Comme tu attends son intérêt
Et l’intérêt des autres
Que tu méprises à la fois
Car de ce que tu as donné tu as reçu le tiers
Mais plus et tant autour
Que tu as ignoré
Car tu n’en avais pas besoin
Et comme tu avais peur tu te sens insensible
Maintenant
Et tu ressens tout à la fois
Et te bourres de son, de bruit, de mots
Mais c’est comme un souvenir vague
Qui te hante un instant sans être clair vraiment
Sans te transcender, sans te bousculer
Sans te faire vivre, ou juste à moitié
Qui te rappelle qui tu es en théorie
Mais pas qui tu es dans ton sang
Et c’est une averse qui t’écrase
Et le monde autour qui s’efface
Et te bouscule dans son élan
Et tu tombes plus bas que terre
En y trouvant pour autant ton refuge
Car le regard d’autrui te blesse
Autant que sa main tendue
Dans un puit aussi profond que ta crainte
Car il ne comprend pas tes choix
Il ne comprend pas ton silence
Ni l’ignorance qui t’habite
Mais que tu as adoptée
Car tu n’es pas moins bête
Ni curieuse, ni attentive
Et tu n’es pas moins réussie qu’une autre
Ni plus viable, ni mieux faite
Mais mieux faite pour s’adapter au monde
Ça tu n’es certes pas bien placée
Et tu t’en retournes les idées
Et quand tu penses à qui tu aimes
Tu t’enfonces toujours davantage
Comme si cette personne te décrédibilisait
Dans ta dignité
Comme si elle faisait de toi une personne exécrable 
Et tu manques de respect à qui tu es
À qui t’a faite
À ce qui t’a construite
À ceux qui t’ont blessée
À ceux qui bienveillants ne veulent que te donner leur aide
À tout ce qui t’a rendue plus complète
Plus subtile
Mais plus effacée peut-être
Plus contenue
Plus méfiante
Car de ce que tu sais tu comprends l’incongru
Et dans le regard des autres tu lis ta défaite
Non pas l’échec de ta personne mais de sa compréhension
De leur rencontre
Non pas de leurs mots mais de ce qu’ils font gauchement pour te plaire
Pour te ramener à eux
Car de rapprochement tu ne tires que la solitude
De compagnie tu n’appuies que la solitude
D’échanges tu n’amplifies que la solitude
D’intérêt pour les autres tu ne retiens que la solitude
Et dans ton individualité tu ne montres que la solitude
Et là où les autres semblent réussir sans effort
Tu échoues sans même essayer
Et où tu cherches à te faire valoir
Personne ne place son intérêt
Car de ce que tu fais
On en retient l’évidence
Quand tu lis et pleures des détails
Quand tu redoutes ce qui semble futile
Mais qui, par le temps et la récurrence 
N’en sort qu’essentiel
Et tu te déçois de ce que l’on te vante
Des mérites que l'on t’attribue
Et de tout ce qu’on ignore
Mais qui restera caché 
Alors tu fais semblant de ne pas savoir
De ne plus voir
De ne plus être intriguée
De ne plus analyser
De ne plus dépendre
De ne plus en attendre
Rien
De ne plus en être affectée
De ne rien désirer
Ne rien vouloir
Ne rien donner
Ne rien laisser
Ne plus sentir
Ne plus rien dire
Ne plus se manifester.
03/05/2026
Ne laissez jamais, jamais quelque chose ou quelqu’un en meilleure condition que celle dans laquelle vous l’avez trouvé.

Que de secrets et de peines soient faites
À combler la médiocrité 
Que vos désirs soient niés au pied du lit
Que vous soyez moqué, blessé par vous-même
Quand les autres vous jugent et indirectement vous rabaissent
Placer en haut votre empathie vous tuera
À vous acharner sur le devenir d’autrui
Quand vous mêmes vous débectez de votre état
État de passivité absurde et pathétique
Qui de manque de reconnaissance se tait et se paralyse 
Quand le monde autour de vous devient fade et qu’il se vide
Parce que personne n’est là pour vous ressembler
Pour vous tendre une main qui vous semble seulement familière
Ou qui le demeure
Pour vous faire sourire sans que ça ne soit forcé et maladroit
Pour vous faire naître, pour vous faire grandir
Dans une chair humaine confirmée
Avec à l’intérieur une identité réelle
Car identité fière et reconnaissable

Personne qui ne vous recueille
Quand vous êtes perdu entre les pages
Personne qui ne vous tienne ni ne vous retienne
Quand vous êtes inassimilable
Parfait
Dans votre médiocrité
Inadmissible
Dans votre vulnérabilité 
À vous détester dans le miroir
À vous détester dans le noir
Dans vos mots
Dans vos actes
Dans vos entreprises
Dans vos idées
Dans vos désirs
Dans ce que vous ne choisissez pas vous-mêmes
Et plus encore dans ce que vous décidez
Dans ce que vous essayez
Quand pris de peine en dernier recours
Vous tentez maladroitement de vous confier
À un être cher pour qui vous ne l’êtes pas tant
Ou peut-être un peu
Dans l’idée qu’il a fait de vous
Et qui ne vous ressemble pas

Intrus dans un contexte qui vous délaisse
Qui vous dépasse
En vous transcendant
Car vous ressentez toujours
Plus encore que l’angoisse de vivre
Car c’est une guerre contre vous-même
Et quelle bataille
La plus difficile sans doute
Si bien que vous préféreriez être renié par votre famille
Être moqué par vos amis
Être seul à vie dans votre amour désespéré des choses
Plutôt que de vous mépriser vous-même
Pour vous trouver une explication
Que de vous importuner par votre simple existence
Par votre présence 
Par votre absence
Par votre insignifiance
Par votre incapacité
Par votre attachement
Par votre entêtement
Votre acharnement à comprendre
À vous forcer à croire
À vous forcer à voir
Ce qui n’est qu’une ombre discrète 
D’un problème que vous ne devriez pas connaître
Qui ne devrait pas vous affecter 

À votre acharnement au jugement
Abject, absurde
À votre incapacité
À votre manque de spontanéité
Votre manque d’humanité
De bonté
De beauté
De désidérabilité
De confiance
De patience
De pertinence
À votre incapacité à créer du lien
Quand maladroitement vous ne savez plus
Ni donner votre affection ni donner votre douceur
Ou que vous n’y arrivez juste plus
Car ça ne fonctionne jamais assez
Car personne ne le cherche autant que vous
Et que vous vous battez toujours
Pour vous retrouver à les ennuyer
À les fatiguer
À les fâcher
À les blesser
Et n’en sortir que plus seul encore
Plus criticable

Vous êtes ce que vous détestez des autres
Et le peu que vous aimez de vous
C’est le malheur qui l’a construit
Involontairement
Le bonheur c’est celui que vous donnez aux autres
Que vous aimez
Et la détestation dans les yeux de ceux
Qui de leurs actes ne vous inspirent aucun respect
Et de fierté aucune ne vous supporte
Si ce n’est la conscience d’être un véritable déchet
Toujours plus immonde, plus grotesque
Dans son incapacité à vivre correctement
À se comporter normalement
À voir les autres pour ce qu’ils font
Et non ce qu’ils vous semblent être
Selon vos propres codes vicieux et bornés
Vous êtes borné
Vous êtes ridicule
Et par-dessus tout vous n’avez rien
Ni à porter au monde
Ni à porter à vous-mêmes
Pour vous aider un peu
À devenir autre chose
Qu’un être oubliable
À cause de son inaccessibilité 
Dans son auto-détestation 

Et quand vous avez besoin des autres
Pour vous remettre à faussement vivre
On vous dit tout ce qu’il faut
Mais dans votre esprit puéril
On vous rappelle que vous n’êtes rien
Ou plutôt que vous êtes trop
Et que ce trop est inutile
Bien qu’il soit trop lourd 
Incompréhensible
Bien que trop précis 
Puisque vous n’avez pas choisi votre place
Et que vous vous êtes dirigé vers le fond de la salle
Sans qu’on vous le demande
Comme par habitude
Par conscience que vous ne méritez que ça
Alors que vous vivez pour la première fois
Les pieds entre deux cercles
À regarder les autres
À juger leurs choix sans en faire vous-même
À espérer que vous n’aurez pas à vous manifester
Et que personne n’aura à vous choisir
À remettre la règle en question
Plutôt que de simplement jouer
Lorsque viendra votre tour
Quand malgré votre insignifiance
On ne l’aura pas manqué

De décision vous n’en avez pris qu’une seule
Et vous y êtes bien investi
C’est celle d’être un parasite pour votre propre corps
Un individu ambitieux en théorie
Mais factuellement dysfonctionnel
Un esprit bipolaire
Qui veut tout savoir
Pour ne rien dire
Tout entendre
Pour ne rien écouter
Tout voir
Pour ne rien retenir
Tout imaginer
Pour ne rien entreprendre
Tout envisager
Pour ne rien réussir
Tout faire
Pour ne rien récolter
Tout avoir
Pour ne rien garder
Tout sentir
Pour ne plus rien ressentir
Tout être
Pour ne plus apparaître

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